vous reprendrez bien un petit peu de galette ?

je sais pas si vous avez vu le temps dehors, mais il pleut des épiphanies. Peut-être bien que c’est un microclimat, voire un nanoclimat, voire un tout petit nuage juste au dessus de mon crâne, ça se trouve même y’a rien d’extérieur c’est mon ptit cerveau qui se remet en marche après avoir compris que mon ancien quartier me manque beaucoup, plongée dans un univers qui ne me correspond plus, j’ai perdu aussi depuis 4 mois l’environnement qu’il faut à ce cerveau là, comme une couveuse.

bref, toujours est-il que en me levant et procrastinant mes 1200 trucs à la fois encore, ce matin à 14h a consisté à remplacer le dessin par du punaisage au mur de trucs retrouvés dans des cartons. Parmi mes fétiches, il y a Canalisationou, un super dessin de David Amram dont je n’ai de cesse de faire les éloges tant son zine Anti-Reflux m’avait scotchée. Quand je tombe sur un truc génial, j’ai envie de partager, forcément, semer à tous vents les trucs beaux ou drôles ou mélancoliques ou tout ça à la fois, pour distiller un peu de ce qui est bien et fait du bien dans ce monde de merde.

Mon engouement n’avait pas été bien compris alors, bon c’est vrai que j’en fais des caisses mais parce que le monde est si si pourri que forcément tout ce qui est mieux m’apparait comme un joyau lumineux. De ce constat, je me suis dit : he tiens, c’est marrant ça comment ça se fait que mon engouement ne soit pas compris comme ça mais comme quelque chose de bizarre. Je pigeais vraiment pas, après tout des tas de mecs montrent leurs engouements entre eux… Et là bingo, j’ai compris. J’ai comme pour mon mur pourri, opéré un petit décalage.

J’ai réalisé ce truc en faisant coller aussi une autre conversation eue avec un pote sur la loi Avia qui avait déchainé sur les réseaux pléthore de messages “je suis gouine / je suis péd锑. Je lui avais dit alors que je ne pouvais pas écrire “je suis gouine” ça ne collait pas pour des tas de raisons, c’était forcé, c’était aller dans le sens de la loi que je ne reconnaissais comme aucune autre loi, et surtout : ça n’était pas moi. Il m’est venu spontanément ce “je suis pédé” qui me correspond bien plus. Si si, ça a un rapport : puisque je m’adresse aux mecs d’égale à égal et me retrouve de fait à avoir plutôt une sociabilité de mec, dans mon engouement pour des choses écrites et/ou dessiné il en va de même, il n’y a pas d’ambiguïté dans cet engouement c’est simplement reconnaitre dans le travail d’un autre un écho particulier et non pas, comme ça peut être perçu, une attente autre. Sauf que dans un monde patriarcal, ça n’est pas entendu ainsi, mais comme quelque chose d’étrange, qui déconne, qui ne colle pas tout à fait avec ce qui devrait être dans ce qu’on nous impose de comportements et d’interprétations de ces comportements.

Et si simplement les mecs ne disaient pas leur engouement pour des travaux de meufs à cause de cette bizarrerie dans la réception du compliment, un truc connement patriarcal mais pas comme on le décrit habituellement. Comme une chose qui tiendrait plutôt à la crainte de laisser planer une ambiguïté quant à ses motivations sur cet engouement.J’ai fonctionné aussi comme ça, et je me suis surprise aussi à le faire jusqu’à très peu, sans le remarquer : si on s’intéresse à mon taf c’est pour d’autres raisons que mon taf. Je n’accordais que très peu de crédit à l’écho que pouvaient me renvoyer des mecs, ou même des meufs, dès lors que cet écho semblait fort, ça me paraissait bizarre, comme ce type croisé un soir qui me racontait qu’il ne pouvait pas accorder de crédit à un galeriste parce qu’il pensait que ce dernier était amoureux de lui, du fait qu’il soit gay.

Comme ça corrobore aussi cette méfiance que j’ai pour la mise en avant de travaux de meufs sur ce critère uniquement, qui ne va pas forcément dans le sens de détruire ces états de fait mais les renforcer au contraire, sans jusque là arriver à circonscrire mieux la chose. Il ne s’agissait pour moi que rejeter les tensions internes qui existent aussi et cette re-essentialisation des femmes, allant jusqu’à l’injure faite qui serait de considérer l’appartenance à un sexe plutôt que le travail. Si certes il reste un travail de représentation à faire, c’est devenu aussi cette pauvre chose de la petite boite tamponnée “féministe” au détriment du travail des autrices, exactement comme la mode girly l’avant fait auparavant.

