écrire, encore

A l’annonce du couvre feu, l’écriture s’est mise à bouillonner comme mon sang, fallait que ça sort fallait écrire, une chiasse. Et je me suis retenue, ou j’ai laissé passer le minimum, pour pas tout inonder encore. pardon pour la métaphore mais c’est la plus juste.
Et je me suis dit : si t’as envie d’écrire , écris, putain, on s’en fout nan, mais que ça s’arrête pas là, que ça se cantonne pas à de la rage en mots.Tes questions de merde sur la légitimité à écrire, comme celle à dessiner, n’ont aucune place, nulle part, t’es ni mieux ni pire qu’unE autre, croire que tu doives te poser ou plus ou moins de question qu’unE autre relève justement de ce que tu cherches à détruire, alors vazy écris.
Te contente pas de kiffer le travail d’autre que tu pousses à faire ce que tu fais pas, comprenant très bien la différence que tu t’appliques pas à toi.  fuis les supports à mettre en avant le nom, ou cherche l’intimité du papier pour ça. C’est pas parce qu’on te place quelque part que toi tu t’y vois et agis en ce sens.
Écris ou dessine, t’es ni mieux ni moins bien placéE pour le faire que n’importe qui, fais le et fais le vraiment, en arrêtant deux minutes de te saborder puisque c’est réellement ce que tu veux faire, écris mais oublie pas que ça ne remplace pas, jamais, en aucun cas, la vie.
si tu gardes pas ça en tête un jour tu te retrouves comme Pivot à parler de commerce indispensable et comme tous ces connards à avoir inversé la charge entre livre et vie, à hurler pour du papier inconséquent. Si tu  fais pas gaffe, tu finiras à faire des colloques sur l’écriture, t’iras à france culture déblatérer et ça se trouve tu citeras Arendt toi aussi. franchement, qui souhaite ça à part les sachants à se montrer par ailleurs bien imbéciles à forces d’oublis des fondamentaux.
Fais gaffe, la pression qu’on peut se mettre quand on s’autorise à écrire, nous autres les pas faits pour ça, c’est ce qui fait aussi la sacralisation des arts, la démesure de la figure de l’écrivant et la morgue qu’on finit par adopter sans s’en rendre compte, parce qu’on s’est refusé de la liberté au nom d’un truc qui n’existe que dans la tête des dominants, la frontière invisible et pourtant très palpable. Parce que bon, si y’a une tension entre sa propre légitimité, le monde qui nous astreint, rien rien ne peut empêcher d’écrire, dessiner et d’aller bousiller malgré tout ce qui voudrait qu’on ne se sente jamais légitimes à être autre chose que des pauvres choses ballotées par la merde. Parce que finalement, écrire et dessiner fait partie aussi de la destruction des limites qu’on nous impose.
pour finir sur de la légèreté, une redif :

le seummet de mon art

pourquoi dessiner encore, je me demande à l’instant en découvrant ce qu’on devinait. Je baille, je mange un Monaco, je finis ma bière ouverte alors que je m’étais décidée à pas en ouvrir ce soir. Quelle incommensurable merde, à quoi ça pourrait bien servir de faire des petits mickeys encore quand j’ai juste envie de faire du land art option pyrotechnique. J’ai des envies d’espace que voulez vous c’est ça, être artiste qui vieillit, on a des envies fofolles et les gravures d’incendies sont trop petites, étriquées et presque mesquines, ça manque de souffle, ça manque d’ampleur, ça manque d’ambition.

C’est qu’aux beaux arts on me le disait déjà : travaille en grand ! en très grand ! en gigantesque ! des installations ! bon ben ok peut être qu’il faut aussi écouter les profs après tout, ça se trouve y’avait du bon là dedans.
Je pense au chef d’oeuvre de Courbet, sa participation à la destruction de la colonne Vendôme.

La france est une terre de culture y paraitrait, jvais t’en donner, moi, de la foutue culture tu vas voir.

j’invente un crossover à la hauteur de mon seum, vêtue de noir Soulages, de l’arte povera dans les poches, avec le coyote de Beuys qui court à côté, choper les matériaux de Viallat pour imbiber de la toile, allumer avec le briquet de Fischli & Weiss, et voir toute cette merde s’embraser.