encore un truc

y’a un truc qui me turlute tout de même, depuis que tout ce barouf a enfin eu lieu sur les éditions Ring. Je note que beaucoup se sont décidés à réagir et c’est tant mieux mais :

Marsault aurait été de gauche que son travail aurait été tout autant critiquable, voire même plus. Je sais je radote, mais faut pas oublier dans cette histoire que beaucoup à l’avoir défendu avant qu’il ne se déclare clairement d’extrême-droite (ce qui était pourtant évident dès le départ), beaucoup à avoir contribué à sa visibilité sont des gens dits “de gauche”. Par le like, le partage, la franche rigolade “il a bien raison au fond quand même”, et sa défense courageuse (heum) face aux méchantes censeuses ennemies de la liberté d’expression.

Et certainEs continuent même en sachant qu’il est d’extrême droite. En relativisant dangereusement ce fait.

et d’ailleurs il aurait été d’autant plus critiquable en étant de gauche et tenant ce discours, qui en soi est un discours d’extrême droite. Taper sur les minorités n’est pas un discours progressiste ni courageux ni rien, que de la merde.
J’ai lu de ci de là que le droit à la méchanceté etc. oui tout à fait je suis entièrement d’accord. Seulement la méchanceté c’est comme l’humour, c’est comme le dessin, c’est comme tout : c’est pas un truc neutre non plus. On choisit sa cible pour être méchant, et on choisit aussi son public.

J’ai aussi lu “la catharsis”. Ça n’est pas ça la catharsis, révisez vos dicos… la catharsis c’est rire de ce qui nous touche, nous bouleverse et nous blesse, puisque Desproges est exhumé n’importe comment toutes les 3 secondes : la catharsis c’est Desproges qui se fout de son propre cancer, pas d’autres malades en étant en bonne santé*
La catharsis on y est “naturellement” enclins quand on est dans une situation désespérante, désespérée, de coup horrible, oui c’est un réflexe de défense, personne ne prétend le contraire. Sauf que même dans une situation désespérée, on choisit auprès de qui on peut faire ce genre de blague, on sait qui l’entendra de la bonne façon, on sait que ça peut être interprété n’importe comment.
Puisqu’on nous ressort Desproges sur le droit de tout dire, pourquoi ne parle t-on jamais de ce sketch “les rues ne sont plus sûres”, qui n’est pas du tout un sketch par ailleurs. Personne ne rit quand il dit ce texte là.
pourquoi aussi on considèrerait que Desproges est impeccable à tous points de vue et défendable quoi qu’il ait dit ?

on nous bassine aussi avec Hara Kiri, mais hara kiri c’est quand même beaucoup de la merde, hormis quelques uns. On nous rabâche Choron mais jamais Gébé, ça aussi ça a de quoi interroger.
Choron était un porc, violent, misogyne, et plus que douteux sur ses récits de bonnes rigolades avec le Pen en Algérie. Y’a mieux comme référence, franchement.

Beaucoup des choses qu’on peut lire sur la défense du droit de “tout dire” ou de l’humour sont des poncifs rabâchés sans réfléchir deux minutes. Ou prétendre qu’on ne comprend pas quand on répète l’importance du contexte.
Pourtant je crois vraiment que les gens savent que l’humour fonctionne avec la complicité, on sait parfaitement que l’humour n’est pas neutre sinon pourquoi on verrait autant de gens s’offusquer des sorties de Macron ? pourquoi là d’un coup il ne serait plus question de droit à la méchanceté ou de relativiser ce genre de trait d’humour ? parce que Macron nous sort ses bonnes petites phrases de merde de sa place de dirigeant, bourgeois, et là tout à coup on est capables de comprendre l’importance du contexte, l’importance de qui dit quoi et de quelle place. On peut s’approprier l’insulte et là, on peut parler de catharsis et de droit à la méchanceté, là on peut parler de subversion et d’humour noir.