Je ne sais pas si c’est le bon terme à employer, l’empathie, puisque c’est plutôt à l’inverse réfléchir à une situation en comprenant aussi comment soi on peut réagir face à quelque chose, et comprendre un problème en le confrontant avec ce qu’on a vécu, constaté d’incompréhension, ou de peur, ce petit truc qui tout à coup fait embrasser la réalité ce qu’il se passe avec un léger décalage. Si je suis éternellement décalée avec ce monde, la compréhension de celui-ci passe précisément par la tentative qu’on appelle communément et à tort “empathie”, qui ne fonctionne pas dans la projection de soi dans l’autre, mais plutôt l’autre dans soi. Pour capter comment on fonctionne, dans ce cas, dans un monde où on est encore dans le schéma patriarcal de l’opposition, et comme on peut reproduire encore sans s’en apercevoir, par simple habitude jamais questionnée jusque là. Toujours pas claire (toujours tanx) mais jme comprends.

poser les trucs, et tenter de ranger

#3615MaViePolitique parce que je réfléchis en marchant et que j’ai marché heh

y’a genre deux ans de ça, peut-être, j’ai tej Fabrice Neaud de mon fb comme un malpropre parce qu’il avait eu l’heur de me hurler dessus quand je lui rappelais chiantement l’obligation du féminisme PAS LE CHOIX. Alors, il m’avait sortit un truc personnel en guise de réponse pour me balancer qu’il n’existe pas de patriarcat, ce que j’avais trouvé profondément stupide, de la part d’un mec si subtil, fin et intelligent (c’est bon j’arrête il va plus passer les portes), je pigeais juste pas qu’on réponde par le vécu personnel pour un truc systémique. On avait pu discuter à plusieurs reprises de discours, d’image et de création sur des bases fines et alambiquées, je ne comprenais pas que cette discussion prenne cette tournure, subitement, tranchante et définitive. J’ai repensé à cette embrouille avec Fabrice, que j’ai fini par redemander en contact récemment. J’avais eu le temps, depuis, de réfléchir à tout ça et sa réaction m’avait secouée, pour un bien, j’y ai souvent repensé. Ma façon de m’adresser alors à lui était un peu trop binaire, du genre t’es pas concerné tu la fermes, chose que j’ai bien, bien revue depuis,  et la vie a fait le reste me concernant, faisant beaucoup bouger mes lignes (lignes qui s’étaient rigidifiées au contact de trop de lectures féministes dans cette opposition statique, figée, et plaçant toujours les femmes en victimes et les hommes en oppresseurs). C’était une chose que je ne pouvais comprendre qu’après un coming out, en tous cas le CO comme je l’entendais, moi : une réaffirmation de ce que je suis au delà de ces essentialisations, un retour sur de vieilles positions que j’avais oubliées je ne sais pas trop pourquoi. Le phagocytage de la douleur de mes semblables m’a rendue moitié aveugle à d’autres pans et fait passer à côté de beaucoup d’évidences, politiques comme personnelles (et, étrangement, j’avais oublié aussi la lecture de “femmes de droite” de Dworkin, livre qui m’a pourtant bien marquée quand je l’ai lu).

Je suis arrivée au bout du bout de mon ras le cul du féminisme, je constatais que ça faisait rien bouger, que ça ne faisait que renforcer certains trucs dégueus, et qu’au contraire pour en avoir causé on me parlait plus que de ça alors que moi je voulais parler de mogettes, ou bien de politique, ou bien de musique, ou bien du corporatisme des artistes auteurs, ou bien de gravure et être considérée un peu comme autre chose qu’une meuf, ou bien juste passer une bonne soirée bordel de merde. L’essentialisation me revenait dans la gueule, en somme.

