ha c’est bien fait dis donc tu devrais en faire quelque chose

l’autre jour on bavassait tranquillement avec d’autres glandus. J’ai expliqué à l’un d’eux mes envies, et le risque de dérive libérale à mon arrivée à paris qui m’a tout chamboulé la tronche que j’avais pourtant déjà bien de traviole.

Y’a des gens y’a pas besoin d’expliquer 10000 ans les évidences et c’est vachement reposant, alors quand je lui ai dit le virage libéral  et le danger de développer une activité là pour éviter de bosser pour la faire devenir plus conséquente, et qu’il a déduit tout seul “ha ouai et tu te prends pour un artiste !”

ouai putain et le pire, c’est que t’y crois à ces conneries, heureusement que j’aime la rigolade  j’en étais limite à m’acheter (!) une écharpe rouge en soie de mon cul sur la commode pour faire ma sylvaine. J’avais été voir Sardon à ce moment là parce qu’il est irrésistible quand il parle des artistes qui se prennent au sérieux, et ça m’avait fait un bien fou au moment, précisément, où je commençais à croire à ce genre de merde. Bon non j’exagère un peu, et j’ai mes clés à mollette pour me protéger de ça, mais quand même, depuis le confinement j’ai compris le rôle du dessin ici à paris dans une ville chère et comment on finit comme des cons à ne plus avoir de vie, celle possible ailleurs où le loyer coûte moins, et parce que cette crise m’aura coupée encore plus des gens à avoir un “vrai taf” et que les glandus dans mon genre sont éparpillés.

Je me souviens plus dans quel contexte on discutait de comment tu développes ton dessin et ta façon de t’exprimer, et comme c’est encouragé parce que ça n’est pas mal vu et ça n’est pas perçu comme un truc naze, devenir megabon et en tirer fierté. Genre chez un cadre on parle de dépendance au taf mais chez les artiss non sava c’est une bonne chose et finalement c’est bien con : ça repose encore sur l’idée que l’artiss bah il vit par et pour son art, encore ces foutus mythes de merde. Sans piger que là peut être y’a un souci à faire que ça. C’est ce qui m’a gonflée à mort au confinement à réclamer de l’ââârt comme si on se devait de crever pour faire rêver dans l’enfermement, et au mépris de la liberté de ceux qu’on désigne artistes. Ha y’en a à kiffer mais franchement quelle horreur, se retrouver maton d’une partie de la société enfermée pour lui faire mieux avaler ces conditions, bien peu pour moi.

J’ai développé des trucs nouveaux dans mon dessin ces dernières années mais se branler là dessus c’est oublier que c’est parce que j’étais isolée,  pas bien et dans l’attente permanente. Quand ça va bien j’ai mieux à foutre que des petits traits à la con, même bien agencés pour faire de jolis dessins. Quand ça va et que j’ai pas besoin urgent de thune ben j’arrête parce que j’ai mieux à foutre. J’avais besoin de ça à un moment, ça m’a aidée à préciser des trucs et à recadrer ce que je voulais mais voilà moi ma vie c’est pas ça.

Le mec à qui j’expliquais mes envies a pigé en 10 mn, quand à des gens qui taffent je dois passer par des explications à rallonge et jtrouve ça très parlant. Quand on me dit que untel ne fait plus trop d’effort dans son dessin moi je vois que c’est parce qu’il a une vie maintenant et qu’iel est plus heureux, et que c’est aussi égoïste de vouloir de la belle BD torturée au détriment de la santé mentale de l’individu.

Je suis une meuf qui dessine, mais je suis une  individue avant d’être quelqu’un qui dessine, et une individue casse couille par dessus le marché. Un pote m’avait dit alors qu’il m’avait appelée au dernier moment pour les rejoindre que je faisais partie des gens à venir illico et que je suis mobile. Ben oui ça a toujours été comme ça quasiment : le reste vient toujours avant le taf, et je laisse en plan ce que je fais quand des gens veulent me voir, sauf si je me sens pas moi d’humeur sociable. et d’autant plus dans une ville où c’est plus compliqué de voir régulièrement des gens à avoir des vies différentes, je ne veux pas laisser passer les occasions.

Les gens n’ont pas le temps et aménagent leurs vies autour du boulot quand pour moi c’est l’inverse : je dessine pour passer le temps entre deux rencontres et gagner de quoi payer le loyer qui me permet de rester pas loin des gens. Les gens sont centraux quoi qu’il arrive, j’ai déménagé pour me rapprocher de gens, je choisis mes endroits en fonction des gens, mon activité est complètement secondaire et n’est qu’un prétexte. Je dessinais en cours pour échapper aux cours, et pour faire marrer les copains dans les moments où on était séparés.