Ça n’est pas rire de tout qu’on défend quand on défend le droit de taper sur ces minorités en permanence, ni la méchanceté : on défend son propre droit à être une parfaite ordure

 

*ça alors, j’apprends quelque chose sur Desproges alors que je poste ce texte sur facebook : son médecin en accord avec son épouse lui ont caché ce cancer et il pensait avoir été opéré d’une tumeur.
les sketch à la première personne sur ce cancer pourraient donc être autofictionnels (en partie ? totalité ?), en tous cas ça ne leur enlève pas ni l’usage du “je”, ni le grincement qui le laisse aucune place au doute quant à son approche du sujet.

faut-il conclure

Plus de 10 jours sont passés maintenant depuis le scandale Art Maniak. 10 jours de harcèlement, qui ne s’est pas encore totalement tari même si j’en vois la fin. 10 jours de menaces et d’insultes qui ne m’émeuvent pas puisque ça vient de mes ennemis politiques. Ce sont des mots de fascistes et c’est pas eux qui vont gâcher mes moules-frites de septembre.
L’individualisation de ce problème dans ce qui semble être pour beaucoup une guéguerre entre l’autre truffe et moi ne doit pas occulter qu’il s’agit ici d’un problème politique, général et qui va s’amplifiant de façon très inquiétante. Les justifications de la galerie sur une prétendue séparation de l’artiste et de ces idées sont hélas trop en vogue pour les ignorer.

L’artiste ou l’auteur a des responsabilités, il faudra donc le marteler sans fin, et il en va de même de celles et ceux qui leur offre des tribunes. Je prends les miennes, comme heureusement beaucoup encore dans notre petit Landerneau, et nous ne sommes pas seulEs à tenir ce genre de position. Nous ne sommes pas seulEs à affirmer que la liberté d’expression ne saurait être apolitique et sans conséquences. Et j’espère bien qu’au sein de nos micro-milieux on est à même de défendre une vision de la création qui ne saurait être résumée à une idiotie sans fond ni pensée, une création-potiche.
Je ne sais pas si ce texte sera une conclusion à cette histoire. J’aimerais le croire, j’aimerais que les éditeurs comme Ring soient tricards de nos festivals, galeries, librairies. Et diffuseur aussi, n’est-ce pas Interforum.
Que l’évidence finisse par éclater, qu’on ne donne pas de tribune à l’extrême droite, qu’on ne peut pas brandir la liberté d’expression pour ne soutenir que des salauds, pour cracher sans fin sur des minorités.

Je copie ci-dessous un texte de Nadia, que j’estime beaucoup, qui dit les choses très simplement sur les conséquences de ces tribunes offertes à l’extrême droite, en s’adressant ici à la librairie Brüsel qui a secoué notre petit monde en invitant ce fasciste assumé en ses murs. Nadia a aussi subit -et subit encore- le harcèlement de ces porcs pour avoir tenu un discours antifasciste clair. Elle a tout mon soutien et toute mon admiration, comme toutes les victimes de l’extrême-droite et toutes les personnes ciblées par ce harcèlement. Un très grand merci au site Lignes de Crêtes où ce texte a été publié et dont j’ai déjà parlé ici, qui fait un travail remarquable.

Honte à cette librairie de préférer l’argent de fascistes qu’avoir un minimum de décence. Honte à cette galerie de préférer nous cracher à la gueule en se foutant éperdument des conséquences, comme l’a fait la galerie Art Maniak en rejetant la faute (mais laquelle ?) sur des personnes légitimement inquiètes et en colère.
Nous subissons ces conséquences de plein fouet. Et tout le monde les subira aussi bientôt si on ne réagit pas.

 

Ce dimanche, mes camarades belges ont eu la gentillesse de m’emmener à la Librairie-Galerie Brüsel, celle qui a accueilli Marsault.
J’admets, c’était une librairie comme les autres. Un endroit que tu penses a priori paisible et intelligent, à cause des livres ..
Je voulais visiter en entier, mais la lutte est aussi affaire d’émotions, évidemment. La peur, brusquement, irrationnelle, l’image mentale qui s’impose: celle des néo-nazis qui nous écrivent à d’autres et à moi, bestiaux et grotesques, mélangés au public tellement ordinaire des librairies, et de Marsault entre autres. Tu ne le croirais pas mais certains aiment aussi des livres de gauche et même ¨Petit Ours Brun.

Alors finalement, j’étais une victime un peu apeurée des néo-nazis.Du coup, c’est comme ça que je me suis présentée au type ordinaire derrière le comptoir qui était bien libraire pas salarié précaire. Je lui ai demandé avant, je suis communiste aussi, je ne fais pas chier les salariés précaires, par contre les ex-ouvriers dessinateurs d’extrême-droite, oui.Je précise, vu la brusque ferveur prolétarienne de Marsault, va jouer l’exploité dans le Figaro, toi.