Ce qui à mon sens était bien plus féministe : considérer la personne et son taf pour ce qu’elle est et pas au travers d’un prisme si ridicule que son appartenance à un sexe ou à un axe militant (qui n’était pas militant chez moi, juste un truc de défense en réaction). Je trouvais ça arbitraire et réducteur. C’était donc le mur du féminisme, du moins d’un certain féminisme, celui qui oppose lomme et lafame dans un schéma figé, re-essentialisant de part et d’autre et ne laissant au final aucun choix, ni aucune possibilité d’échapper au schéma préétabli. Et puis j’ai fait un CO, dans la suite logique de mon ras le cul de rien voir bouger, etc vous connaissez l’histoire je vous la refais pas. Je sais pas qui de l’œuf ou de la poule, dans cette histoire de CO et de conception du féminisme, mais c’est très imbriqué. Si j’essaie de tracer le schéma ça ferait :
>> plein le cul qu’on me parle comme à une meuf et pas d’égal à égal, plein le cul en général des mecs qui comprennent rien aux urgences quand la violence miso tue et viole (et ras le cul de voir des meufs aussi jouer aux gardiennes du vieil ordre, et cette forme de féminisme imposait une sororité de pacotille, sans possibilité tellement de remettre en question d’autres tensions internes)
>> je deviens féministe histoire de taper du poing sur la table
>> on me contient dans ce truc malgré moi
>> je vois aussi la négation de pas mal de trucs qui pourtant découlent de questions féministes à mon sens en coupant arbitrairement les hommes et les femmes en les essentialisant, bref le mur (accessoirement : je me trouvais vraiment chiante aussi à parler de ça)
>> je finis par rejeter le féminisme parce que j’en ai plein le dos qu’on me parle plus que de ça, au point où je ne suis plus invitée que dans des festivals que autour de cette question à la con, quand mon travail n’a rien à voir, ou si peu.

et là quelque part avant ou après mon rejet d’un certain féminisme, le CO. ou en même temps. Et quand on fait un CO, on découvre que le faire ouvre une nouvelle façon de voir les choses, décompartimentée, ou alors la décompartimentation que j’avais toujours souhaitée ne tenait qu’à ce fil là, minuscule. Mon CO était un coming-in : je me suis découverte telle que j’étais, ça a juste enlevé les obstacles que je pouvais rencontrer pour être moi et les difficultés à me faire comprendre (vu que j’essayais la pédagogie du féminisme au lieu d’expérimenter un peu ce que c’est que s’adresser à l’autre d’égal à égal, et sur tous les sujets, plutôt). Difficile à expliquer. Et bingo, je découvre d’autres formes de féminisme, eh, à commencer par Wittig, la pensée straight, qu’on m’avait conseillée juste après mon CO et que je rechignais à lire parce que je suis con et que j’ai horreur qu’on me ramène à une identité, à peine j’avais fait ce CO que j’avais plus envie de me dire gouine pour moi c’était autre chose que ça, plus subtil que je pourrais résumer vaguement en “je suis moi, et je vous emmerde”. Sortie des étiquettes et de ce qu’on veut assigner de force. Je voyais encore à ce moment là avec les restes de mon hétérosexualité, à croire que je sautais d’une boite à l’autre.

Je voulais pas le lire parce que je voulais expérimenter moi-même, et c’est comme ça que je fonctionne : je vois ce qu’il se passe, ce que ça produit de réflexion et de prises de conscience, et ensuite seulement je fouine ici et là (pas que dans les livres) voire si mon intuition est corroborée par d’autres. Là où ça m’a vraiment renversée c’est que je pigeais pas trop comment un CO pouvait autant bousculer mon langage plastique et écrit, et j’ai trouvé chez Wittig un début de réponse ou un encouragement ou une confirmation. Ça n’était pas comme je pensais un livre qui parlait de l’existence hors patriarcat, non, c’est un livre qui parle de tout ce que le patriarcat peut cacher, et c’est immense. Je m’attendais pas, par exemple, à trouver dans ce livre des trucs aussi chouettes sur l’écriture, tout bêtement. Enfin quelque chose qui me parlait d’autre chose que de ce que l’oppression fait subir, pour se concentrer sur ce qu’on peut faire sans cette oppression, ça parmi un milliard d’autres choses.

Toujours est-il que j’ai fini par remettre dans le bon sens un bon nombre de choses, à commencer par me remettre en tête ce que j’ai pourtant toujours pensé : que les idées s’incarnent, sinon elles servent à rien sauf à vendre du papier. Que si les idées s’incarnent, on a pas à attendre qu’elles s’incarnent dans la société pour les incarner soi-même, ou plutôt : la société, c’est aussi moi, et les gens autour, et ce qu’ils se passe entre nous (demain : le feu brûle). En somme c’est ce que je disais d’une autre façon avant : qu’il ne suffit pas de se décréter telle ou telle chose pour l’être, il fallait aussi agir en ce sens et pas attendre. Sur toutes les questions absolument, l’incohérence et la contradiction interne me rendent marteau.

