éloge de mon cul sur la commode

youhouuuu ça va là haut on vous emmerde pas trop avec nos odeurs de purin, dans vos librairies militantes? non parce que sinon, vous pourriez demander si ça me fait pas chier d’avoir mon illus sur ce genre de publis ? c’est marrant quand même, même un obscur truc écosocedem a trouvé mon nom sur une version pourtant massacrée et m’a contactée y’a peu (bon ok j’ai répondu “haha lol non quelle horreur j’en veux pas” quand on m’a demandé mon adresse pour m’envoyer le produit), c’est que ça alors c’est parfaitement trouvable, mazette.

bon je m’en tape de cette illus elle vit sa vie au rythme de l’immense blague qu’est devenue la ZAD, c’est même fascinant à observer comme l’illus originale s’adapte au fil des compromissions et des trahisons. Les flics sont systématiquement effacés, pourtant c’était pas la plus VNR des illustrations de ce point de vue, mais eh, la loi de la vente, faudrait voir à pas froisser les autorités n’est-ce pas.

Mais je vais certainement pas laisser cette occasion en or de me foutre un petit peu de la gueule des gens, ça arrive trop peu en ce moment les occasions de bien rigoler. La ZAD est une foire, avec ses bons joueurs de bonneteau, quand je vois des gens qui pensent sans doute réellement changer quoi que ce soit au vieux monde en écrivant et en éditant 3 paragraphes dans un livre sur une lutte bel et bien morte et récupérée par des charognards experts en la matière, je suis secouée du rire de Diabolo, mais alors en plus quand tu regardes le détail du programme, c’est carrément Pinder. Me demande comment nos noms ont retranscrit la boue et les flics, la poésie des coups portés, la magnificence des cabanes détruites, le délicat dessin des prises de pouvoir abjectes et la dentelle du gâchis général. Gageons que ça doit mettre la larme à l’œil, entre ce gros porc de Damasio et cette imposture pseudo libertaire de Graeber, pour ne parler que d’eux.

Une garbure de fonds de frigo pour ramasser des ronds et/ou se faire reluire la conscience politique en deux mots tapotés sur un clavier, les yeux perdus dans des pensées qui n’ont même pas la consistance de rêves, une de plus. Heh, amusez vous bien en dédicace, le vieux monde est bien toujours là, pas de souci, vous en aurez l’occasion.

 

l’écriture

c’est la fête des pères, je n’avais pas réalisé et depuis ce matin je réfléchissais à un truc qui me turlupinait, du rapport à l’écriture, en rapport avec ce que j’ai raconté déjà plein de fois sur la culture qui sert à dominer, et de mon propre blocage à articuler en grand ce que je tisse depuis des années maintenant par petits bouts, comme des spasmes, ou, comme aujourd’hui, en trombes.

 

C’est par le biais d’une comparaison de l’écriture avec mon travail de gravure que j’ai compris ma propre écriture. Un jour, on m’a dit qu’on pouvait écrire sur son sujet de prédilection,  n’importe quoi au débotté, que ça aurait suffisamment de gueule pour être relayé, mais que pour soi, ça ne serait toujours qu’un texte fait à l’arrache, facile, et finalement frustrant, un brouillon, un radotage automatique. On avait ajouté : comme en gravure pour toi, tu sais ce que tu peux faire, et tu vois ce que tu as fait, et ça ne va pas. J’ai eu ce sentiment devant des gravures terminées, et c’était arrivé peu avant cette discussion, cette insatisfaction, je sais que je peux bien mieux, plus travaillé, mieux composé, gravé différemment, imprimé avec plus grand soin, je ne vois que les défauts, les manques et les améliorations possibles. Ça fonctionne pour l’extérieur mais pas pour soi.

 

Ce sentiment, devant un travail qui pour la plupart est largement suffisant, l’exigence qu’on peut avoir vis-à-vis de son propre travail, je le ressens aussi sur l’écriture et de façon systématique. Je l’ai, volontairement ou non, d’une certaine façon saboté : ces textes sont l’assemblage branque de pensées éparses, et comme pour la gravure que je sais pas terrible même si elle fait la blague, je sais les manques, et je connais le fil qui mène tout ça sans arriver à le détortiller vraiment, de texte en texte, je n’arrive toujours pas à l’organiser. P-M. Menger a écrit des tonnes de bouquins sur les métiers de la création, ses méandres, ses complexités,  et au travers de plusieurs disciplines différentes, de son regard extérieur et intéressé par ces complexités là, et avec une grande clarté. La distance est peut-être nécessaire, ce que je refuse pourtant : je veux pouvoir à la fois créer et écrire sur la création parce que je crois que la pratique apporte un autre éclairage, plus proche, moins abstrait, mais ça complique la tâche. Je suis toujours frustrée de ne pas avoir 4 bras pour pouvoir faire les deux et 2 cerveaux pour gérer les deux dans le même temps.

