mémé fanzineuse

Tiens mémé a encore une histoire. Le premier zine fest à bordeaux a eu lieu dans un squat. C’était vachement bien, ça circulait à fond, y’avait du modne,c’était joyeux. J’avais ramené mes machins mais vite délaissé ma table avec un petit mot dessus pour dire où j’étais, et une boite pour les ronds à côté, et je discutais dehors avec des copains punks, le cul sur le bitume à siroter des boites (car on ne dit pas canette quand c’est de l’alu savais tu). Ce même ouiquende, j’avais rencontré un copain anar avec qui on avait de grandes discussions sur Libertad, et c’était drôlement bien.

Le zine fest a décidé, dès la deuxième année, de faire ça dans un endroit plus grand plus propre. Forcément tout de suite les sponsors et partenariats se sont mis en place, avec la mairie et les machins clairement à visée d’embourgeoisement. Cette édition, j’y suis allée avec mes zines photocop tout pourris et mes patchs, comme ça n’avait pas changé de nom je me disais que c’était dans le ton. J’étais tout au fond à ma pauvre table sans scénographie compliquée et tapageuse, marketée pour vendre, juste un pauvre drap noir et mes machins posés dessus à l’arrache. J’ai rien vendu ou presque, et il n’y avait pas de discussion, pas de mélange, pas de mouvement, tout le monde derrière son stand à attendre le chaland dans des sapes de hipster propre à vendre de la microédition super chère, fallait faire de la maille pour rembourser les frais.

je n’ai pas remis les pieds dans ce truc, vu que je m’y étais emmerdée et que faire des ronds n’était pas ma motivation. Y’a eu des partenariat de Disparate, une boutique de zine à l’origine du zine fest, et de Mollat, plus grosse librairie de france avec un patron au MEDEF, et grand pote de Juppé qui n’a pas fait hurler grand monde à part nous autres les pouilleux du fanzinat. J’avais écrit un texte à ce propos, et une connaissance, issue pourtant du punk et du zine, m’a copieusement insultée. Ce mec m’avait pourtant approchée quelques années auparavant parce qu’il disait aimer ce que je racontais, il m’avait bien pompée mon énergie à me sucer tous les renseignements administratifs pour se lancer dans le dessin. Il m’a jetée comme une merde quand il a réussi, il avait plus besoin de moi et j’allais sans doute trop loin dans la cohérence. Ce texte a été photocopié et distribué par mon pote qui faisait du zine comme moi, dans le même esprit, et les deux étaient pourtant présents à cette saloperie récupérée par la mairie.

Y’a eu la lutte contre la disparition du énième, contrat aidé qui servait beaucoup au milieu associatif, qui a dit beaucoup du revirement libéral ces dernières années. alors qu’on était réunis autour de la confection de banderole avec les zineux et autres informels, les gens de la boutique de zine nous disait son déchirement à devoir se séparer de son contrat aidé “qui bossait bien pourtant” parce que le contrat se terminait. Ha bah oui voilà à vouloir un fonctionnement de boite, à vouloir un local pour vendre,  à avoir des trimards, on en vient forcément à adopter des discours de patrons, même dans le fanzinat. On essayait de dire, avec mon pote, que la question c’était pas de défendre un contrat précaire (dont il dépendait aussi) mais de flinguer le travail, purement et simplement.

Je me suis laissée entrainée dans cette ascension à force de me cogner à ce genre de choses et ce n’est d’ailleurs pas étonnant que dans ma dérive je me sois engueulée avec ce pote anar rencontré à ce premier zine fest parce que d’un coup je ne comprenais plus son propos, embarquée de force en cherchant à survivre.
Mais depuis mon arrivée à paris, je cherchais ce genre d’endroit ou d’ambiance pour reprendre le zine dans sa conception politique aussi : pour nous, par nous, en autonomie, pour le fun et dans les expérimentations. en vain, ou dans des trucs très ciblés, ou alors j’ai pas bien regardé où il faut, et je n’avais pas tellement le temps à force de problèmes de logement et de fric. J’ai lancé l’idée en l’air de glaner des punks pour une distro sauvage, on m’a répondu d’aller dédicacer en librairie de gôche avec véhémence, comme si ce que je disais était une attaque. On m’a proposé des places en atelier mais l’ambiance était au coworking et n’avait rien à voir avec mon idée des choses : je voulais pas travailler, je voulais de la circulation, des idées, du mouvement et surtout un fonctionnement qui ne soit pas celui d’une entreprise. Paris et son prix a un impact sur tout.