Si j’ai fait un CO aussi vite après être arrivée à Paris, c’est que j’ai côtoyé ici les amiEs que j’y avais déjà et que je me suis faits depuis et un jour j’ai juste vu que je n’avais qu’un seul ami hétéro cis et en couple, touTEs les autres étaient queers, meufs seules par choix, personnes trans, mecs seuls et nanas rejetant comme je pouvais le faire les assignations de toute sorte, et ne correspondant pas vraiment aux critères en vigueur dans l’hétéropatriarcat et rejetant ce genre de choses. Je me souviens d’un concert au Novo quelques temps avant que je quitte bordeaux, d’un groupe queer -chose rarissime en ces lieux- le public était si différent de d’habitude et l’ambiance aussi, j’en ai chialé pendant et en sortant du concert, des larmes de joie, mais y’avait pas que ça, déconcertant des copines qui comprenaient pas trop, et moi non plus d’ailleurs je comprenais pas trop j’avais mis ça sur le compte de la fatigue ou bien du SPM. Des larmes que je n’avais pas pu retenir, moi qui ne pleure que très rarement publiquement bien trop fière pour ça, ça sortait tout seul.

Depuis j’ai rejoué ma vie à l’envers sous ce nouveau prisme et je n’ai pas arrêté de me dire “mais putain mais bien sûr que tu étais queer depuis des lustres, bougre d’andouille”. Depuis j’essaie d’écrire pour expliquer à des potes hétéros ce que change un CO, sans arriver à le faire, les mots ont changé avec lui et j’ai beaucoup de mal à retrouver la langue figée d’avant, ça non plus je n’arrive pas à l’expliquer, là c’est encore une tentative, la dernière parce que ça sert à que dalle, vu que ça ne s’explique pas autrement que par ce que j’étais déjà. Ça serait comme leur dire : eh tu sais, je suis tanx ! ça leur ferait une sacrée jambe. Et concrètement, ma vie est restée la même, elle s’est juste enrichie au passage d’une meilleure compréhension de quasiment tout, plus précise. Simplement, j’ai trouvé ma place moi qui me sentais en décalage constant en un tas de choses. Le décalage est toujours là, sauf que désormais je sais que ça n’est pas parce que je suis inadaptée ou parce que je sais pas faire pour trouver un peu de joie et d’amour qui ne soient pas des simulacres décevants et balisés, c’est juste que ce monde est dingue.

Pour revenir au point de départ, ce qui a été important dans tout ça ça a été de retrouver la façon de penser que j’avais lorsque j’avais écrit ce texte rageur contre les blogs girly. Mon texte était comme j’étais : furieux. J’avais tenté un échange avec une autrice qui avait bien morflé suite à mon texte, je lui avais proposé de dialoguer sur mon blog, elle n’avait pas voulu. J’avais pas trop compris alors, je trouvais ça un peu con de refuser la possibilité d’un discussion avec deux points de vue différents sur un même axe, et voir ce qui pouvait en ressortir. Mais voilà, il fallait pour le faire dire un peu du mal d’éditeurs, et bon on sait bien comme on est tenuEs dans ce taf. Elle a bien réussi sa vie depuis, enfin c’était déjà bien parti on avait pas exactement ni les mêmes cartes en main ni les mêmes ambitions et envies, juste ça me fait rigoler maintenant de la voir comme figure féministe surfant le pognon que ça rapporte. Par contre si j’étais revenue sur ce texte pour le nier en partie, aujourd’hui je le réécrirai simplement en changeant quelques formules, pour virer les attaques persos et ne garder que le fond : l’essentialisation des meufs au travers de publications. et aujourd’hui, vu que les blogs girly sont passés de mode, j’en parlerais plus largement de cette nouvelle essentialisation “militante” devenu fond de commerce avec ce que ça implique de travers pervers et de dérives, idéologiques et/ donc marchandes et vice versa et toutes les formes que ça peut prendre, y compris (et surtout ? je sais pas) les individuelles sur fond de luttes collectives, les exploitant souvent sans vergogne et les flinguant au passage, puisque la monétisation des luttes et leur individualisation au travers de figures les rend très facilement récupérables, que ce soit de façon politicienne ou capitaliste ou les deux à la fois, pardi. en tous cas ça fait de bonNEs entrepreneur-euses.

Les choses sont complexes et nuancées, mouvantes et parfois floues, j’ai découvert l’eau qui mouille avec le CO et ça a été la clé de ma propre compréhension de mes lubies politiques et de ma façon de mener ma vie, et piger mieux aussi la politique, de fait. Je voyais une boite dans le CO ou une vision étriquée des choses auparavant, j’avais pas compris que c’était justement sortir d’une boite pour se rendre compte que tout est plus vaste et que ça n’est que s’assumer telLE qu’on est réellement et envoyer chier les compromissions une bonne fois pour toutes parce qu’on ne peut tout simplement plus faire mine de s’y conformer, et de tous ordres. Ça secoue pas mal, mais quand on se rend compte que ça n’est finalement qu’énoncer ce qui existait déjà  et assumer d’être juste soi dans le vaste monde, c’est plus simple et d’une certaine façon un soulagement de ne pas être autre chose.