Réclamer un statut ou le droit de taffer c’est juste réclamer le rôle de l’artiste qui fera diversion, mais chuis une glandeuse, et je compte bien le rester. Dites vous que si vous réclamez de l’art quand on enferme c’est pas par amour de l’art vraiment. Quand on réclame de l’art c’est pour tout autre chose, supporter l’attente et vivre par procuration. On peut apprécier l’art autrement et réellement, quand la vie n ‘est pas tournée vers le turbin ou les affreusetés de ce monde, quand on a le temps et l’espace pour ça. Quand j’entendais que mes boulots aidaient à tenir et faisaient du bien dans cette crise, ça me foutait hors de moi, et surtout quand c’était à côté de ça pour ne rien remettre en question de ce qui conditionne tout ça, le rapport à la thune et au travail, au monde qui construit quotidiennement tout un tas de murs, comme si les artistes n’étaient pas aussi plongés dans le bain de merde : sacrifie toi pour nous remonter le moral parce qu’on ne fait plus que taffer et que les rades sont fermés, comme si on était pas touchés par cette merde.

Déso je suis dehors avec ma canette à discuter avec des gens qui me voient pas comme artiss mais pour moi uniquement et avec qui je cause, tranquille, de toute cette merde et avec la volonté d’en finir, et je m’en porte un million de fois mieux.

se maintenir

des discussions depuis des mois, j’entends toujours le même refrain chez des potes loin que je ne peux pas encore revoir “ça va, on essaie de se maintenir, comme tout le monde”. J’ai fait ça “me maintenir” dès octobre quand le couvre-feu a été imposé, en provoquant chez moi une maladie-éclair. Le dégoût physique de la privation supplémentaire de liberté.

Me maintenir, c’était me noyer, c’était me replier, c’était dessiner comme je dessinais à l’école, ignorer tout du monde. J’ai décidé à ce moment là de ne plus écouter les infos, de ne plus lire les réseaux ou de façon beaucoup plus lointaine. J’en avais marre, vraiment marre, du flux continu de l’angoisse et de la boule au ventre. J’ai dessiné, j’ai écouté du punk à fond les ballons, j’ai regardé des live de groupes que j’aime tant en pleurant comme une madeleine à pas pouvoir m’en empêcher devant les images d’un public heureux et qui chante en chœur.

Je me suis astreinte à une vie d’ascète, chronométrée, avec repas à heures fixes et coucher et lever régulier. Ça a marché un temps, le temps qu’il faut pour ne plus avoir la tête farcie des restrictions et des chiffres galopants, le temps qu’il faut pour ne plus avoir les voix catastrophistes dans ma tête à me vouloir raisonnable en sermonnant comme si je semais la mort sur mon passage.

Mais voilà au bout d’un court moment ça n’a plus fonctionné, je suis un être sociable et la solitude rend fou n’importe qui, alors bon moi qui suis déjà frappée de base c’était mal barré. J’ai repris les balades, j’ai été voir mon bistrotier qui tentait de rester ouvert comme il pouvait parce qu’il ne supportait pas l’enfermement, j’ai pris des verres avec des habituéEs dans des discussions géniales, j’ai zoné comme j’aime le faire dans de longues marches avec mon MP3, j’ai croisé des tas et des tas de gens dans la merde avec qui on a eu des discussions fabuleuses, j’ai fumé des spliffs avec des zonards et des dealers, j’ai papoté avec des pickpockets pris la main dans ma poche. Et toujours dans la rue j’entendais, de ces personnes que personne ne voit qu’on les voyait encore moins, et la flippe du racisme chez beaucoup était palpable. Si tous ont déjà la bonne habitude du flicage, ça n’était pas ça qu’ils craignaient le plus, c’était l’indifférence voire la peur qu’ils notaient chez les gens avec des vies “normales” à les éviter désormais très franchement et avec de la crainte dans le regard. J’ai trouvé troublant qu’on me prenne pour un des leurs et leur surprise quand je leur disais que non je suis pas à la rue, je suis en balade, disait tant de ce qu’est devenue la flânerie dehors et l’espace public et surtout la discussion. J’ai marché marché marché en ne regardant pas quelles restrictions j’étais censée suivre parce que l’idée de la restriction me restreint déjà, le flic dans ma tête est surpuissant, et y’a toujours moyen de le feinter, et lui en premier. J’ai compris que ma dégaine est un atout non négligeable dans cette merde : le look de teuffeuse provinciale au genre flou est une cape d’invisibilité pour la plupart et un signe de confiance pour d’autres à Paris, et le fait de circuler seule aussi.

