Paris drama

Je suis bien stupide, alors je regarde les représentations des gars qui font du rentre dedans à des copines parce que je vois le cirque quand je suis pas sur scène à faire le clown. Bon ça serait quand même bien que ces gars partis trop loin en orbite aillent se branler ou s’enculent entre eux puisqu’ils peuvent pas saquer les meufs autrement qu’avec leur bite dedans, plutôt que malaxer des meufs ou des jeunes comme des baballes antistress, ça nous ferait bien des vacances et peut être qu’on arriverait un jour à glander forever au lieu de continuer à faire de la merde.

Et faire l’andouille pour les copains c’est pénible si je suis interrompue toutes les 20 secondes par un de ces mecs qui crèverait plutôt qu’assumer être sympa et ces gens qui veulent s’accaparer pour eux tous seuls les crétins marrants en privant le reste de l’humanité d’espoirs rayonnants de lendemains qui gazouillent et de frites éternelles. Je me ramasse à la petit cuiller un peu trop souvent par ici, après avoir bien vérifié que la machine arrière n’existe pas tellement, sauf à s’y mettre à plusieurs et jamais lâcher l’affaire. On est pas assez de gros crétins et la guerre est féroce et j’ai une telle flemme.

Comme ce matin à 12h40 encore au pieu avec une sévère gueule de bois, je chouinais abondamment dans mon oreiller en repensant à la soirée spéciale gros melons passée hier (avec un mec cool qui s’est glissé entre les deux gros melons, quand même, ouf), ouin ouin ouin les gens sont pas rigolos et puis j’ai senti ce chatouillement typique du pouffement en voix de formation au creux du bide pour remonter par l’œsophage. Car chialer comme un veau que les gens sont pas très marrants, c’est marrant. Possiblement ce chatouillement c’était le trop plein de bière, mais j’ai couru le risque de rester bien au lit surtout car je suis audacieuse. Ouf, c’était bien le rire et mes draps sont restés non pas propres mais tout juste décents, car voici mon histoire de soirée au jambon et porto d’hier :

On a commencé avec ce que je croyais être un rigolo coincé dans une vie chiante qui a apparemment pété une pile pour de bon et décidé qu’il allait être un gros con véritable pour continuer à palper la maille en prenant de grands airs humanistes. Il s’est mis à me hurler dessus dès que j’ai sorti un « salu ! » en passant la porte avec une pote. Il s’était apparemment mis en tête que mes pensées et mon attention tournent autour de sa personne H24, il confondait une main à peine posée sur une hanche et une pelle. Heureusement qu’il a pas assumé me kiffer jusqu’au bout parce qu’avec des connaissances anatomiques pareilles on aurait un peu risqué la baise de tchernobyl. Enfin bref tout ça me laissait pantoise et je regardais le gars me hurler dessus en me disant que possiblement c’était pas un pote rigolo, mais ça se trouve je me trompe vu que je l’ai vu être rigolo et sympa, c’était quand même bien bizarre.

J’étais venue choper des cadeaux pour des potes et moi-même vu l’ambiance invasion petits poneys nazis ça me parait pas mal urgent d’offrir des trucs parfaitement inutiles qui défoulent, et je me retrouve face à un mec que je pensais rigolo qui me hurle dessus de dégager que j’ai rien à foutre ici, et pourquoi pas devant ses clients on est plus à ça près. Je matais le truc éberluée et magnanime ou parfaitement idiote pour ne rien changer, je lui propose de discuter dehors, et il pète un câble comme l’autre nouille du collectif quand je l’avais recroisée. Il me tape un scandale que je vais lui faire un scandale ok.

Je lui fais remarquer qu’il vend à ses bobos de merde mais pas à moi, parce que quand même merde, qu’il se vexe comme un Poujade que je dise du mal de ses clients bobos parisiens c’est une chose que j’avais déjà du mal à capter mais me faire jeter, moi et mes 3 francs six sous à dépenser pour faire marrer des potes, ça me laisse tout de même bien songeuse quant à la portée artistique de l’ensemble et au génie du créateur. Alors que conne comme un manche je commençais à me dire des trucs aussi stupides que « non mais attends, ça se trouve il est en train de te dire que vaut mieux parler ailleurs et que tu devrais plutôt passer par sa boutique en ligne ça se trouve il veut pas que les bobos découvrent l’existence des gens rigolos », il a traversé sa boutique comme une furie pour venir se planter devant moi en tendant le bras pour désigner sa porte juste à côté (des fois que je l’aurais pas vu alors que je venais juste de la franchir, j’ai trouvé ça sympa de sa part aussi) dans une pose d’instituteur des années 50 très réussie. Il manquait juste la règle en fer à mon avis, mais je chipote.