Ouh ben c’est encore bien le bordel, désolée. Jvais y arriver un jour à la faire, cette synthèse, je désespère pas, me faut le temps de poser encore des choses à plat.

(strip d’octobre 2018 alors je cherchais le début de la pelote)

edit : et de cette multitude de constats, car ça n’est que ça, maintenant reprendre les choses où je les ai laissées y’a trop longtemps. Parce que c’est bien beau, de comprendre une chose, et surtout une chose aussi bête que savoir qui on est, mais il faut en faire quelque chose. L’ennui de ces considérations, c’est qu’elles ne mènent à rien de concret, un peu comme la lecture de Preciado peut me laisser sur l’envie de rétorquer “oui bon ok, mais on fait quoi là, pour tout ce merdier ? la testo empêchera pas beaucoup la catastrophe imminente, mon vieux”
C’est ma manie à moi de me prendre la tête, y’a un moment je me fatigue et je vois vite les limites de tout ça. tirer les conclusions sont nécessaires après une réflexion sinon ça n’est que du vent, et à quoi bon découvrir le lien entre vie et politique si c’est pour rester les bras ballants à chercher encore une place ou une façon d’agir concrètement. J’écrirai peut être encore sur la politique ou l’analyse, mais ailleurs, ou collectivement ou anonymement ou les deux, pour que ça reste détaché de moi. Ici je n’y arrive plus et ne souhaite de toutes façons plus le faire. Si je suis anar de cœur je n’arrive pas vraiment à faire coïncider ça avec ce que je vois de l’état du monde ni avec une pratique me concernant, sauf dans l’art et le pignolage philo (ça m’agace même si j’aime ça). Fustiger les intellectuels pour se vautrer là dedans, ça m’énerve. j’ai envie de rendre moins abstraites ces conclusions, trouver des voies, des façons de faire.

l’épiphanie du bricolage

y’a des choix dans la vie qu’on pense avoir faits et en toute conscience, et on découvre un jour que c’était une adaptation. Comme la lecture est vu comme quelque chose de bon chez les mômes, ou le dessin, ou de ces activités solitaires et calmes, on refuse de voir, parfois, que ces choses sont une fuite, une façon aussi de refuser le monde autour.

L’encouragement à la lecture ne devrait pas être quelque chose qui sanctifie le livre au point de ne pas voir l’aspect négatif qu’il peut recouvrir aussi. Au point de ne pas voir que quand on lit, on ne vit pas ou alors par procuration. Dans la vision mythifiée du livre, il y a l’idée qu’il est au-dessus de tout (je radote)(c’est ma passion), et détruire cette idée là n’est pas cracher sur le livre, bien au contraire, comme je disais que l’art est inutile n’est pas un mépris pour l’art : ça n’est que la remise à sa juste place, dans la vie, plutôt qu’au dessus, et refuser de croire que tous les livres sont bons, par essence. UnE môme qui se réfugie dans la lecture dit autre chose que son goût pour la lecture, autre chose qui concerne tout le reste, comme il faut regarder, en creux, ce que dit une chose, l’ombre de l’idée.

La solitude et le travail que je mène ont été beaucoup non pas des choix comme je l’ai longtemps pensé, mais des aménagements. Un jour on m’a dit “mais tu es seule…” alors que j’expliquais ma façon de travailler, chez moi. J’ai réfléchi pas mal à cette suspension qui trahissait une angoisse atavique. Longtemps je me suis convaincue que je recherchais cette solitude parce que je l’aimais, sans avoir vu que ça n’est pas la solitude que je chérissais mais la liberté de choisir qui je vois et de quelle façon, et qu’au contraire je n’aime pas la solitude, ou seulement celle que je choisis. Comme j’ai été dans un premier temps très soulagée de me retrouver seule chez moi après une cohabitation qui devenait difficile, j’ai cru que c’était ce que je recherchais. Comme le refus de parvenir n’était pas que politique :  il ne s’agissait pas d’une question d’argent mais de milieu, qui va s’étrécissant quand on grimpe les échelons, et par étrécissement j’entends du genre et de la quantité de personnes, d’idées et de convictions. Il ne s’agissait pas comme l’indiquait la surface uniquement, d’une volonté de me couper de quelque chose, par la solitude et le refus de parvenir, mais tout au contraire d’embrasser le plus largement possible le monde dans lequel je souhaitais évoluer. Ça n’est pas tellement paradoxal si on garde en tête que la solitude est le choix du mouvement, le refus de la dépendance la possibilité de ce mouvement, et le refus de parvenir le refus de l’enfermement.