C’est ce qui fait que je peux discuter dehors sans crainte, c’est ce qui fait que les contrôleurs alors que je passe tout juste le portique en fraudant sous leur nez parce que je les avais pas vus n’ont pas osé me foutre une prune, ça et ma très grande naïveté, feinte ou pas “ha bon faut valider le ticket ?”‘ j’ai dit en le brandissant. La bouserie à paris.

haha. et avertir un mec qui allait remonter que les contrôleurs sont là,  tomber sur un fraudeur qui a trouvé ça incroyable “‘mais comment t’as su ?” “je savais pas, juste je te croise et je te dis, voilà” et discuter 10 mn en attendant que ces chiens se cassent, la discussion c’est partout et tout le temps. et dire que d’éminents scientifiques voulaient pendant un moment interdire de discuter dans les transports, carrément.

Mais j’en ai fini de me maintenir, parce que “se maintenir” c’est juste attendre en se conformant à ce qu’on voudrait de nous. Et attendre quoi ? un vaccin, la thune, le taf, une levée de ces restrictions ? se maintenir dans un coma végétatif en espérant que ça change tout seul ? nope, j’ai jamais voulu de cette merde, ma vie c’est pas ça. Comme le bistrotier a eu bien le temps de réfléchir à tout ça lui aussi et comme on en a tiré les mêmes conclusions, j’ai vu chez certainEs en arriver aux mêmes, qu’on ne peut pas attendre quelque chose qui ne peut pas se produire et qu’espérer un retour à la normale c’est juste reprendre ce qu’on déteste et laisser tout se produire dans la peur sclérosante que ça se produise.

J’ai tout envoyé chier, tout ce qui avait de moi ce que je détestais le plus au monde pour revenir aux bases. Mon vieux pote m’a dit que j’avais toujours les mêmes rejets ados, ouai, et mon vieux ça va pas en s’arrangeant je t’assure. La vie rangée, le train-train, le petit couple replié sur lui même, le turbin emmerdant, l’absence de rêve, l’absence d’amour, l’absence de confiance, l’absence de joie tout ça et en regardant le monde se déliter tout autour entre misère racisme et repli général, n’est tout simplement pas possible.

Quand je taffais l’été pour payer mes études de glandeuse dessinatrice, je m’étais un peu frittée avec ma supérieure à peine plus âgée que moi qui me tenait le discours raisonnable, se marier avoir des gosses et un crédit c’était ça la vie pour elle. J’ai rigolé en grimaçant et lui ai dit que jamais, jamais je n’aurai cette vie pour moi c’était mourir à petit feu dans le confort et l’ennui, la vue étriquée, le bonheur inexistant et la mesquinerie des rapports. Elle m’a dit que je devrais “mûrir” parce que c’était pas ça la vie, j’avais la vingtaine à peine entamée et j’ai trouvé ça triste à pleurer qu’on ait déjà avalé cette merde si jeune.

Les voix raisonnables qui te demandent de “te maintenir” te demandent juste l’attente dans l’ennui et la peur de tout. n’attends pas, tsais, en ce moment j’entends des voix qui me font de plus en plus penser à 68, je crois pas que ce soit complètement une impression erronée. Les vieux cons qui ont réussi ne sont pas la règle de ce printemps lointain, il y a des Jibépouy partout à me dire qu’on veut pas de ça, qu’on porte autre chose, qu’on a une vision aussi très liée à nos choix, il y a longtemps. Dessiner n’était pas un métier à la base, souviens toi.