Donc le type a eu un regard et des bafouillements pas très ordinaires, pour répondre à cette simple question ” Vous êtes un des libraires ?”. Il savait.D’ailleurs, c’est ce qu’il a répété tout le temps, ” Mais je le sais ça”.
Il savait que des brutes militantes organisées tentent de terroriser toutes celles et ceux qui osent dire quelque chose contre l’organisation de soirées littéraires dans des librairies et des galeries ordinaires avec des auteurs d’extrême-droite. Il savait le lien entre les mots et les actes, entre l’oeuvre et le réel. Il savait l’antisémitisme , et l’islamophobie et le sexisme , au milieu des livres et des jolies affiches avec Tintin ou des fées.
Mais bon est-ce qu’il avait le droit de s’exprimer, a-t-il dit, à la fin, pouvait-il donner son point de vue. Ouvrir le débat, tout ça.

C’était une question rhétorique, évidemment. J’étais un peu fatiguée, et pas prête à hurler, pas de violence antifasciste, entendons nous bien.
Parce qu’il en avait subi ce monsieur, figurez vous. Des mots inouïs alors que personne n’avait compris qu’il n’avait pas invité Marsault. Pas du tout, c’est Ring qui lui avait proposé.Ce n’était pas exactement comme “inviter”, il est libraire , les mots sont importants pour lui.
D’ailleurs, l’apologie de l’art du 3ème Reich de Marsault, l’identification lettrée d’Obertone au terroriste Breivik , nous aurions été bien étonnés de savoir ce qu’il en pensait, seulement il n’était pas là pour penser bien sûr, mais pour vendre des trucs. De la haine, et du Vive la Mort, entre autres. Entre autres , bon sang. Juste entre autres.

Finalement, il y avait du pathétique et du terrifiant, chez cet homme là, exactement comme chez Marsault et Obertone, qui pleurent sur la violence antiraciste puis posent tous muscles dehors en mode Mad Max dans une casse de voitures. Comme chez ces néo-nazis ordinaires qui poussent la folie furieuse jusqu’à se poser en victimes.
Du pathétique et du terrifiant. Du fascisme , finalement. De ce moment précis, où la complaisance des uns ne se cache même plus derrière la défense politique de la liberté d’expression, mais s’affirme en toute quiétude comme apolitisme. Je suis libraire, Madame, je gagne ma vie , c’est tout. Et en ce moment, le fascisme ça gagne bien.

Ce ne sera pas toujours le cas . Et la lutte qui a lieu maintenant contre les complaisants ordinaires avec la barbarie , vaut aussi pour mémoire.
Toi, le libraire, quand ce seront les éditeurs et les artistes progressistes qui sortiront de beaux livres, peut-être bien qu’ils ne t’appelleront pas pour les vendre. Et nous, les victimes, si nombreuses de la barbarie et de ta complaisance, on se parle, on s’informe, on fait du bruit sur qui tu es.
Stratégie commerciale à court terme. Tu as choisi les perdants, et tu es déjà ruiné. Et merci à mes camarades , avec qui j’ai pu te le dire,le dire à tes clients, aussi, sereinement.

J’ai le temps de regarder les Hommes tomber.

Nadia Meziane, précairE, antiraciste Lignes de Crêtes

tout se vaut et tout passe

Rien n’est grave, tout est lisse, tout se vaut et tout passe. L’eau croupie de l’extrême droite aussi, si on en croit la justification offerte par la Galerie Art Maniak à l’annulation de l’expo marsault.

Ho tout ceci est embêtant, cette polémique sur internet, ho mais que c’est bruyant des personnes qui gueulent contre l’invitation d’un fasciste. Ha, si seulement tout ce beau monde pouvait être courtois comme moi et se saluer poliment on en serait peut-être pas là, d’ailleurs n’était ce pas Churchill qui disait que les fasciste et cœtera ?