Sans doute qu’on pouvait voir tout un tas de ??? autres !!! autour de ma tête car j’ai fait un peu de bande-dessinée. Je suis restée un petit temps à le regarder à me demander ce que j’allais faire, le temps s’est étiré comme un chouine gomme lors d’un duel de coboyes au mitan de la journée, des gouttes de sueur me coulait du front et ma casquette s’imprégnait comme un stetson.

Est-ce que je lui envoie mon poing dans la gueule. Ah oui non merde je sais toujours pas faire.

Une baffe ? non vu sa tronche et la disparition totale de toute espèce de maitrise ou de conscience de la scène en cours, il va m’envoyer son poing et même si il sait pas faire il va me détruire la mâchoire, j’aimerais bien réussir à traverser mon existence sans passer par là si possible.

Zut. Alors je l’ai toisé, le menton haut et le regard fier et j’ai juste lâché un « t’es un connard » en espérant que ma phrase était lourde comme un parpaing, j’ai déjà dit comme c’était ma spécialité. Je me suis jamais battue, j’ai jamais eu besoin et même à angoulême, j’ose espérer que c’est grâce à mon regard de folle et mes réparties choc.

Et je suis sortie comme ce que j’imagine être une reine, ma capeline de l’armée volant dans le vent doux de ce décembre apocalyptique (standing ovation), talonnée de près par ma pote stupéfaite de la tournure de la sortie que je lui avais présentée comme « marrante ». Parties pour une soirée Muppet, ça part direct du Sarah Bernhardt pour de parfaits Paris Drama, j’ai raté ma promesse. Elle voulait oublier un rigolo finalement pas rigolo en allant voir un rigolo resté rigolo c’est ma faute j’ai mal géré la sortie et mal jaugé le bazar. On décide alors de nous bourrer proprement la gueule parce que qu’est ce que tu veux faire d’autre.

En route pour le premier bar, je cogite pour assimiler le premier acte de la soirée : bon, restons pragmatique, faudrait que je pense à me dédoubler systématiquement pour mes prochaines séances de trapéziste intrépide qui fonce bille en tête dans toutes les idées de merde du genre « chouette un nouveau rigolo, rigolons ! ».

Pourquoi ces gros gars tiennent absolument à te prouver par A + B que c’est des gros cons, ils viennent te chercher jusque chez toi et ils te lâchent que quand t’as bien assimilé qu’ils sont bien bien pourris jusqu’au cul et que c’est même ça qui les rend formidables tu le saurais si t’étais moins cruche et ignare d’abord. Je pige pas.

C’est un peu ballot, parce que j’arrive à voir que c’est pas totalement des merdes mais ça les énerve qu’on voit qu’ils sont pas des merdes et ils font preuve d’un zèle exemplaire pour prouver leur point que si si on est bel et bien complètement des merdes. J’aime qu’on défende ses idées avec fougue et panache, aussi je me propose de fournir les médailles à ces Victorieux Conquérants.

Note que je ris un peu jaune.

Dans la vie, je mate des lourds draguer comme des lourds en prétendant que c’est autre chose. C’est incroyable, c’est une sorte de Puy du Fou en accès libre partout, une représentation permanente, y’a qu’à se poser à peu près n’importe où et hop. Je soupire parce que ces cons s’accaparent les meuf marrantes pour tuer leur marranterie, et ils les jettent quand ils les ont bien vidées de toute joie de vivre au lieu de se contenter de niquer simplement.

Et on s’étonne après qu’on s’emmerde de plus en plus avec ces trous noirs à venir tout aspirer le fun de la vie.

On atterrit au premier rade pour faire un bilan à grand coups d’insultes qu’on arrose de bière. Un mec à la coule commente de la table à côté, on papote, et on repart après que je lui ai dit : toi, t’as l’air bien faudrait qu’on se revoit, tout ça parce qu’il m’a renversée de bonheur à dire du mal du travail, je suis vraiment tarte, ou bien vraiment très très très très très optimiste tellement qu’il faut me foutre un diag sur la gueule pour qu’un mec me courre après avec un filet à papillon, je vois que ça. Je pouvais pas le draguer de suite j’étais avec ma pote et merde alors il me reste encore un peu de considération pour mon prochain.