J’ai 45 ans et j’ai toujours 17 ans et ça sera comme ça pour le restant de mon existence. L’An 01 de Gébé n’est pas à lire comme une utopie mais comme un mode d’emploi, le pas de côté, c’est ça.

zineux

tu dessines depuis que t’es tout ptit, depuis que tu sais tenir un crayon et t’as jamais arrêté, tu faisais ça comme d’autres jouent au foot et ça t’empêchait pas de jouer au foot d’ailleurs, c’était dessiner comme autre chose. un jour on t’as dit qu’il fallait gagner ta croûte, t’as trouvé ça con, et puis t’as vu que y’en a à dessiner jusqu’à leur mort tu t’es dit wah mais c’est super, je vais faire ça et comme ça je travaillerai jamais !

et tu te réveilles un matin en réalisant que tu vois tes potes que si tu signes de livres à des festival où ils vont parce que t’es dans la dèche et que t’as pas les moyens de te payer le train avec ce si fabuleux métier qu’il a choisi de pas payer, et qu’en plus tes potes pensent les festivals comme des endroits de rencontre, autour de micros et de signatures, tu t’astreins à dédicacer comme un con derrière une table pour 2h d’apéro où tout le monde est trop crevé par le bruit et la foule pour avoir une discussion tranquille, tu rentres chez toi triste malade et frustréE et toujours dans la dèche et tu te rends compte que même si t’as vu tes potes tu leur as pas vraiment parlé. Le meilleur moment d’angoulême, mon pote, c’est le dimanche soir quand tout est plié et que la ville s’est vidée, qu’on peut enfin se poser dans le calme et raconter nos conneries.

T’as pas de temps pour voir des gens qui dessinent en dehors des festivals pasque tu dois trimer comme un con pour un magazine à la con ou ton album à boucler dans des délais absurdes pour 3 cacahuètes. Tu te souviens de tes premiers zines et comment c’était n’importe quoi, et comme c’était plus cool de pas avoir de ronds mais au moins t’avais pas à te farcir Leclerc pour espérer rigoler avec tes potes. La même dèche mais beaucoup plus supportable.

Fuck cette merde, on dessine pas pour alimenter l’industrie du papier et réclamer le droit à signer des bouquins où on peut même plus raconter ce qu’on veut comme on veut, quittez le navire de toutes façons il coule, et regardez nos gueules on a des écharpes à la noix et on va pérorer sur france culture ça veut dire quoi ça, on est plus foutus de bavarder autrement que sur nos bouquins “et toi tu bosses sur quoi en ce moment ?”. La dépression de beaucoup c’est tout connement ça, se retrouver englués dans cette merde jusqu’à ne plus chercher à socialiser en dehors de festivals ou ne plus socialiser du tout.

je bosse à ne plus jamais bosser, plus jamais, ça n’a jamais été que ça mon but dans la vie : raconter des conneries à des potes.

il faut réveiller le ponk

nan mais tu te rends compte si moi j’ai réussi à m’embourgeoiser ça veut dire quoi du monde ? putain on est dans la merde les gars, j’en  étais à me dire que c’était fini pour moi les conneries de concerts bien avant cette crise, pourquoi Satan m’a pas foudroyée à la seconde ? Jvais pas redire pourquoi et comment j’ai toujours raison, t’as qu’à me croire sur parole : j’ai raison. Ce qu’on fait et ce qu’on dit, ce qu’on défend et comment on agit ont des conséquences, non seulement sur nous et sur nos potes, mais plus largement parce que mes petits potes on vit pas hors du monde, ce monde c’est nous.

Bref ça fait  une semaine que je prie les Saint Svinkels à réveiller le ponk qui est en moi et à refaire tout le chemin, cvar c’est ma passion dans la vie. Si je résume toutes les engueulades que j’ai pu avoir, toutes sont résumables à : vous voulez être underground et ramasser le fric et ça n’est pas compatible et ça me fait bouillir la merde dans le cul. un paquet de temps que je me fritte HxC avec le gauchisme qui veut faire de milieux underground issus d’idées anars des alternatives molles aux idées qu’on a, en les vidant de leur sens. HE les punks j’avais raison et j’ai été soulagée aussi de le lire chez d’autres, comme Stonehenge le disait y’a peu sur l’usage de paypal, comme je l’ai lu dans ne sais plus quel fanzine, regardez nous là on est tristes comme des cailloux à pleurer nos jeunesses, tu crois que ça vient d’où ?

Tsais mon pote punk, je me suis engueulée avec un tas de gens tu le sais bien et je sais que je suis une connasse quand je m’y mets, mais c’est pas pour le plaisir de l’engueulade que je faisais ça, c’était par amour des copains et de notre vision des choses. Avec vous souvent parce que je voyais la gangrène individualiste au sens libéral et pas anar bouffer notre énergie, bouffer nos façons de faire, l’embourgeoisement de bordeaux a tué nos endroits préférés, le Rastaqouère, le Local U, les squats, notre enthousiasme. Jme demandais pourquoi j’étais si nostalgique de cette époque, et ben c’est juste qu’on est devenuEs des cons à travailler alors qu’on détestait ça. C’est juste que y’a des abrutis à chercher la reconnaissance et le pognon avec notre musique, nos fanzines et nos façons de faire, qu’on a fini par oublier qu’on doit rien à personne et que nos shitbraü seront toujours meilleures que leurs IPA bio de mes couilles.

