Paris casse-couilles

Paris c’est d’un chiant, c’est monumental, tout le monde pète plus haut que son auguste derrière par ces contrées et ça me rend râleuse, la bouserie me manque . Mais ici jpeux avoir un cachet badass à peu de frais tu me diras, suffit d’être un tant soit peu méïaude (démerdez vous pour le dico poitevin) dans sa dégaine perrave pour que la bourgeoisie prenne de grands airs effarés, c’est rigolo et cerise sur le gâteau c’est pas fatigant, et comme chacun sait (ou devrait le savoir, merde) je suis une grande flemmasse. Grande flemmasse ouais, mais grande flemmasse entre deux dessins époustouflants, la preuve.Je suis tellement géniale que je suis passée à la tévé d’ailleurs, si tu veux voir clique là, c’était avec l’éditeur Martin de Halleux autour de ses publis de Masereel (ouai rien que ça). J’ai l’air con pour pas changer, et je remue beaucoup trop des mains.
Sinon la boutique a rouvert, je fais toujours de la remise en main propre avec du noir sous les ongles mais attention, ça veut pas dire livraison UPS non plus, faut être un peu souple quand même. Je finis de m’installer dans mon bazar et je sors les gouges, j’ai beau aimer rien foutre mettre les mains dans l’encre me manque terriblement et le Monde a besoin de bôté sidérante, faut bien s’y mettre.

 

AAAAAAAAAh.

j’ai trop de cartons mais non ça va y aller easy tranquille émile mais non haaaaa pourquoi j’ai autant de choses de toutes façons je vais tout bazarder et pourquoi j’ai pas de nouvelles du chauffeur et comment ça va être le merdier encore, je vais mourir avec mon demi-poumon et comment je vais faire pour ce con de chat et est-ce que j’ai pas oublié un truc important et pourquoi le monde est autant de la merde quand est-ce que je pourrais me casser de là souffler un peu vautrée dans l’herbe et AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH.

J’en ai marre. 4 fois en 3 ans, 4 fois la même boucle, 4 fois les mêmes angoisses, au même moment, pour les mêmes choses, alors je me répète comme un mantra : demaindemaindemain tu seras dans ton nouveau chez toi et baste t’auras tout le temps des questions oubliées en mangeant des nems. Et  comment on lutte, et de qui je tombe amoureuse, quel est l’âge du capitaine et est-ce qu’on court vers le fascisme une réponse claire essevépé que je puisse ranger un peu.

mes cartons c’est ma barricade, le scotch c’est mon cocktail molotov, je me fous ce casque de hockey sur la tronche et je suis en guerre contre mon déménagement. Y’a pas de petite lutte.

la môrt

-non mais la Mort !
-hé ouai la mort
-et alors non mais eh la Mort !!
-ben alors la mort, voilà, qu’est ce que tu veux que je te dise, la mort certes, salu cémoi sava ?

Le type est allongé sur un lit tout frais et bien fait, 93 ans, tout strié et coulant et il regarde la Mort,  nonchalante. Relax, elle a un ptit déhanché décontracté et tire sur un gros spliff. La fumée sort par tous les trous. Ça énerve le type.

-c’est quoi ce merdier tu fais pas peur, t’es censée avoir une voix grave ou pire pas de voix, on est censés regarder l’abîme de la capuche là, le vertige et tout le toutim, en stressant sa race et en suant toute son eau !

Mais non la mort elle est là, peinarde, elle s’est même installée dans un fauteuil en soupirant et elle attend la fin du monologue, elle a l’habitude :  elle a ramené ses mots fléchés. Des niveaux 4, le mec était bien indiqué comme bien coriace par les grattes papiers de l’au delà. Ils font chier eux aussi, merde, on peut pas juste faucher tout le monde pareil là plutôt que regarder dans le détail les états d’âme des mourants. La flemme fait devenir la mort communiste : pas le temps pour les conneries, hophophop de l’efficacité. Mais bon c’est la mort, elle sait comment elle est, impatiente,  alors elle se modère et prend sur elle et elle fume. Ya un moment le gars va finir par réaliser, elle sait que ça vaut le coup de subir ses conneries. Ptêtre même il va se mettre à découvrir ses mains, à baigner dans la fumée comme ça.

-j’ai pas souffert toute ma vie pour ça, j’ai trimé, je me suis privé, j’ai sermonné, j’ai tout bien suivi le mode d’emploi, j’ai dit la vie c’était pas de la rigolade à mes enfants, je les ai engueulés quand ils se marraient je les ai enfermés quand ils courraient pour ça, la mort en grosse feignasse de fumeuse ?!! quelle arnaque
-cause à mon cul ma tête est malade. Elle tire sur son joint, une boulette tombe sur sa robe, un trou de plus, la dentelle s’affine à chaque ultime visite.

le mec s’énerve, il va finir par obtenir un sursit tant ça gonfle la mort qui a bien envie de se casser. Ça la gonfle, mais ça l’amuse, quand même, ça fait des milliers et des milliers d’années mais les humains ont toujours pas capté. C’est attendrissant. Ils refusent.
-ces mains, CES MAINS, usées, crevassées, rigides, douloureuses. et regarde moi toutes ces microcoupures de tracts CGT qui ont servi à rien, je pouvais plus aller à la piscine sans risquer la gangrène des doigts, et toi t’es là, là, à te foutre de ma gueule avec ton spliff, je suis écœuré

La mort baille. Elle a beau être la mort, elle aussi a droit à ses coups de barre. elle tend le joint au mec, qui le prend, plus par dépit qu’autre chose, et aussi par curiosité : il allait voir si ce qu’il répétait en boucle à ses mômes, tu commences avec ça et paf paf paf en 2/2 t’en es à l’héroïne et t’es prostituéE dans un hangar sordide avant d’avoir pu dire ouf.

Il en a marre, le mec. La mort c’est pas ce qu’il pensait et c’est pas tant elle qui l’énerve que le ramassis de conneries qu’on a pu lui rabâcher durant son existence et qu’il a répétées en pensant que c’était de la sagesse.

“Sagesse mon cul” furent ces dernières paroles, la mort rattrapa le mégot juste avant qu’il ne troue le pyjama immaculé, quand même ça aurait fait mauvais genre. Allez hop, un de plus qui est mort moins con, la mort est repartie en trainassant des métatarses, Bongzilla au niveau des sphénoïdes.