 Je sais qu’en gravure c’est l’impatience qui me fait manquer parfois, non pas rater mais taper à côté, je n’ai pas encore trouvé celle nécessaire pour agencer encore ce gros bordel en écriture. sans doute, aussi, qu’il me faut assumer la part d’insulte que ça constituait, pour mon milieu d’origine, d’être intellectuelle. Comme je me targuais d’être artisane et surtout pas artiste pendant longtemps, peut être bien que la part d’écriture résiste encore.

Je pensais à cette phrase de mon père alors que je me passionnais pour l’exercice cérébral de la philo au lycée,la gymnastique des neurones, lui aimait à répéter que la philosophie c’était un couteau sans manche auquel on avait retiré la lame. Et que ça n’est pas tant le mépris pour les choses de l’intellect qu’il exprimait là, mais sa propre honte prolétaire je crois. Il était d’un métier de la main qu’il m’a malgré tout transmis sans même que je m’en aperçoive, à force de trainer mes baskets dans les ateliers de l’imprimerie où il travaillait, dans l’odeur de white spirit et le tchoutchou délicieux des Heidelberg, fascinée par le massicot dangereux et jouant plus tard avec les planches de letraset dans l’odeur de la colle repositionnable, qui recouvrait la grille comme un gros piège à très grosses mouches (mes poumons ont été éduqués très tôt à ces vapeurs, je suis accro). Il a suivi toute l’évolution des métiers de l’imprimerie, l’atelier s’est réduit à un ordinateur et je ne sais pas si il aimait vraiment ça, mais c’était aussi l’ascension sociale, si petite soit-elle.

 

La honte prolétaire des choses de l’intellect, le rejet de ces choses de l’esprit, ne cadrait pas tout à fait avec son amour du dessin, c’était hors-norme, et ce n’était pas une chose qu’on faisait chez lui c’était incompréhensible, mais ça a déteint d’une certaine façon sur ma façon de considérer le texte, alors que j’en suis friande (ça alors), quelque chose bloque, quelque chose refuse aussi en moi de m’assumer comme tête pensante aussi, l’impression confuse de trahir quelque chose. Je ne trahis pourtant rien, les choses de l’intellect sont venues chez moi aussi par le biais de ma mère, chez lui le livre était un bien de consommation courante, au milieu des paquets de nouilles exactement. Cette honte de l’intellect d’un côté et la considération du livre pour ce qu’il est simplement, objet du quotidien tout aussi naturel sur une table que le pain, c’est finalement la position du prol qui veut écrire mais à qui la société refuse cet exercice s’il ne veut pas se dire pas auteur et s’il ne change de classe. Heh, pardi, nous y voilà.

 

Maintenant que j’ai dénoué cette chose, peut être que je vais arriver à écrire plus patiemment et développer, on sait jamais, les miracles peuvent survenir. et j’en ferai des fanzines ou je trouverai le moyen de ne toujours pas être autrice.

 

 

et bonne fête papa, je reluque les presses de l’imprimerie oldschool d’à côté en pensant à toi. la tête et la main ne s’opposent pas forcément. comme le soulagement ressenti à faire des choses simples pendant le confinement, déplacer des cartons et empiler des boites de conserve, libérer la tête qui a besoin, par moments, de respirer aussi.

 

tu devrais ouvrir un blog

Le rapport au support quand on écrit ou qu’on dessine est quand même vachement intéressant.
y’a des gens qui après avoir lu une prose qui leur à plu, disent  à l’auteurice: “tu devrais écrire”. C’est drôle, c’est comme si, rotant d’aise après l’ultime café-calva chez unE amiE, et, dans la fumée de la cigarette qui l’accompagne si divinement quand on est repuE, tu lui disais : “c’est délicieux, tu devrais faire un repas”.