Voyons voyons un peu de calme, ce ne sont que des dessins. Ce ne sont que des dessins.
le galeriste est déçu de ne pouvoir exposer les qualités artistiques de marsault, comme ce dernier trouvait dommage qu’on s’intéresse pas à l’art du IIIème reich il y a peu.
Après tout la BD ça n’est que des lignes et des mots dans des bulles. Après tout les aigles triomphants du IIIème reich ne représentaient rien d’autre que de jolis animaux.
l’art n’est rien, nous dit ce galeriste, l’art ça n’est que de la décoration, les artistes de gentils saltimbanques sans cervelle, ni idées. L’art ne saurait avoir un propos quelconque.

Tout passe et tout se vaut, en attendant marsault m’a envoyé ses hordes de molosses, sans doute est-ce un beau geste artistique.
Et sans doute devrais-je apprécier la prose des appels au meurtre et au viol, qu’est-ce qu’on peut être idiots ou incultes, à ne pas voir la poésie du sang et de la haine. Peut-être devrais-je me sentir flattée que Valeurs Actuelles enfonce le clou en se faisant l’avocat de cette ordure et en relayant ses mensonges, sans surprise aucune.
C’est magnifique, cette neutralité quand on ne risque strictement rien et que marsault préserve ses intérêts de boutiquier en envoyant pas ses sbires harceler la galerie, mais moi.

merci Art Maniak de vous montrer aussi impartiaux dans cette époque mouvementée, c’est frais.

Enfin c’est sans doute pour cette belle neutralité que vous avez effacé mes commentaires et laissé ceux des fafs chez vous.
Maintenant vous pouvez remercier les méchants antifascistes qui ont eu assez de jugeote pour s’effrayer de cette légitimation des idées les plus dégueulasses, parce que grâce à elles et eux, vous n’aurez pas 300 fascistes à siroter votre pinard au vernissage. Vous pouvez aussi les remercier de récolter à votre place le blé pourri que vous avez semé.
Vous êtes complices.

il serait peut être temps de réaffirmer, dans la BD comme ailleurs, une volonté clairement antifasciste.

 

petit ajout : je tiens à remercier l’excellent site Lignes de crêtes pour son soutien, et aussi tous les gens qui m’ont envoyés des messages. C’est rassurant et c’est indispensable pour ne pas voir que les horreurs, merci.

l’impossible séparation

j’apprends ce jour que Marsault va être exposé à la galerie Art Maniak.
Art Maniak explique sur son facebook qu’il expose des dessins et qu’il serait fort chagrin qu’on l’associasse aux idées de Marsault.

Art Maniak a déjà exposé des travaux du prix Artemisia et là vient la question : était-il aussi question de débarrasser Artemisia de son contenu politique ?
comment on opère un tel grand écart d’exposer une association féministe et ensuite un faf masculiniste ?
les commentaires sur le statut de Art Maniak en dit long sur ce que signifie exposer marsault : les fachos se déchainent sur l’extrême gauche et prouvent que toute séparation art et politique est strictement impossible, n’en déplaise au galeriste. Séparer marsault de ses idées est un non-sens complet, marsault a une position très claire, et dans son travail et dans ses propos hors de son travail, sur sa propre page. Ces dernières semaines, il a même posté une superbe diatribe suprémaciste blanche qui ne laissait absolument aucun doute possible quant à ses idées, pour ceux qui avaient encore de la merde dans les yeux et doutaient encore de la faferie de ce trublion. Son éditeur est un éditeur facho. Je ne sais pas à quel point il faut avoir de la boue dans les yeux pour croire deux secondes à une telle ânerie d’un marsault dépolitisé.

L’argent n’a pas d’odeur, dit-on, mais tout de même, si le commerce n’a strictement aucune espèce de morale, n’y aurait-il pas tout de même quelques limites dans les choix qu’on opère quand on tient une galerie ? Manquerait-on d’artistes, d’auteurs, autrices en france pour qu’on choisisse d’exposer un fasciste ?
doit on rappeler que marsault appelait ses hordes de fanfs (fans fafs, sympa comme néologisme non ?) à harceler des féministes ? que celles-ci ont reçu des tonnes de menace de mort et de viol punitif ?

la séparation homme-artiste concrètement le soir du vernissage ça s’opère comment ?
non parce que dans ce vernissage, on serre des mains (de fafs), on partage des verres (avec des fafs), on discutera tranquillement (avec des fafs), c’est bien que la proximité avec l’extrême droite est pas tellement un souci, quand on pense à ce que c’est concrètement d’accueillir un tel auteur dans ses murs et lui offrir une tribune d’enfer.
la séparation veut-elle dire aussi fermer les yeux sur les exactions de ce groupe sympathique de fascistes comme ça avait été le cas à Nantes ? La séparation s’opère où, et comment ?

l’extrême droite progresse, et à une vitesse vertigineuse, et ce genre de choix participe pleinement à son expansion, la banalisation des propos de marsault est un problème éminemment politique et se cacher derrière une prétendue séparation de l’artiste et de l’homme ne fonctionne pas.

