
hail, la Sëcü, how are you yau de pöëllë ?
J’ai été à un rendez-vous énervant avec un chirurgien pour me rencarder.
J’avais pris le rendez vous au pif après que mon médecin m’ait fait un courrier, et sans doute que j’avais encore la tête dans le cul en le prenant que ça m’étonnerait pas. J’étais censé aller en hosto, la flem de chercher plus loin quand j’ai vu le nom du chirurgien refilé par le médecin qui me suit, alors hop RDV pris dans son cabinet.
Ce médecin m’avait donné le nom d’un mec au top sur la question qu’il m’avait dit, un acharné à faire reconnaitre la Cause et tout le toutim. Le médecin qui me suit est un mec attentif aux questions militantes car il est humaniste quasi philosophiquement, tu vois, contrairement à moi qui suis vraiment très plouc à vouloir par exemple qu’on me foute la paix quand je jure comme un charretier parce que mon joint de culasse de Bic 2mm a encore pété, ou qu’on arrête de me demander ce que ça fait d’avoir des nibards pour dessiner ou faire du cheval à des gens qui ont du passer miraculeusement à côté de la pub Tampax on dirait bien.
Moi, con comme un pelle, j’ai vu le nom et je me suis dit que ça devait être pareil de le voir dans un cabinet juste l’adresse change, alors je me suis rendu au rendez vous assez impatient d’en finir avec ces conneries. Après avoir passé un temps dingue à trouver des sapes neutres sans tête de mort, sans trous, sans patch, dénués de clous, sans la moindre trace de badge, de peinture, d’encre, un futal qui soit pas un utilitaire informe, mon unique veste normcore 2000, et paf un ciré vert camouflage chiant encore par dessus tout ce chiant car il fait encore un temps chiant, c’est doublement chiant, j’étais donc Vrai Homme Vrai.
J’ai déboulé à l’adresse indiquée dans une cour privatisée d’un recoin très calme du 11ème arrondissement parisien (t’as remarqué comme les parisiens précisent pas parisien après arrondissement ? c’est les mêmes qui tombent des nues quand ils découvrent que y’a un métro à toulouse, des arrondissements à lyon et le Confort Moderne à poitiers, avec l’eau courant et tout)
Ouai je me déguisais désormais pour tout contact avec la vraie société sérieuse avec des PEL et tout le bordel parce que j’étais saoulé à mort après m’être mangé de la merde à me radiner sapé comme d’hab, comme au collège. Dans cette ville, ils ont jamais vu un pnuk de leur vie sauf devant le franprix à faire la manche, ils ont jamais vu de queer qui taffe parce qu’il lui faut des sous et pas pour faire avancer une cause en allant babiller qu’on est gentil à des navets plein de blé qui iront faire du tourisme sexuel chez les « bizarres », et ils ont jamais vu de zineux non plus. C’est vraiment trop crevant de se retrouver à brailler systématiquement, j’en ai plein le cul. Donc je sortais en chiant intégral pour ces rendez vous chiants.
Ma patience à expliquer que l’eau mouille et se justifier pour tout et n’imp était déjà pas bien grande et ça va s’amenuisant. Et qu’on les envoie, ces têtes de rutabagas, négocier des locations d’apparts miteux avec zéro garantie même dans leurs sapes de gros winners à aller te donner du conseil relooking pole emploi qu’on rigole nous aussi, merde quoi y’a pas de raison !
Je me suis grouillé et mon ciré a profité pour transitionner en hutte de sudation. J’ai pris un air de quelqu’un qui a un filofax en fin cuir d’agneau dans son sac queshua premier prix quand je suis entré : luxe, calme et volupté m’ont cueilli là où je m’étais imaginé une salle d’attente blindax de pnuks mal fagotés.
Une gentille et belle secrétaire et gracieuse et usant aussitôt du bon pronom que j’ai écrit mon prénom d’adoption (c’est MUSCULATOR pour info) m’a indiqué la grande salle d’attente après m’avoir pris ma carte bitale, je me suis retrouvé à devoir choisir entre 52 canapés en cuir et chaises design vides avec mon ciré qui dégoutait de partout. J’ai donc roulé l’intégralité de mes vestes (il fait très chaud chez les chirurgiens bienveillants) en gros burrito et me suis vautré assis élégamment dans du cuir pour profiter du calme. Mes collants thermo sous mon futal me faisaient suer la raie, j’ai gardé mon air détaché et responsable du mec qui a jamais pété de sa vie.