Faut pas croire, quand on gueule que les origines du zine ou du punk ou du queer ne doivent pas être oubliées, ça n’est pas, pour la posture, c’est que ces oublis amènent à la vision libérale qui finit par enfoncer tout le monde,  et de façon large : si même des milieux radicaux issus d’idées anarchistes en viennent à de tels oublis et en viennent à travailler et fonctionner en entreprises, comment on pense que ça va évoluer dans d’autres milieux où l’acceptation du travail est un fait établi depuis des lustres ? secouez vous, les punks, le vieux monde est en train de vous manger tout crus.

 

les trucs à la con

Avec mon pote qui faisait du fanzine et des trucs à la con comme moi quand je vivais à Bordeaux, on faisait des rencontres distrozines les premier dimanche du mois. Un prétexte à boire des bières raconter des conneries ou pas tant des conneries d’ailleurs et lire des zines le cul dans des canapés-pièges dont tu pouvais pas te relever seulE, qui n’en aurait pas voulu franchement ? un jour qu’on voulait un peu bricoler avec nos doigts en plus de boire des bières et raconter des conneries, on a décidé de faire un atelier de gravure avec des trucs qui nous tombaient sous la main pour peut-être ou pas sortir un zine on verra bien. Si t’as pas l’habitude de ces mondes bizarres du fanzinat underground, imagine le centre aéré mais dans un local tout bordélique avec des grand couillons punkoïdes de 40 balais infoutus de remplir le CERFA 2042C que des artiss se tuent à défendre dans des luttes chiantes à crever.

Bref nous voilà avec de l’encre partout, des bouts de papiers découpés, du plâtre, des rouleau des gouges et tout ce qu’on pouvait graver histoire de rigoler. J’aime bien ce pote parce qu’il bricole et joue tout le temps, et au bout d’un moment à bidouiller nos trucs chacun le nez dans son ptit bordel, je l’entend pouffer comme un môme et lâcher un “ho merde hahaha”. Je relève la tête et je le vois fixer son bidouillage et il me le montre, hilare, en me disant qu’il a pas fait exprès.

Il avait fait un petit tampon qu’il avait reproduit géométriquement pour voir ce que ça pouvait donner au hasard de ses tentatives et le nez sur son truc il avait pas vu qu’il venait de faire une croix gammée, ornementée certes mais quand même. Il a jeté et est reparti illico sur autre chose. Y’a une leçon à tirer de ça je suppose, mais on était juste morts de rire.

 

Comme un oiseau ivre libre de liberté libre

je m’en allais sur mes libres godasses
le long des libres chemins ivres
que ne vivais-je point jusque là librement
Le soldat, là, avec son trou, ne souriait-il pas ?

Ha la nature, l’enivrement libre
comme des herbes fofolles
dans le vent de mes pets

mogette, mogette, que ne m’as-tu soufflé
dans mon engourdie esgourde
ce vent libre de la liberté

 

putain j’en ai marre je vais vendre des armes

 