Quand on choisit d’exposer Marsault, on est vecteur de ses idées, complice, et quoi qu’on en dise, on se retrouve de fait associé à ce genre d’idées nauséabondes.

 

EDIT du 1er septembre : la galerie Art Maniak a été interpellée il y a plus d’une semaine. Elle reste dans le mutisme, refusant aussi de répondre aux autrices de l’expo Artemisia qui y avait été montrée. Désormais nous pouvons affirmer que la galerie n’éprouve aucune répugnance à accueillir en son sein l’expression des idées les plus rances, ne voit aucun problème à offrir une tribune à l’extrême-droite, ne sourcille pas à l’idée de se retrouver avec un public fasciste au vernissage et de serrer leurs paluches. Serrer des paluches qui aiment tabasser des raciséEs, boire un verre avec des gens qui n’ont aucun scrupule à appeler au viol de femmes et à clamer la supériorité de la race blanche. C’est ça, l’extrême droite. Rappelons-le encore. Un bulletin pour faire barrage ne suffira pas à laver cette conscience-là.

Aussi, le silence de la galerie quant aux autrices inquiètes de se voir associées au fascisme de cet auteur est aussi lourd de sens. Qu’en est-il ? la galerie espère t-elle amoindrir l’exposition d’un faf grâce à cette précédente expo d’une asso à but féministe ? Dans le meilleur (!) des cas c’est de l’inconscience dangereuse, dans le pire, une manipulation tout à fait scandaleuse et un mépris insupportable pour le travail de ces autrices dont la galerie a pourtant tiré et une vitrine et du fric. Les autrices présentes dans cette expo, et les autres auteurs et autrices à y être représentés, se retrouvent, et se retrouveront à faire une promotion indirecte d’un tel type si on ne réagit pas. marsault comme d’autres, après tout l’époque est aux émules du genre. Le listing des expos passées est tout à fait trouvable sur la site de la galerie. A t-on envie de ça ?
Le plus triste et le plus alarmant de tout ça, c’est que demander des comptes ou exiger le retrait de l’expo de marsault semble être un summum de radicalité, là où il n’y a pas si longtemps refuser de servir la soupe aux fascistes déclarés et assumés était une base commune tout à fait normale et admise. L’antifascisme ne semble plus couler de source, il n’est plus une évidence indiscutable, et c’est terrifiant.
Le fascisme c’est la gangrène, on le combat ou on en crève.

 

Fahrenheit 451

Aboubakar est tué par un flic.
Les habitants de son quartier se révoltent, embrasant, entre autres, une bibliothèque.
Des gens parlent de l’incendie de la bibliothèque.

Ça, ce sont des faits, bruts. On voit fleurir de ci de là des mots sur la  violence que constitue du cellulose réduit en cendre.
Comme quoi ça n’est pas anodin, comme quoi c’est spécifique, comme quoi c’est particulièrement grave.
Pour quelle raison brûler un livre serait plus grave qu’autre chose. De quel livre parle-ton, qu’est-ce qu’on défend dans le livre qui vaille qu’on s’indigne plus sur une bibliothèque enflammée que sur le meurtre d’un homme par les flics ?
Qu’est ce qu’il y aurait dans les livres qui vaille qu’on s’en inquiète plus que les conditions d’existence des gens ou qu’on s’insurge particulièrement ?
Le livre est un support. Un assemblage de feuilles imprimées, dos carré collé, broché, couverture mate ou brillante, grand format ou poche, joli ou moche. Un support et rien de plus. C’est ce qui a brûlé : du papier.
On efface des milliards de fichier textes des ordinateurs chaque jour sans que ça ne soulève d’indignation.
On pilonne des tonnes de livres dès qu’ils sortent des imprimeries pour le pognon.
On fabrique du papier pour le détruire aussitôt.