Des revues de street-art sur la table (au lieu des traditionnels Closer et des Valeurs Actuelles), un tableau de Miss Tik (à la place de la traditionnelle repro de Matisse ou de la peinture à l’huile de poivrons ou de tournesols), une statue bien mise en valeur dans une alcôve avec les fesses dorées (la statue, pas l’alcôve)(à la place de la caisse pleine de jouets à moitié déglingués dont l’évident Arbre Magique et son ascenseur éternellement coincé)(toujours à la place de la statue, pas de l’alcôve)(suivez attentivement, SVP).
La meuf qui remplace le chirurgien m’accueille avec une bienveillance appuyée et du sourire en veux tu en voilà de la dent blanche et pleine de vitalité, me donne du monsieur, et gnagnagni et me guide dans un long couloir avec des angles de partout où des skates de street-artist sont éclairés avec goût pour mettre en valeur des fois qu’on aurait pas bien remarqué toute cette déco. On dirait que c’est d’un mec qui faisait des artoyz y’a 20 ans, le genre de truc que je voyais sur le forum de gigposters et sur flickr ? je sais plus. Je me retiens de beugler que j’avais la première démo K7 avant que ce soye mainstream.
J’ai balancé mon burrito de vestes sur la chaise confortable supplémentaire. Elle a pris le temps de m’expliquer tout, en détails, dans son cabinet où j’avais juste encore de faire une sieste.
Même la bouteille de liquide hydroalcoolique avait l’air de me mater en biais avec sa façon d’être en cristal de je sais pas quoi, avec un motif géométrique fin et sobre gnagnagna. je note que son ordinateur c’est pas un Lenovo trouvé dans un bazar de l’avenue de flandres et qu’ils a aucun sticker STÏCKER de traviole dessus. Son élégant bureau ovale en bois d’arbre mystérieux est plus grand que ma salle de bain. Une grande image au mur représente une jeune femme bien en chair en train de faire un show burlesque avec des pompons sur les seins. Peut-être un flyer underground vintage, de l’ère post-Suicide Girls.
Elle demande mon consentement à m’ausculter les nichons, redemande mon consentement pour les palper, redemande encore pour les palper mais dans l’autre sens. Des fois que je voudrait bien qu’on me les tripote dans ce sens mais pas dans l’autre, jsp peut être elle a cru qu’on était au pieu à nous susurrer nos kinks ? je me demande si ils sont pas de sérieux problèmes d’audition chez les safe. Je me demande comment ils opèrent si on consent pas à se faire toucher. Doit y avoir de la air-chirurgie comme de la air-guitar en école de médecine maintenant, encore un mystère à éclaircir. Je précise des fois que y’aurait des non-comprenants que je trouve ça BIEN NORMAL qu’on demande le consentement hin. Juste bon je suis passé de yolo vazy qu’on te fourre le spéculum à -50° sans prévenir et sans prendre de précaution à demander 666 fois si on peut m’effleurer de loin, sans qu’on me laisse trop de temps pour m’adapter. C’est BIZARRE.
Évidemment, mon air détaché pour pas trahir la présence de leggings thermo moches tout pelucheux a pas été super utile vu que ça dépasse de mon futal jusqu’au milieu du bide et que j’ai du retirer mon haut et ma brassière premier prix qui aplatit que vaguement. Astuce : je dis que j’ai les énormes pecs de The Rock. Faut que la sémantique serve un peu à autre chose qu’aller casser les couilles en discussion autogérée après tout. Et bon, bref : j’ai eu l’air un peu crédible environ 10mn, ce qui n’est déjà pas si mal.
J’ai salué intérieurement l’imperturbabilité de la chirurgienne remplaçante qui a pas fait de grimace devant cette indéniable preuve que je me déplace en métro ou pire : à pied. elle m’a demandé ce que je fais dans la vie, j’ai dit « auteur… artiste… gravure, BD, dessin enfin un peu de tout quoi grmllmlll ». J’ai pas été raconter que je fous rien je sais pas pourquoi, on est à paris, les oisifs qui font de la chirurgie pour passer le temps ça doit courir les rues ? je sais pas.
Évidemment elle a pas trouvé surprenant que je soye artiste (?) et elle a enchainé sur l’arrêt maladie qu’il faudrait prendre, dude on a pas de maladies dans ces boulots que j’ai répondu sans même enchainer sur ces gros bâtards du SNAC obsédés par la TVA, car je m’en branle autant du SNAC que le SNAC peut se branler des crevards même pas professionnels, c’est d’une belle entente commune harmonieuse. « ha oui, oui, vous êtes libéral » elle me dit avec un air à me donner du CAMARADE. Satan ce qu’il faut avoir de self-control je vous jure.
Bref. Ceci cela de trucs sur l’opération, que je détaille pas parce que c’est des trucs techniques et j’ai pas de remarque désobligeantes à faire dessus. C’est reposant, la mécanique.