– Rimbo

échos échos échos

en février je dessinais ce strip après avoir écouté un copain formidable (vu qu’on est pareils, tsais) :

et aujourd’hui je dessine celui-ci suite à une incroyâââble série de coïncidences qui ne m’ont absolument pas étonnée. Des fois c’est dur de se dire que y’a rien d’autre que de l’humanité dans ce genre de hasards et d’y voir le destin ou je ne sais quelle connerie du genre qui ferait enfiler une toge de gourou pour causer du grand tout à la con et finir dans les délires queer à la mode. Et nan c’est juste des gens qui réfléchissent hors des cases :

bon tout ça pour dire que des fois la vie prend tout son sens dans une soirée où tu finis de faire le lien entre des tas de trucs, du zine à ta conception politique, des rencontres à la communication et finir en beauté grâce à un mec croisé, spliff au coin du bec, qui improvise rien que pour toi et en te fixant bien dans les yeux une lap-dance sur la barre de métro avant de quitter la rame en t’adressant ses deux pouces levés. T’as déjà vu plus crétinement cool toi ? moi rarement.

fuck l’état

L’état est quand même cruel à traquer la moindre trace de créativité pour la flinguer que je me disais en pensant à ma jeunesse perdue dans le naufrage pandémique et ma rage qui gronde. Non je te cause pas de la fermeture des théâtres, non je te cause pas de travail, je te parle de tout ce qu’on porte, touTEs autant qu’on est, qu’on soit artiss estampillé, artiss du dimanche ou pas artiss du tout, je te cause de ce qui fait que l’art c’est ni le divertissement ni l’évasion, ces instruments de pouvoir, mais ce qui fait que l’art a cette chose magique de te parler, à toi, ou existe pour exprimer quelque chose qui échappe à la domestication du langage.

Perso j’ai envie de tout cramer quand je n’y arrive plus. ça a l’air con hin dit comme ça, mais faut pas croire j’arrête pas de réfléchir en ce moment y’a que ça à foutre :  j’ai envie de tout cramer de ce qui m’empêche de créer comme je voudrais et de dire ce que j’ai envie, moi et moi seule, de dire. Que ce soit le boulot, que ce soit le fric, que ce soit le genre, que ce soit la pulsion autoritaire, tout ce qui chercher à délimiter, d’une façon ou d’une autre, mon expression à moi et pourquoi je crée. Tout ce qui voudrait domestiquer cette expression. Ce bon dieu d’état attaque ma part créatrice, ce gros con, en tuant ce qui la nourrit, mon lien à mes amiEs, quand t’es passé du fanzine distribué aux potes pour en faire un ulele t’as rien fait d’autre que te conformer. tu perds en fun, tu perds en verve, tu perds le cœur puisque tout ce que tu voulais en dessinant c’était faire rire tes copains ou les émerveiller, c’était toi et toi seulement et pas vouloir le pognon ou la reconnaissance t’as pas besoin d’être reconnue quand on te connait déjà, eh pardi.

Franchement moi les meilleurs trucs que j’ai sortis c’est ce que j’ai fait parce que je les destinais à des copainEs, tout le sel, toute la polésie, toute la verve et tout l’humour ça n’est pas que moi : c’est le lien entre nous, et ce lien fait terriblement défaut aujourd’hui et je m’acharne à le retrouver et le réveiller . Parce que mes meilleurs dessins et mes plus belles gravures sont l’expression de l’amour et de la vie. Sylvaine Téton est née d’une amitié, Rock zombie était destiné à des copainEs, la gravure “ma soeur” est pour une amie et mes aquarelles sont pour les gens que j’aime.
Parce que ce lien c’est mon art parce que ce lien c’est ma vie, parce que le manque de mes amiEs dans la merde qui va grandissante ne me conduit à aucune autre conclusion que la généralisation de la mort, parce que le lien c’est ce qui fait naitre aussi la beauté et le rire, et à tout prix je veux rappeler pour quelle raison on aime la création, pour quelle raison on fait ou on écoute et regarde de la musique ou du dessin, qu’on baigne avec bonheur dans un pogo entourés de copainEs déchainéEs et hilares, la putain de vie mon gars !

Vive la vie, bordel de merde, et feu à l’autorité qui veut la flinguer !

Mon pote Naga a réclamé le retour de Youth avoiders, et putain oui.