C’est épatant, troublant et surtout foutrement parlant sur comment on considère la création quand même, je regarde cette manie fleurir partout, je l’entends moi même aussi, il ne faut apparemment pas se poser la question des moyens de production et de diffusion comme si ils n’appartenaient pas au monde politique dont on cause justement dans ces textes et créations. Et c’est toute l’ambiguïté de ces boulots là, c’est toute la force et l’aporie entremêlées de la culture telle qu’on la définit ici et maintenant, dans cette société-là, et du rôle qu’elle joue.

Le mode de diffusion  lui-même est un choix, éclairé ou par défaut mais il reste un choix. Faire un fanzine ou être édité n’a pas le même sens, diffuser sur les réseaux plutôt qu’en livre aussi, enfin je vous refais pas le topo sur le DIY et les moyens de production en adéquation avec le propos, vous voyez ce que je veux dire depuis le temps qu’on rabâche.

Mais cette phrase “tu devrais dessiner / être publiéE” dit une chose, surtout : tu ne seras pas reconnuE en tant qu’artiste ou intellectuelle tant qu’on aura pas un livre à la BNF,  ISBN compris, pour le prouver. Cette phrase dit en creux tout le mépris qu’on a pour qui ne publie pas par les moyens traditionnels tout en voulant complimenter. Et dit aussi que le propos d’un livre ne peut pas être que politique. On est bien d’accord, mais pourquoi vouloir inverser à ce point la part du politique et la part du reste ? J’y lis, mal à l’aise, une volonté de vider le politique du propos, l’adoucir et arrondir ses angles.
Bien sûr qu’il y a l’objet et la pérennité, mais je crois pas qu’il soit question de ça dans ces petites phrases (moi aussi parfois, je fais un tweet dont je suis plus fière que beaucoup d’autres choses, alors moi aussi j’archive, en recopiant dans mes carnets, mais parce que je veux que mes vannes soient gravées dans le marbre parce que tout de même je suis un génie incompris de l’humour mais revenons à nos moutons)

Mais la publication c’est autre chose, et par publication on entend aussi “avec l’aval d’un éditeur” ou d’un rédac chef, parce que rares sont les gens à dire “pourquoi tu fais pas un fanzine ou un journal en autogestion ?”.
On attend aussi une confirmation de ses propres goûts, dans cette petite phrase, on attend la flatterie de pouvoir dire un jour “je l’avais dit, je connaissais avant que ce soit mainstream”, on peut se flatter d’avoir eu du nez et d’avoir le bon goût bien placé, ça fait chic. L’ego, dans les arts, n’est pas que chez les créateurs, mais chez les gens à recevoir aussi tout ça et tout s’autoalimente. Ça n’est pas fondamentalement grave, ce fait là, mais il faut l’admettre à un moment. Faut admettre, de toutes façons en tout et pour tout la part égotiste sauf à devenir unE sombre crétinE qui pense qu’on vit en  dehors de soi. Y’en a qui ont essayé et ça a fini en livres mystiques avec des incarnations en algues ou je sais pas quoi bref.

(Tant qu’on aura pas flingué cette société hiérarchisée la figure du créateur / artiste perdurera c’est comme ça c’est ainsi, la place de l’ego dans une société tout autre ne serait sans doute pas la même et tiens ça serait marrant de réfléchir à ça mais je m’égare du nord (je varie)).

Mais à partir du moment où on devient mainstream, on risque de perdre une bonne partie de ce qui plaisait tant quand “ça n’était pas des livres” quand ça n’était “que des machins sur internet”. Rares sont les auteurs et autrices à conserver aussi leur verve, leurs idées, complètement. Je ne connait hélas pas beaucoup de contre-exemple. Ho je connais des auteurs sympas ça n’a trop rien à voir mais même les plus révolutionnaires se sont émoussés (je ne m’exclue pas du tout de mon propos, notez bien), et le petit milieu culturel étant ce qu’il est, on se brosse les egos tranquillement et on finit par ne plus douter de nos talents et de ce qu’on dit avec, on finit par croire que la littérature sauvera le monde, on finit par réellement penser que les mots et les dessins sont des armes sans voir que les couteaux ont perdu des dents en route.