Qu’on s’effraie plus d’un feu de papier que d’un meurtre raciste par les flics me plonge dans une stupéfaction horrifiée.
Pourquoi on défend le livre, au juste ?
On nous dira : parce que le livre, c’est la culture. La culture c’est ce qui se dresse contre la barbarie.
Mais alors, la barbarie serait du côté des personnes révoltées par le traitement qu’on leur réserve dans ce doux pays ? La barbarie serait du côté des gens laissés sur le carreaux depuis des lustres, harcelés par les flics, parqués par des dispositifs militaires qu’on ne voit que pour, comme on dit, ces “quartiers” ?
Bêtement je pensais que la barbarie était du côté du crime d’état.
Du silence qui entoure des assassinats.
Du côté des gens qui cherchent les casiers judiciaires des victimes des flics pour justifier leur mise à mort.
Des prisons construites en prévision de crimes pas encore inventés.
De l’enfermement sur des prévisions.
Du traitement raciste d’une affaire de meurtre raciste par les flics.
Et de l’indignation toujours plus grande pour des objets que pour des vies. Des vitrines, des voitures, des livres ou des vestiges archéologiques qui soulèvent plus de commentaires scandalisés que des blessures, des énucléations, des morts.

On en aurait oublié pourquoi on défend le livre, le sacro-saint livre, on défend pas du papier, on défend pas la colle et l’assemblage, on défend ce qu’ils sont censés contenir, et pour certains seulement.
La barbarie est aussi dans les livres, savez-vous. Et même dans des boites d’éditions prestigieuses, en prétextant la documentation historique dans un renversement sémantique effrayant. Des livres abjects il en existe des tonnes. Qu’on réédite à l’infini.

Ce qu’on est censé trouver dans un livre, ce n’est pas l’encre et le papier mais l’ouverture au monde, la réflexion, la rêverie, la distraction, l’occupation, l’inspiration, la frayeur, l’émotion, la compréhension, la tristesse, l’horreur, la haine, la joie, le rire, un écho ou la déception. Ou une recette de cuisine.
Le livre en soi n’a pas plus de sens que n’importe quoi d’autre. Une page arrachée à mon carnet pour noter ma liste de course a infiniment plus de valeur qu’un torchon publié de Soral.

Qu’est-ce qu’on défend dans les livres qui ne se trouverait qu’ici ? rien.
Et même dans un livre – Fahrenheit 451 de Bradbury – on trouve ceci :

Ce n’est pas de livres que vous avez besoin, mais de ce qu’il y avait autrefois dans les livres. […] Les livres n’étaient qu’un des nombreux types de réceptacles destinés à conserver ce que nous avions peur d’oublier. Ils n’ont absolument rien de magique. Il n’y a de magie que dans ce qu’ils disent, dans la façon dont il cousent les pièces et les morceaux de l’univers pour nous en faire un vêtement.
[…]
Est-ce que vous voyez maintenant d’où viennent la haine et la peur des livres ?
Ils montrent les pores sur le visage de la vie. Les gens installés dans leur tranquillité ne veulent  que des faces de lune bien lisses, sans pores, sans poil, sans expression.

La bibliothèque rouvrira en juillet, c’est une bonne chose.
Mais Aboubakar reste mort et ces quartiers n’en finiront pas d’entendre des horreurs sur leur prétendue barbarie.

 

NB : il y a peu, quelqu’un sur twitter a posé le dilemme suivant à ses lecteurs : si il faut choisir entre sauver une ville de X habitants ou sauver tous les musées, que choisiriez-vous ? J’ai été estomaquée de lire des discussions posées justifiant qu’il faille sauver les musées avant tout. J’ai demandé pour quelle raison, et on m’a répondu que, en gros, il était important de conserver la mémoire pour ne pas recommencer les horreurs passées.
On me disait qu’il fallait sacrifier X vies pour que les générations futures se souviennent des horreurs de l’humanité. Alors on allait faire un musée pour commémorer ce massacre au nom de la culture qui serait là pour que jamais on ne reproduise les massacres ?
J’ai pu lire que les hommes, il en renaît sans cesse, et qu’on est tous voués à la mort mais que la culture ne se reconstruit pas. La culture serait une chose du passé, jamais vivante, désincarnée, une espèce de chose indépendante des humains, qui vivrait en autarcie.