Comme je suis sortie des discours féministes dans mon boulot en constatant qu’on voulait me maintenir dans cette boite alors que je tenais ces discours pour tenter d’échapper à une autre, comme le corporatisme est un enfermement coupant du reste. Quand je mets tout bout à bout la logique même de ce que je pensais être une vision exigeante de la politique qui me coupait des autres, c’était le contraire et je crois que c’est ce qui me faisait particulièrement enrager quand notamment j’attaque le corporatisme. Il ne s’agit pas d’être radicale pour le plaisir d’être radicale, il s’agit de maximiser le propos pour ne laisser personne sur le bord de la route, et ça exige simplement de regarder ce qu’il se passe au plus bas, non pas pour faire sombrer tout le monde mais impulser dans l’autre sens.

Comme, après trop longtemps dans un seul milieu j’en disparais un temps, allant voir ailleurs non pas si l’herbe est plus verte, mais pour le recul nécessaire pour ne pas finir par détester les habitudes, et du milieu et les miennes, se secouer au moment où l’endormissement gagne.

Découvrir qu’on se pensait asociale à tort, comme tout ce qu’on pouvait mener comme batailles étaient non pas autant de douves creusées mais au contraire de ponts construits. En bricolant l’autre jour je pensais à tout ça, ça m’a fait beaucoup rire et aussi pas mal secouée de réaliser que mon angle était faussé aussi longtemps. J’ai dit à un ami que j’avais trouvé une façon de théoriser le queer et l’anarchie par le bricolage. Il a compris tout de suite quand je lui ai raconté cette histoire de mauvais mur  : “mais oui, c’est toujours ça : quand le mur est pourri, ça sert à rien de s’acharner ça s’écroulera toujours, il suffit de se tourner et de faire ailleurs“. Le petit pas de côté.  Et comme cette théorie branque a éclairé d’une nouvelle façon le fil qui relie ma façon de bosser, de socialiser et de penser la vie.

séparer l’artiste de son œuvre, les lecteurs de l’artiste, les mots du langage

l’autre jour je causais de mon malaise à la lecture de ce bouquin sur Courbet (entre autres), rédigé par des universitaires. en y repensant j’ai réalisé que ses idées ne sont pas prises en compte et abordées pour _ce qu’elles sont_ mais abordées toujours comme une curiosité, comme le reste de Courbet : ses hémorroïdes, son vécu, ses actes et sa correspondance. C’est précisément ce qui me chiffonne là dedans, comme si les idées d’unE artiste n’étais qu’une lubie d’artiste et jamais autre chose, à considérer en soi. ça rejoint, forcément, la négation -vigoureuse- des idées moins glorieuses chez des artistes et auteurs inlassablement dénoncées pour ce qu’elles sont par ou des militants ou des artistes (sachant que le militantisme semble annihiler l’artistique dans ce cas là, il faudra choisir : tu ne peux pas être artiste et militant, ou porter des convictions sans impliquer forcément ton boulot artistique, ou, sacrilège, penser les convictions plus importantes que ton activité artistique). Si ce n’est la négation pure et simple de l’existence des idées, l’art de toute façons viendra les accompagnera non pas comme amoindrissant ces idées là mais les phagocytant pour les rendre plus vigoureuses encore. je sais pas si je suis bien claire, pour tenter d’éclaircir : ça a à voir avec le discours de l’art détaché du reste, comme la culture peut l’être bien trop souvent. La culture, surplombante, agit alors pour écraser, comme on peut le constater souvent dans des “débats” des petitEs malinEs auront un ton très posé pour asséner des horreurs, dans un langage soutenu, pour prendre de haut les braves couillonNEs à s’insurger contre un auteur ou un artiste dégueulasse et / ou aux idées dégueulasses. La perversion de ce procédé renferme à elle seule toute l’idée de la culture comme instrument de domination. C’est bien pour ça que je n’ai jamais voulu attaquer des ennemis politiques issus de la même classe que moi sur le terrain de l’art mais sur celui des idées, même si les idées se retrouvent évidemment dans la pratique, de façon inextricable. Il faut garder en tête quand on s’attaque à ce genre de sujet, la dimension de classe que renferme la culture comme outil de domination, c’est entièrement et totalement le problème, le fascisme et les idées rances qui avancent dans de beaux habits sont autrement plus dangereuses.