Hier le second mec rigolo-mais-finalement-non-je-suis-un-gros-melon était d’un autre genre encore, du style vaguement célèbre dans la catégorie « humour ». Je lui fait remarquer qu’il avait pas besoin de faire un numéro romantico-geignard pour draguer et lui ai demandé si préfèrerait pas niquer dans la joie, par exemple, plutôt qu’en prenant des poses de cocker extatique qui plisse les yeux en geignant Stairway To Heaven. Mon cerveau m’envoie ce genre d’image mentale sans que je lui demande rien, ça explique peut-être que mon humour restera à jamais incompris, et ça explique pourquoi je suis du genre à avoir une pote à me décrire un mec à qui on avait toutes les deux roulé des pelles « lui, il a une bouche à se la frotter sur des canapés en velours ».

Mes amis sont mieux que les tiens.

Je disais donc : jveux dire pour un humoriste c’est assez chelou de se la jouer Cantat sous lexomyl, quand même, nan ?

Comme tout gars vaguement célèbre il s’imagine qu’on en a quelque chose à branler et qu’on est subjuguées par sa grosse bite métaphorique, bon. Bah à peu près autant qu’une Porsche ou mon perf passé 35 ans, pour situer, on s’imagine que c’est clinquant et on a juste l’air con, faut juste le savoir et l’assumer pleinement.

Encore un qui a placé son ego au mauvaise endroit, et même au pire : son travail. C’est quand même fou que tout ce temps et toute cette existence n’amène jamais à la conclusion que si un truc te rend malheureux que tu sois dedans ou que t’en sortes ou que tu en aies un besoin vital, c’est que c’est de la merde je comprends pas trop. Pourquoi flipper autant d’être marrant ou relax. C’est quoi le truc.

Je l’avais reconnu, mais je suis tarte alors je me disais que possiblement c’était pas lui et puis de toutes façons j’en avais rien à battre et j’avais surtout envie de bière et de soupirer, voire de soupirer dans ma bière, voire soyons fous, de rigoler un peu. Le mec m’a sorti « on est du même tonneau, toi et moi » et je me suis dit allons bon, alors j’ai répondu « un tonneau ? quel tonneau ? je sors fumer, tu me raconteras ce que c’est que cette histoire de tonneau, là ».

J’espérais que ça n’avait rien à voir avec ce rade à gauchistes libidineux près de Répu où des bourgeois trouvent subversif de finir leurs soirées en tentant d’emballer des pauvres meufs du lumpen pour des plans sordides à 3, meufs qui préfèrent se tailler pour aller raconter des conneries avec des perraves au bord du canal, et plus avec un contenant pour rhum ce qui voudrait dire que possiblement y’aurait des pirates dans la discussion. Je suis con, énième démonstration.

Ce genre de gars VEUT te faire savoir qui il est Tout le monde s’en fout ou l’a bien reconnu mais voilà faut qu’on le sache quand même. Faudra un jour m’expliquer pour quelle raison pratique parce que je vois pas du tout. Ils se sentent sans doute à poil sans ça, je sais pas. Alors plutôt que m’énerver je joue à un de mes petits jeux prefs : renvoyer les balles avec ce que j’imagine être un flegme royal. On a les plaisirs qu’on peut et celui à me coûte que dalle et en temps de crise, on crache pas sur ce genre de choses enfin je veux dire encore moins qu’en pas temps de crise sans doute sauf qu’on saura jamais vu que pour nous autres c’est toujours la crise. Et c’est un jeu stupide qui permet de débusquer d’éventuels nouveaux rigolos planqués autour : ils se mettent à ricaner bêtement et on les repère beaucoup mieux et on se fait des copains comme ça dans le bas peuple. Alors bon je me lance joyeusement à toute occasion de ce genre.

Alors qu’il se vantait avoir fait un clip avec Brigitte Fontaine de je sais plus quoi dont j’avais environ rien à branler, j’ai répondu : ah ouai et vous avez réussi à lui décoller cette tique de Benoit Mouchart pour faire le clip ?

Les copines sont dument écroulées. Le mec : lueur d’admiration dans le regard qui me fait pitié. Ha oui merde je suis con c’est que quand on se vante comme ça à partir de n’importe quel name-dropping, forcément on croit fermement à la renommée au delà de la Plainelière, j’oublie tout le temps : il se marre pas à ma connerie, il admire.

J’ai roté ma bière comme à 16 ans histoire de rappeler qui je suis et parce que fallait faire un peu de place pour le prochain demi.

Je l’intrigue. Il veut gratter de l’info. Et qui je suis et qu’est ce que je fais. Je ricane bêtement et je dis que je suis glandeuse, ma pote dit rhooo mais non t’es artiste. Ouais mais nan nan je suis pas artiste je suis glandeuse, je dessine juste pour m’occuper, et pour payer le loyer et puis c’est tout, lâchez moi la grappe avec ces conneries d’artiste. C’est pas possible cette ville qui peut tout simplement pas s’en foutre.