Je suis partie de Bordeaux dégoutée de voir qu’on nous avait tués, qu’on ne savait plus être marrants et fous, qu’on s’emmerdait comme des pierres, que l’importance que certainEs pensaient avoir à être des figures de l’underground bouffait aussi tout ça, on est que dalle, on est mal sapés, on vit pas comme des bourgeois et on fait du bruit putain. On est pas là pour échanger des LP à la base, on est là pour le live, on est là pour la vie, on est pas là pour devenir une version patchée et cloutée de la bourgeoisie, engoncés dans des couples tradis et des locations d’appart de plus en plus éloignés, en cherchant des trucs alternos plus bobos que punks, en laissant crever les dernier endroits qui nous appartiennent parce qu’on a baissé les bras, on a laissé mourir aussi les trucs collectifs en suivant les restrictions de la mairie, parce qu’on a pas voulu se battre et parce qu’on regardait avec condescendance les derniers alluméEs encore à défendre cette vision de la vie.

On ne pouvait pas lutter contre l’embourgeoisement  : on était pas ensemble. Parce qu’on se regardait entre nous entre les milieux à savoir qui était le plus cool et qui était le plus con, on a jamais su regarder ce qui faisait le commun et à se montrer snobs sur des trucs à la con. Décoincez-vous essayez, être soi même n’est ni honteux ni rien, bordel, c’est quand tu t’ouvres en laissant aussi la possibilité d’être contreditE sans flipper que tu découvres que ce snobisme à la con c’est juste avoir une vision parfaitement normative. Quand on se fichait de moi parce que j’avais le mauvais goût d’aimer Roots de Sepu, quand on arrivait pas à discuter d’autres chose que d’ampli et de pressage de LP, quand les distros sont devenues des magasins autogérés, quand on allait faire des trucs fanzine underground avec Mollat sur l’Iboat, on avait déjà capitulé.

Merde, merde, vos potes les plus cools sont ceux que vous regardez avec pitié, ils boivent et se défoncent parce qu’ils sont tristes, ils boivent et se défoncent parce qu’on a oublié ce que c’est que notre vision DIY, parce que les potes à avoir gagné cette bataille sont ceux à avoir les dents longues, parce qu’on a jamais voulu essayé d’être cohérentEs autrement que dans les mots. On a affiché des trucs antisexistes en laissant des vieilles connaissances se comporter en porcs en leur trouvant un paquet d’excuses, on a vu disparaitre des tas de meufs des milieux, lessivées et en dépression, on a vu crever tout. Et c’est ce que je vois, ici à Paris alors que je cherche un endroit comme le Novo Local que j’aimais tant : il n’y en a pas. Ici la séparation est encore plus nette, et je compte bien aller chercher les punks embourgeoisés par la peau du cul et leur remettre dans la tronche les idées qu’ils sont censés porter. L’anarchie les gars, ça n’est pas un vain mot à brailler en concert pour retourner au turbin le lundi.

 

et ça urge, alors que j’entends mes potes glandus, punks, perdus, anars et autres rebuts de la société dire qu’ils flippent de ne plus dire ce qui paraissait évident y’a pas si longtemps, qu’on refuse le travail. Je me suis pas radicalisée du tout, je reviens à ce que j’étais avant que je pète un câble à force d’avoir aussi emprunté cette voie de merde, la réussite, parce que rien à bordeaux ne pouvait à ce moment là me tirer vers quelque chose de chouette, je me suis engueulée avec un paquet de gens, et toujours pour la même raison. Quand je vois que dire que le travail est une horreur est devenu trop subversif pour être porté, quand je vois que les gens à partager encore cette vision sont vus comme des arrachés à vite faire taire et à réprimer, ça CRAINT et tout devient horriblement étouffant. Vous vous rendez compte qu’on est en train de croire que des gens comme nous sont tombés dans le fascisme ? on en est là en fait : porter ce genre d’idée est devenu encore plus suspect. La faute à cette putain de gauche qui nous veut responsables et la vie qui va en devenant de plus en plus trash, à tous points de vue. Ce qu’on porte comme idée c’est notre vie, et on est en train de crever et la société autour qui a suivi le même mouvement enferme et condamne encore plus ce que nous sommes, que ce soit la taule ou l’HP, alors il est grand temps, mon pote, de réveiller le ponk qui est en toi.