Et même dans ce livre sur Courbet, qui ne le présente pas comme un danger, ce malaise subsiste, parce que les idées de Courbet, ses plus intimes convictions, sont réduites à une curiosité d’artiste. Renvoyées à un objet d’étude et non pas comme appartenant à quelqu’un qui prend place dans une société, à part entière, les intervenants donnent l’impression, au contraire, de vouloir l’en détacher, du fait de sa position qu’on considère comme exceptionnelle.

Le travail de création, disons d’art, si on écarte les dimensions communicatives, de message direct, du résultat, la façon que ce travail a d’impliquer le corps et l’esprit, ne permet pas tellement d’aller dans le sens d’une séparation entre l’artiste et son œuvre comme on le réclame à grands cris face à un comportement ou des idées qu’on ne veut pas voir chez unE artiste ou qu’on cherche à amoindrir au nom d’un art qu’on considère supérieur. L’implication de l’artiste va, au delà d’une volonté de dire dans un résultat, aussi révéler de façon plus ou moins nette et décryptable ce qui sous-tend. C’est la difficulté réelle qu’on pose avec ce genre de question à manier avec grande précaution : il y a le fond, la forme, le geste, le choix des mots, le détail et l’ensemble, et les différents degrés de lecture et d’interprétations possibles.

L’artiste (je dis “artiste” pour simplifier, disons le créateur ou la créatrice) cherche de toutes façons à exprimer quelque chose, de ce qu’iel est, et ça peut être tourné dans un nombre incalculable de sens : une critique, une dénonciation, une adhésion, une réflexion, une pensée, un état d’âme, il y a tellement de choses qui entrent en  jeu dans l’acte de création que souvent, même, celui ou celle qui créée n’est pas conscient de ce qu’iel donne à voir qui peut trahir de ce qu’iel est, en profondeur.

Quand il était question de ce dessinateur de BD fasciste, la grande question qui m’a traversée et intéressée était ce qui a pu jouer, à quel moment, et qui fait la grande différence de propos entre nos façons d’aborder la bande dessinée. Le dessin noir et blanc sans nuance, la brutalité du propos, l’absence de concession dans ce qui est dit, l’humour, sont des choses qui faisaient aussi partie de ma façon d’exprimer, la classe d’origine, le sentiment de ne pas être comprisE, avoir cette colère d’une certaine façon inexprimable, cette chose séduisante mais dangereuse d’être seulE contre touTEs, tout ça m’intriguait et parlait à ma façon de travailler aussi. Conduire son travail envers et contre tout ce qui se met sur son passage, la pugnacité, la volonté de faire et pour ça développer une indépendance qui se confond aussi à la solitude, et, finalement, trouver dans un milieu un écho suffisant, ou une adoption du vilain petit canard, y trouver une famille de cœur et y placer de la confiance, parfois aveuglément aux tensions de classes qui y existent aussi, et ne pas voir l’instrumentalisation dont on est victime parfois, comme cet auteur a pu l’être. Ce moment où on choisit, des mêmes constats, une voie à suivre, et dans le geste savoir ce qu’on transmet aussi.

Le geste de l’encrage, le choix des mots dans l’écriture, n’est pas quelque chose qu’on fait sans la conscience, il y a un investissement précis : écrire de grosses onomatopées épaisses à répétition dit la colère, mais dans ce geste maitrisé (le pinceau ou la plume exige une maitrise) dit aussi, mais là c’est une vision très personnelle, que l’ont veut être reconnuE pour un savoir-faire. Pendant longtemps, et c’est ce qui m’avait conduite un jour à revenir dessus, j’ai développé un style sous influence, que j’ai appris à maitriser. Ce que disait cet encrage avait tout à voir avec une affirmation de mon savoir-faire et plus le temps avançait plus il était compliqué d’expérimenter puisque la maitrise de l’outil et du résultat avait demandé un travail de longue haleine. D’autant plus long et compliqué par moment qu’il était difficile de lâcher tout ça pour exprimer autre chose, et l’autre chose bouillonnait derrière. Il a fallu abandonner, surtout, l’armure que ce genre de style confère, comme dans l’écriture : admettre que l’on est plus compliquéE et traverséE par des sentiments plus nuancés, accepter de se dévoiler aussi dans ses faiblesses et ses tourments.