J’aime flamber que je suis pas flambeuse, c’est un délice de roi. La meuf, elle, pose les bonnes questions : dis donc pourquoi t’aimes pas Machin et Truc et qu’est-ce que tu penses de Bidule tiens ? Je me fais bien du plaisir à répondre que tous sont d’absolus gros cons, elle voit très bien de quoi je cause comme moi le gap générationnel ça doit être un magasin de fringues parce que je l’ai jamais vu, perso. Ou alors il existe pour taper sur des gens pas d’accord quand ils sont plus vieux ou plus jeunes, ou pour tenter de le bousiller uniquement quand on prend du bide et qu’on se dit que violer des enfants ça donnerait une seconde jeunesse, ce qui revient à peu près à la même question philo à deux balles que les porcs adorent poser. C’est à ça que ça sert, la Culture.

Elle se bidonne et je suis aux anges quand les gens se bidonnent quand je sors l’artillerie. C’est moins crevant que l’exercice du pouvoir et ça fait du bien, ma petite routine de jouvence perso, vachement moins douteuse que la plupart en vogue si on prend garde à surtout pas en faire un satané travail comme à peu près tout ce qui est fun en ce bas monde qu’on se dépêche de pourrir en en faisant une gloire.

Les mecs pas marrants aiment pas les meufs marrantes. Et les célébrités humoristiques en déchéance qui ont perdu leurs potes de vue ont perdu en même temps leur sens de l’humour, c’est triste à voir.

Alors le gars aime pas que je fasse rigoler la meuf et essaie sans arrêt de s’accaparer son attention parce que si on le perd de vue 1/2 seconde pour rigoler ensemble, il tomberait raide mort et l’humanité toute entière serait anéantie de chagrin.

Donc dès qu’il est un peu spontané ou parle un peu trop de ses fragilités, dès qu’il montre qu’il peut être chouette ou drôle ou s’en carrer il se dépêche très vite de rappeler que c’est un gros con. Il se montrait quand même assez curieux de ma personne et cherchait toujours à comprendre. Alors qu’on causait de godes, le mec m’a demandé où j’en étais. J’en suis nulle part, j’ai répondu, tout ça m’emmerde, le couple c’est le travail qui vient bousiller toute joie et ça me répugne. Il a raconté qu’il était allé voir une domina pour se faire enculer en montrant la taille du gode de ses mains. Beau morceau. Je lui ai demandé si il avait kiffé, il m’a dit oui.

Histoire de lui rappeler deux trois réalités pas très poétiques dans son numéro de romantique avec la meuf, je lui ai demandé son âge. J’ai demandé celui de la meuf. J’ai rien commenté, misant tout sur mon regard que je souhaitais le plus blasé possible, vu qu’il avait 60 piges et la nana 27. Je suis nulle en maths, mais tout de même.

Le gars a du se dire sacredieu y’a une qui a découvert le fonctionnement de notre grand merdier secret très secret comment se fesse on est pourtant mega discrets merde !!!!

Evidemment la meuf était aussi débile que moi et panait rien à ce qu’il faisait. Ça devait être pour ça qu’elle se bidonnait avec nous autres les autres meufs débiles. Alors il s’est énervé après moi parce que j’arrêtais pas d’écouter la conversation des gens à ma table que quand même c’est dingue ça t il a craqué son slip comme le premier rigolo de la soirée qui finit par hurler QUE NON NON JE SUIS PAS UN MEC CHOUETTE PUTAIN PLUTÔT MOURIR QUE D’ÊTRE SYMPA : il s’est redressé et il m’a fait face en appelant mon prénom fermement dans la même posture professorale que tout rigolo pris en flag de non-rigolerie le fait : il m’a rappelé qui il était, en tapant de son viril doigt sur la table. Son CV. Sa gloire. Les années passées et dument comptées à apparaitre dans un poste de télévision pour faire rire des gens qui regardent le poste de télévision. Non mais tu sais qui je suis. Et je fronce les sourcils. Et je répète ton prénom en prenant une voix grave.

Je regardais le comique professionnel me gronder que je le laissais pas faire son cirque comme il voulait et s’énerver tout seul parce que sa proie se bidonnait au lieu de se languir correctement en l’admirant de ses grands yeux mouillés.

Et on est rentrées vers notre quartier avec ma pote en rebondissant sur les murs comme des boules de flipper une fois ma mission sur terre encore accomplie. Scoubidou retire le masque de clown et t’as juste encore le patron de la fête forraine dessous.

C’est un comble ça on peut plus faire son Ronsard tranquillement quand y’a cette grosse andouille de tanx dans les parages ou bien, putain, y’a pu d’respect c’est la fin de la civilisation au moins.

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