Et puis y’a aussi le fait que même le propos le plus subversif du monde sera phagocyté dès lors qu’il sera publié. C’est comme ça, on fait avec ou on fait pas, et ça n’empêche pas du tout que ces livres soient formidables ou même changent des vies pour certains, juste il faut pas non plus trop se leurrer sur la portée d’un propos, si révolutionnaire soit-il, dès lors que Gallimard le défend. Par exemple. Parce que le succès et le milieu font aussi une chose : ils créent une connivence avec des gens pour lesquels nous n’aurions eu que du mépris sans la publication, et c’est la chose la plus détestable qui soit quand on parle de littérature / dessin et d’idées politiques ou simplement d’autodéfense en termes de conditions de travail. C’est très simplement vérifiable, tu ne vas pas taper sur qui te brosse le poil, tu ne vas pas risquer de perdre de précieux soutiens bien placés ou la possibilité de travail. On prétend souvent que non parce que ça la foutrait mal, dis, t’imagines, admettre qu’on se tait parce que faut bien bouffer alors même que tes livres chantent la révolution.

On finit, aussi, à penser que la publication est la seule voie possible tout en prétendant être encore proche du “peuple” (hurk). On prétendra mille chose mais sans jamais regarder les milieux dans lesquels on évolue, parce que bon pourquoi faire après tout, on fait des livres c’est bien la preuve qu’on est du bon côté non ? (oui là ça part sur un autre sujet mais totalement en rapport)
Je suis pas en train de dire qu’on devient mauvais en publiant ou avec le succès, je dis qu’on oublie quelques trucs en changeant de milieu et de statut, c’est comme ça et on y peut rien. Faut juste le savoir, en être conscientEs, et trouver des moyens autres, des interstices, et si on souhaite garder ce qu’il y a de plus précieux à nos yeux, ça oblige à faire un choix qui comme tout choix ne sera pas toujours compris. Il est possible de faire plusieurs choses à la fois ou de choisir la voie difficile, j’en connais, et qui n’auront pas autant ni de lauriers ni même d’audience que d’autres. et à mes yeux c’est là qu’il se passe les choses les plus intéressantes quand on parle de culture populaire, au sens où c’est une culture faite par et pour les prolos avec des moyens de prolos.
C’est je crois ce qui perturbe dans cette volonté de rester dans ces façons d’écrire, dans les interstices : c’est un refus affirmé, catégorique, de la figure du sachant, de l’expert, de l’artiste. C’est une forme revendiquée et un peu nouvelle de l’anonymat, aussi, dans le sens où on choisit de ne pas devenir quelqu’un.
ou plutôt : où on choisit de rester quelqu’un, et de ne pas devenir un symbole, une image, un livre qu’on offre parce qu’on ose pas dire le fond de notre pensée quand elle est révolutionnaire.

bon je pensais avoir déjà écrit là dessus, mais pas exactement enfin ça recoupe les trucs sur le DIY l’autoédition et l’embourgeoisement, bref.

C’est un regret me concernant que le réseau occupe une telle place mais pour des raisons de données, anticapitalistes, ce genre de choses chiantes à gérer quand on participe aussi à tout ça. Mais je chéris ces endroits pour y avoir croisé les meilleures personnes que je n’aurais pas connues autrement et que je n’aurais pas tellement pu croiser je pense. C’est ça aussi “la vraie vie” dont on nous rebat les oreilles quand on veut l’opposer aux réseaux (perso je fais pas de différence) sans voir l’évidence sous nos yeux souvent : les réseaux virtuels construisent aussi nos discours, et nous y recréons les milieux que nous souhaitons intégrer ou que nous intégrons déjà. Il n’existe pas de magique séparation entre ces réseaux et nos vies. Et ça, ça n’est pas tellement le livre qui le permettait, ce dépassement de la séparation artiste-homme, enfin, pour de vrai. Les réseaux ont cet avantage de briser un peu les distances qui pouvaient exister (en entrainant d’autres problèmes, certes, mais problèmes passionnants si on y réfléchit sérieusement). Et mon petit diable intérieur me fait ajouter : c’est bien ce qui effraie les gens, qu’on ne puisse plus opérer de séparation artiste-homme. C’est ce qui effraie autant les lecteurs que les artistes d’ailleurs.

Même les plus critiques des réseaux s’y trouvent, d’une façon ou d’une autre, parce que le constat, c’est ça : tu ne peux pas lutter seulE contre ce phénomène là,  aussi, ça ne peut être que collectif alors même que les réseaux ne font que renforcer l’individualisme (au sens libéral)

BREF c’est encore bien long et c’est encore bien le foutoir eh bien ce n’est pas grave puisque c’est ma langue et que j’ai jamais réussi à faire autrement.