 

Et tu sais, si j’ai pleuré comme une madeleine à ce rarissime concert queer au Novo et sans arriver à réprimer les pleurs, j’ai mis du temps à le comprendre : c’était que pour une fois, pour une fois, je voyais un public heureux et ensemble, des queers et des meufs à fond, dans la joie et l’énergie que je ne voyais plus ailleurs.

tuer tanx

j’essaye depuis quelques jours de me défaire de tout ce qui m’emmerde dans mon activité, ou la rendant contradictoire avec ma vision des choses : devoir produire d’une certaine façon pour vendre derrière, et ceci implique un nom. Un personnage à construire autour, une ligne visible, une marque de fabrique en somme. Même sans en avoir, ne pas en avoir en devient une, dans ce monde.

J’ai remonté, remonté, jusqu’à l’époque où je créais sans me poser les questions en ces termes, quand tanxxx avait 3X et que c’était un nom choisi au pif pour ouvrir un site web pété en html pour produire de tout sans me poser de question, à la punk, et me suis demandé à partir de quand j’ai dévié jusqu’à en arriver à défendre des positions qu’aujourd’hui je contrecarre complètement et jette sur le tas de fumier en les insultant copieusement. Qu’est ce qui a fait basculer ce qui était ma vie dans ce qui est devenu un travail et tout ce que ça a fini de comporter en dissonances. J’en ai  parlé un nombre incalculable de fois, à un point tel que c’est à se demander si c’est pas là THE fucking question de ma vie.

Je me suis demandée quand est-ce que j’ai commencé à parler  de l’exploitation du travail créatif, et tout connement c’est quand je me suis rendue à l’évidence que j’avais fini par adopter cette position bien malgré moi : après être sortie du RMI (le RSA des darons, qui avait l’avantage par rapport au RSA d’être attribué sans qu’on t’emmerde trop) parce que l’éditeur chez qui j’avais signé payait une avance mensuellement que la CAF n’a pas voulu considérer comme des droits d’auteurs mais comme salaire, me giclant donc du dispositif (pour faire rapide ils ont pris en compte le brut de 900 balles quand le net pour moi était en réalité de 550 euros par mois, et pendant 9 mois seulement, sans ouverture à aucun droit de chômage d’aucune sorte contrairement à un salaire). Avant ça, je défendais mon taf correctement sans avoir à brailler syndicalement partout comment il fallait se défendre, à la punk aussi, parce que je n’avais pas d’autre but que de vivre comme je l’entendais et dire à qui voulait me conformer que c’était de la merde.
Non seulement être sortie du RMI mais m’être retrouvée aussi à me foutre en cohabitation avec un mec avec qui nous ne partagions pas équitablement les frais de l’appartement où on vivait tous les deux, quand jusque là dans ma vie cette question là ne s’était alors jamais posée pour moi auparavant (ou je vivais seule dans une ville très abordable, ou à deux avec un compagnon avec qui la question du fric se posait simplement en termes très pratiques et très exactement calculés pour qu’aucun ne pèse sur l’autre).

Pour résumer j’ai commencé à penser le dessin en termes de travail  quand je me suis retrouvée exploitée, quand ce sentiment là en tous cas a été le plus fort dans ma vie et le plus difficile à contrer parce qu’indirect et reposant sur des trucs qu’on ne veut pas forcément regarder en face, le moment où j’ai du me résoudre à taffer pour des trucs de merde, des trucs que je n’aimais pas, mal payés, au lance pierre, à la saint glinglin, inintéressants, et tout ça pour payer un loyer très cher pour nos petits moyens. je perdais le goût du dessin, j’en étais terrorisée, j’ai pensé tout lâcher à ce moment là pour trouver un “vrai taf” sans arriver à me résoudre pour autant de me mettre aux horaires, au patron et à tout le bordel que ça suppose. j’avais choisi le dessin pour vivre par rejet de tout ça, aussi abandonner le dessin m’était impossible ou me retrouver à hurler en permanence parce que je ne peux tout simplement pas supporter cette merde.