La meuf m’a demandé si je voulais payer les 120 putain de balles de la consultation « en carte ou en espèces » comme si j’avais 120 putain de balles en biftons sur moi en permanence et comme si j’avais 120 putain de balles pour ces conneries tout court. Je suis con : j’avais pas pensé à ça, je me crois encore dans le poitou en 1985 faut croire. Bon, merci le CNL, je peux raquer en me convaincant vaguement que ça nourrira un récit poignant.
Je tends donc ma carte en gardant ma poker face, le legging thermo sous le jeans en fait c’est parce que je vais graffer dans des friches après avoir demandé une autorisation pour qu’on m’ouvre la porte et pour pas me déchirer mon pantalon en denim custom sur le grillage, et pas me faire gronder par la maréchaussée avant de rejoindre mon squat artistique avec bail signé avec la mairie, tsais.
La meuf me tend une belle chemise cartonnée glacée avec un joli logo « paris translucide » en couleurs pastel et un symbole de l’infini et tout ça m’exaspère évidemment. Dedans y’a un récap des trucs de l’opération, la lettre de consentement et le devis. Je lui dis merci, je salue mais je suis pas bien sûr d’avoir bien gardé ma poker face jusqu’au bout je sens un froncement au niveau de la zone inter-sourcilière qui était pas très prévu. Je me hâte donc de m’échapper de là pour ouvrir la chemise juste devant le cabinet en lâchant un « ah ouaaai putain de merde ben allez bien vous faire foutre nan ?!! » avant de niquer la belle chemise glacée en la fourrant dans mon sac queshua de merde.
4200 balles de dépassements d’honoraires. Ca se mouche pas du coude chez les inclusifs. Un pote qui le connaissait m’a dit que ce con a doublé ses prix en 5 ans… miam miam les complexes alimentés de ci de là dans la folle ambiance qui défoule bien un sacré paquet de gros connards !! j’appelle ça un GROS BÂTARD moi. Je vais donc plutôt me rencarder sur la greffe de rayon lasers dans les nichons remboursée par la sécu.
et je suis rentré chez moi, ronchonnant et bizarrement soulagé d’un truc, sans doute juste un mega FUUUUUUUUUCK libératoire, pour constater que ma pompe qui avait pris très vite l’eau en sortant c’était pas vraiment un message subliminal pour m’annoncer la journée en fait :

zut
heureusement, je suppose que c’était mon 6ème sens qui m’avait fait investir dans des nouvelles et élégantes chaussures de ville.

cette image fait 666 pixels de largeur. Coïncidence ? non : c’est moi qui ait demandé à photoshop de la réduire à 666 pixels de largeur. Stupéfiant.
Me voilà donc à me refaire une séance d’HP autogéré (Malcolm-chips) parce que c’est pas Satan possible de devenir aussi CHIANT jusqu’à s’habiller normalement pour allez chez des cons et ronchonner comme ça, bordel de merde ! faut y remédier fissa avant le drame !






Bongeoure, je suis là passque N. m’a posé des questions alors me suis dit que j’allais mettre un commentaire direct.
Mon couillon de chirurgien s’est dit ui alors il a plein de gras et plus de glande, il a pas vérifié :p Eh bien y’avait plus de gras quasi mais plein de glande, il s’est tapé une heure de plus à racler la glande, il était ra-vi. Bien fait, il avait qu’à toucher plutôt que de se dire que c’était que du gras parce que je suis gros. Et ils demandent quinze fois car plein de gens sont dysphoriques.
Les noms qui se refilent pas mal, quasi toujours ils augmentent les prix rapidement et ça les fait chier d’opérer que des ftm. Note qu’ils ont qu’à former leurs collègues et voilà hein. C’est dans les tarifs tranche haute mais c’est vraiment cher.
Pour ce qui est de rentrer chez soi après l’opé, quasi toujours ils dépêchent une ambulance remboursée par la sécu pour ça pour info aussi. Bon courage et hésite pas à demander à une asso pour d’autres noms / des retours si besoin (je mets l’adresse mail d’une asso du Nord de laquelle je fais partie si t’as besoin de références plutôt que mon mail perso). Y’a aussi des forums et des groupes facebook avec des photos pour info.
Là je râle mais le truc était de ma faute, j’aurais jamais du aller en cabinet. pour le moment je mets tout en stand by, ça me les brise sévère je verrai ça plus tard. j’ai des tas de potes ici pour m’aiguiller si j’ai besoin ! mais merci pour ton retour. Purée, quand je pense que y’a des abrutis à aller raconter qu’on transitionne comme on change de chemise, faut vraiment rien connaitre ni de la médecine ni de l’administration (ni des gens « normaux » à commencer par eux ha ha ha)
j’ajoute que c’est une sacrée tanche, ton chirurgien -_-