 
 

la lourdeur

hier j’ai regardé la vidéo de M. qui explique pourquoi il s’éloigne de la BD pour un temps. Outre qu’on est pas dupes de la manigance et que s’il s’éloigne un temps c’est qu’il commence à éborgner franchement l’image proprette que son éditeur essaie de se construire,  le fascisme qui présente bien, et que M passe en procès prochainement pour du harcèlement en ligne contre une féministe,  j’ai quand même été troublée de me reconnaitre dans certaines choses que M. dit. Certes pas pour le même résultat, mais quand même, c’est déstabilisant. Quand il parle de la légèreté nécessaire pour créer, ne pas être ramené au sol et arriver à se désengluer pour dessiner, ce sont des choses avec lesquelles je me bagarre aussi. Pas forcément pour ce genre d’histoire même si évidemment elles rajoutent en lourdeur, mais plus généralement dans ma pratique quotidienne. Je crois que c’est quelque chose qui a à voir avec la classe sociale et le doute pesant qu’on peut ressentir en pratiquant quelque chose que la société de classes n’autorise pas à certainEs.
C’est étrange de l’entendre dans la bouche d’un créateur fasciste, il faudrait donc de la légèreté pour dessiner des horreurs. Et c’est là que la fracture politique opère : quand je constate cette lourdeur et que je cherche à m’en dépêtrer ça n’est justement pas pour produire du sens politique* mais au contraire m’en éloigner pour viser autre chose.

* à ce statut posté ce matin sur facebook , je voudrais ajouter un truc : il ne s’agissait pas de ne plus produire du sens politique du tout dans mon boulot, mais plutôt de m’éloigner du sens politique “évident” et transformer un discours lourdement explicatif en autre chose. Le sens politique y est toujours mais plus sous la même forme, et même ça c’est compliqué à expliquer et ça rejoint d’autres textes que j’ai pu faire avant. Disons que le sens politique n’est plus dans ce qui est dit clairement mais plutôt dans les modes de diffusion, le contexte, la forme même de ce que je peux faire, du moins je l’espère. On pourrait résumer par le fameux pas de côté. Et ça a directement à voir avec la légèreté nécessaire, il faut forcément du recul, il faut un regard distancié, etc. ce qui ne veut pas dire pour autant devenir insensible ou cynique, mais plutôt choisir un angle autre que le frontal. C’est pas bien clair mais je me comprends.

la lassitude

Je la fais courte, faut que je retourne bosser : Larcenet, il y a peu, écrivait plusieurs salves contre les BD de Emma.

J’ai commenté, après un mois à essuyer les attaques constantes de fascistes avec mes camarades, ce choix là avait quand même de quoi faire sortir de nos gonds. Voici mon com :

Utiliser sa légitimité pour taper sur une meuf qui utilise le dessin sans autre prétention qu’expliquer des choses qui méritent effectivement d’être dites, c’est lamentable. Utiliser sa maitrise du dessin pour cracher sur une des rares meufs qui arrive à émerger c’est minable. On vous a pas tellement entendu pour taper sur marsault, on vous entend pas non plus quand il s’agit de taper sur du mauvais dessin de mec, c’est pourtant pas ce qui manque. Prétendre qu’il ne s’agit que de dessin c’est prendre les gens pour des cons, s’ériger en académicien ou gardien du bon goût pour enfoncer une meuf, c’est consternant. Emma ne dessine pas pour les mêmes raisons que vous, son but n’est pas le même ; et le pire, c’est que vous le savez, et vous persistez à vous planquer derrière cette excuse en carton-pâte. Franchement, ça fait bien pitié d’utiliser une parole publique, sa notoriété et sa maitrise du dessin pour ce genre de choses. Croyez vous encourager quiconque à creuser ou travailler ce moyen d’expression en leur crachant à la gueule tout votre mépris ? allélouia : vous êtes mûrs pour faire prof de beaux-arts. Et c’est pas un compliment.
et ce dernier texte confirme donc, ça n’est pas tant le dessin qui vous dérange mais qu’on parle de féminisme. Encore une preuve, s’il en fallait, que le féminisme a toute sa place partout, y compris dans la bande dessinée.