Sortir du RMI et de l’autonomie, tout ça a réduit infiniment mes possibilités dans mon dessin, dans ce que je voulais dire, et faire des travaux que je n’aimais pas m’a fait adopter le langage syndicaliste : défendre mon activité comme une professionnelle, défendre le droit de gagner sa croûte avec son dessin. A l’époque j’écrivais beaucoup, et notamment sur les questions dissonantes de tout ça, le corporatisme auquel je me cognais sans cesse dans la défense de ces droits, les impasses que je voyais se multiplier, le mur que je voyais arriver vitesse grand V, l’impossibilité de pouvoir rassembler autour de ces questions, etc. Un éditeur a voulu regrouper ces textes sous le titre “artiste c’est un métier” (en référence à un graffiti bien connu à poitiers dans les années 90), j’ai accepté, puis fait machine arrière, et encore une fois un aller retour pour finalement envoyer balader cette idée définitivement parce que quelque chose clochait là dedans. C’est que je suis chiante, hin, bon.
J’ai pu recadrer ce que je pensais, et sortir aussi de ce discours et de l’impasse du dessin “militant” que j’avais fini par adopter, constatant encore une fois cette aporie dégoutante de faire un gagne pain avec des idées qu’on souhaiterait révolutionnaires, l’antinomie était insupportable. Je nageais en pleine dissonance de l’anarchiste prise au piège de l’exploitation sans capter d’où elle venait exactement, diffuse et sournoise. Il m’a fallu pas mal de temps pour comprendre comment tout ça s’imbriquait entre patriarcat et capitalisme se cognant aux envies personnelles beaucoup plus radicales que cette merde, ça bouillonnait en dedans sans que j’arrive à trouver de sortie. J’ai repris la gravure pour gagner en indépendance vis à vis d’exploiteur et trouver l’autonomie dans mon travail graphique quand mon conjoint a trouvé un taf qui m’a soulagée d’une bonne partie de cette exploitation, mais ça n’a pas suffit, il manquait quelque chose pour me sortir de cet  état que je n’aimais pas, toujours dans la frustration.
J’ai trouvé une sortie possible quand j’ai touché suffisamment de thune pour tout plaquer, au détour d’un sale coup de la vie, mon mec ma vie bordelaise et tout le bordel, ne gardant que mon chat, ma presse et une poignée de livres, et j’ai tout remis à plat, pour de bon, et encore et encore, pour finir par piger ce qui bloquait tout ça. Si je n’avais pas eu ce coup du destin, j’aurais à coup sûr trouvé une autre voie tant tout ça n’était tenable de toutes façons, et je me demande parfois ce qu’aurait été cette voie.

Aujourd’hui je me cogne aux dernières contradictions, celles de mon nom, qui conditionne mon gagne pain, et ceci dans un contexte désormais différent pour moi : je veux sortir de la logique libérale qui fait aussi que je peux gagner ma vie en temps de pandémie : si je suis indépendante financièrement je dépends très directement de mon nom et des réseaux sociaux, et tout ce que ça implique, que ce soit pour le taf la visibilité et la perception par un public, questions que je ne me posais même pas quand j’ouvrais mon premier site, je le faisais comme un fanzine, comme j’ai toujours dessiné : pour les copainEs. Je me suis finalement bien adaptée à la vision libérale des métiers créatifs ici bas, même si je tends du mieux possible à y échapper, reste que je fonctionne en accord avec ce monde là, du fait de l’existence de mon nom et de ce à quoi il renvoie.

Et il y a, dans le fonctionnement d’une boite même réduite à une seule personne, le fait qu’on doive forcément fonctionner dans une logique de croissance, aujourd’hui je me cogne à cette question très concrètement, quand le loyer est mon exploiteur numéro un : comment gagner assez pour un loyer qui augmente légalement sans se retrouver à payer des cotiz faramineuses, obligeant aussi à une ascension sociale même quand on en veut pas ? je vous laisse déduire. Et dans cette ascension forcée le statut vient avec : la croyance que notre parole d’artiste ou d’auteur a une importance, et la culpabilité d’avoir grimpé l’échelle qui fait que ce qu’on écrit ou ce qu’on dessine menace de se charger d’une volonté de changement socedem ou hippie, ou bien de se mettre à croire que sa création, les mots et les images suffisent à changer le monde, sans autre cohérence incarnée dans sa vie propre, en empilant les contresens. L’état veut la croissance de n’importe quelle activité, et si elle est artistique la chargera  en plus de la morgue nécessaire et aveugle à son relai efficace dans la fatuité la plus répugnante d’un art fait pour distraire, pour amuser, pour “élever” et se pensant comme bastion démocratique à protéger avant toute autre chose, protéger le symbole de la vie plutôt que la vie. La fameuse liberté d’expression dont on nous rebat les oreilles, qu’on interroge jamais dans ce qu’elle dit en creuxs. Pas étonnant de la voir débouler à tous les coins de discours réacs, d’extrême droite, de l’état ou de toute personne n’ayant pas grand intérêt à parler de liberté tout court ou de façon très abstraite ou performative. mais je m’égare (de l’est)
Ça n’est pas qu’économique c’est aussi très idéologique, quand on constate ce que produit l’ascension sociale sur les esprits les plus rebelles : un assagissement jusqu’à devenir de vieux croûtons imbus et déconnectés, pensant que les mots performent la vie à eux seuls, sans voir que le mouvement inverse existe tout autant : la vie influe aussi sur les mots.

Je ne supporte plus du tout d’être vue comme tanx, et c’est pour ça que je fuis les endroits où on me perçoit ainsi ou en reviens toujours avec le même malaise, c’est pour ça que j’ai abandonné ma signature sur mes publis et l’idée d’être éditée, quand je refile un fanzine désormais il est vu pour ce qu’il est : un petit truc que je bricole dans mon coin, et c’est tout ce qui m’intéresse : faire, diffuser à la sauvette, laisser mes images trouver leur public toutes seules comme ça arrive parfois en me remplissant de joie d’autant plus quand c’est des gens avec qui je partage une certaine vision de la vie. Qui je suis là dans mon dessin n’a aucune espèce d’importance, ce qui compte c’est ce que le dessin dit et comment c’est reçu, ce que ça produit. Que ce soit en bien ou en mal.

L’envie de tuer tanx déjà là y’a pas mal de temps est toujours là et plus féroce que jamais. Tout de mes envies en art est retenu par cet ultime boulet, celui qu’on se met soi même au pied pour diverses raisons : la volonté égotique d’être reconnue comme artiste, cette volonté liée à vouloir gagner du fric et de la gloire, empêche la libération de l’art dans son mélange aussi et ses échos, il fait s’accrocher aux mesquineries du plagiat, au refus de voir sa création voler librement sans signature ni rien d’autre que ce qu’il est lui et pour lui seul, et participe complètement de cette concurrence interpersonnelle que je hais, puisque restera le loyer à payer et la disparition menaçante de ce qui permet, dans la légalité du moins, de vivre sans travailler. Je ne défendrai jamais le travail, et si je l’ai fait à un moment donné et de façon biaisée c’est pour mieux me cogner à la contradiction et l’impasse. Je relis parfois des textes de cette époque sans même comprendre quelle logique pouvait m’amener à dire de telles choses, je ne comprends plus du tout ce que je voulais dire, quand je braillais que “le travail ne devrait pas être une souffrance” ou qu’artiste est un métier, je n’avais juste pas capté que je demandais alors une exploitation qu’on aime, cette horreur que je ne peux plus entendre aujourd’hui sans péter un boulon, à la façon du très haïssable “vivre en travaillant ou mourir en combattant” des Canuts.

C’est ce que l’exploitation produit, l’amour de l’exploitation en oubliant que ce qu’on veut c’est simplement vivre, et qui dit vivre dit être libre de l’exploitation quelle que soit sa forme, directe ou non. Ce que demandent aujourd’hui les intermittents dans ce cri consternant d’amour du travail n’est pas le travail, c’est exercer une activité qu’ils aiment, croiser des copains avec qui ils aiment exercer cette activité, et pouvoir vivre, avoir un toit et de la bouffe au frigo sans tirer la langue comme des crevards. Ce qu’ils veulent, ça n’est pas travailler, c’est autre chose, mais continuer à prétendre que c’est travailler dont on a besoin continuera à enfoncer tout le monde dans la merde, comme ça se produit depuis plus de 15 ans maintenant à force de s’enfoncer dans ces discours moisis d’exploités volontaires, en se drapant en plus dans la posture qui va forcément de paire, celle de l’artiste dans la conception que l’état souhaite.

Cet aplatissement devant l’oppresseur à lui réclamer à genoux le droit à l’exploitation me fait hurler de rage, quand toute réflexion sur ce sujet devrait conduire à la révolte pure et simple.

Perso je sais où est ma solution, elle sera dans un retour à la vie que j’avais avant cet horrible sentiment d’être exploitée, dans la libre association et autour de ces idées là, pour vivre, et pour lutter plus librement encore sans cet ultime boulet au pied. rien foutre avec des copainEs.