J’ai posté ceci sur la page de Larcenet. Quelqu’un m’a dit qu’on voyait pas bien le rapport avec Marsault qui lui sait dessiner (mandieu). Alors j’ai expliqué :

Le rapport avec Marsault c’est que le dessin y est aussi critiquable, et que son propos est autrement plus gerbant (que celui de Emma), et que la légitimité et la visibilité de Larcenet auraient sans doute été utiles quand il s’agit aussi de freiner la complaisance avec l’extrême droite dans notre milieu. Je trouve qu’il y a un rapport, moi, quand des gens de cette envergure choisissent, et je dis bien choisissent, de taper sur une féministe maladroite en dessin plutôt que sur un facho complet qui bénéficie d’une bonne visibilité. Parce que quand le valeureux Manu part en guerre sur ce sujet du dessin (qui finit par être un souci de propos, quelle surprise) contre une féministe qui dit elle même qu’elle ne sait pas dessiner, nous, on se coltine la déferlante abjecte d’un auteur d’extrême-droite pour nous être opposé-e-s à sa légitimation dans notre propre milieu.
Larcenet, si il a eu écho du travail de Emma et traine sur FB dans ce minuscule milieu qu’est la BD, a forcément entendu parler de ce qu’il s’est passé ce dernier mois. Mais il choisit de prendre la parole, très lue et suivie, pour s’en prendre à une féministe. Ce choix-là est si visible, si impossible à ignorer, il est comme une énorme baffe en pleine gueule, de la part d’un mec qui a eu, fut un temps, des positions qu’on pensait antifascistes.

 

Nous avons été plusieurs à commenter en ce sens, pourquoi ce choix, pourquoi se poser en gardien d’un art (surtout quand on se targue de venir d’une culture plutôt punk, on aura tout vu). Curieux, Larcenet disait qu’il lirait pas et s’en foutait désormais. Il a du effacer des coms au pif, je suppose, et manque de bol c’est tombé sur ces commentaires.
Et dans ces mêmes coms, quelqu’un m’a assommée de stupeur et d’hilarité en me répondant :

 

Blague à part, ce commentaire en dit long sur tout ce qu’il se passe en ce moment. Dans ce cas là, comme dans celui de Marsault ou de Vivès, les seules paroles valables seraient celle émanant de créateurs, et ceux à venir défendre ce travail-là et pour défendre une certaine création. Tout le monde ne peut pas prétendre non plus à la création selon la place qu’on occupe dans cette société, d’ailleurs si des créateurs et créatrices viennent à gueuler contre les propos tenus par d’autres, il suffira de leur ôter leur statut de créateur en arguant qu’iels ont peu de public où qu’iels sont mauvais-es. Dans ce com, il est dit tout le mépris des “gens de culture” pour le populo. Ainsi, le lecteur lambda ne doit pas connaitre pour critiquer ou avoir un regard sur la création, et si on défend une autrice attaquée dans un contexte qui pose un bon nombre de questions, c’est aussi par ignorance. Ce dernier com ressemble beaucoup au texte que j’avais pondu contre les blogs girly et sur lequel j’étais revenue, piteuse, me rendant compte de ma propre misogynie.

Toutes les défenses d’auteurs qui tiennent des propos atroces se rejoignent, qu’il s’agisse de fascisme, de pédophilie, ou d’antiféminisme, et circulent autour de la question de la place de l’artiste ou de l’auteur dans la société, et du rôle de la création dans celle-ci. Il n’y a pas d’un côté le créateur qui sait et de l’autre le regardant qui ignore. C’est par ailleurs assez déstabilisant de prétendre à une certaine idée de la création tout en remettant en cause constamment la capacité des regardeurs à comprendre et apprécier cette création. Pour qui créent ces gens là, on pourrait se demander, et la réponse qui vient tout naturellement quand on voit l’ensemble des réactions est parfaitement écœurante. La culture légitime est bel et bien un outil de domination.
En attendant, les discours dégueulasses continuent de se répandre.
Et si Larcenet fait bien ce qu’il veut sur sa page, et qu’il peut effacer les commentaires qu’il souhaite, c’est tout de même très parlant de choisir d’effacer ceux qui le mettent en face de ses responsabilités. Si il pouvait subsister un maigre doute sur la connaissance qu’il avait de l’affaire marsault, celui-ci a totalement été évacué. Larcenet a fait son choix, et c’est un choix parfaitement dégueulasse.

NOFX c’est de la merde jouée par des couillons, rien à voir avec la vraie musique de Mozart.