La façon de dessiner, maitrisée, dit qu’on ne veut pas dire et ce qu’on ne veut pas dire : c’est une façon aussi de garder le contrôle de l’image qu’on renvoie, de soi à travers sa création. Je suis ainsi, brutale et entière, ou je suis ainsi : floue et colorée, monstrueuse et contradictoire. L’aquarelle dans le geste et dans ce qu’elle exige de lâcher prise, oblige aussi à abandonner le contrôle de ce qu’on peut dire, d’une certaine façon, et ce qu’elle est dans l’imaginaire collectif, quelque chose de joli, inconséquent, des choses qu’on peut voir avec tout le mépris pour  la joliesse aussi. Comme si il n’existait que deux façons de voir et de dire : dans la confrontation violente ou dans l’amour niais.

Le choix de la technique et de ce qu’on dit avec elle et par elle, qu’il s’agisse d’image ou de mots, contient en soi un message, une volonté. Je ne crois pas qu’on puisse se séparer de son travail de création, la façon même de chercher à contrôler celui-ci dit beaucoup de qui on est, les choix des canaux de diffusion, les choix des sujets, tout ça forme un tout qu’on ne peut séparer de la subjectivité des créateurs. Reste le résultat, le seul visible à touTEs, sujet à de multiples interprétations possibles, et, pour ça, une vue d’ensemble donne des indices, des lignes, de grandes trajectoires qu’on ne perçoit pas forcément le nez dans un seul petit bout.

Et comment on passe d’une interrogation sur Courbet aux idées anarchisantes et personne éprise de liberté à celle sur un dessinateur de BD fasciste, c’est finalement aussi la question très centrale mentionnée au début de ce texte : ré-unir l’artiste et son œuvre, et sa vie, ne plus chercher à voir les idées qui traversent l’artiste comme des lubies, des à côté, mais comme quelque chose de constituant et qui conduit le geste artistique aussi. Parce que le danger à vouloir séparer les idées des hommes est celui de se séparer soi de ses propres idées, comme si la tête était séparée du reste, comme si le politique n’avait rien à voir avec les vies qu’on mène. Comme si, finalement, la politique n’en était pas, juste un hobby, détaché de réalités tout à fait concrètes.

Considérer le créateur et son travail comme une seule chose, c’est aussi considérer le regardeur / lecteur comme un tout, avec autant de complexité et de nuance, et casser ce qui sépare celui qui fait de celui qui observe, parce que les deux interagissent, forcément.

 

l’écriture

c’est la fête des pères, je n’avais pas réalisé et depuis ce matin je réfléchissais à un truc qui me turlupinait, du rapport à l’écriture, en rapport avec ce que j’ai raconté déjà plein de fois sur la culture qui sert à dominer, et de mon propre blocage à articuler en grand ce que je tisse depuis des années maintenant par petits bouts, comme des spasmes, ou, comme aujourd’hui, en trombes.

 

C’est par le biais d’une comparaison de l’écriture avec mon travail de gravure que j’ai compris ma propre écriture. Un jour, on m’a dit qu’on pouvait écrire sur son sujet de prédilection,  n’importe quoi au débotté, que ça aurait suffisamment de gueule pour être relayé, mais que pour soi, ça ne serait toujours qu’un texte fait à l’arrache, facile, et finalement frustrant, un brouillon, un radotage automatique. On avait ajouté : comme en gravure pour toi, tu sais ce que tu peux faire, et tu vois ce que tu as fait, et ça ne va pas. J’ai eu ce sentiment devant des gravures terminées, et c’était arrivé peu avant cette discussion, cette insatisfaction, je sais que je peux bien mieux, plus travaillé, mieux composé, gravé différemment, imprimé avec plus grand soin, je ne vois que les défauts, les manques et les améliorations possibles. Ça fonctionne pour l’extérieur mais pas pour soi.

 

Ce sentiment, devant un travail qui pour la plupart est largement suffisant, l’exigence qu’on peut avoir vis-à-vis de son propre travail, je le ressens aussi sur l’écriture et de façon systématique. Je l’ai, volontairement ou non, d’une certaine façon saboté : ces textes sont l’assemblage branque de pensées éparses, et comme pour la gravure que je sais pas terrible même si elle fait la blague, je sais les manques, et je connais le fil qui mène tout ça sans arriver à le détortiller vraiment, de texte en texte, je n’arrive toujours pas à l’organiser. P-M. Menger a écrit des tonnes de bouquins sur les métiers de la création, ses méandres, ses complexités,  et au travers de plusieurs disciplines différentes, de son regard extérieur et intéressé par ces complexités là, et avec une grande clarté. La distance est peut-être nécessaire, ce que je refuse pourtant : je veux pouvoir à la fois créer et écrire sur la création parce que je crois que la pratique apporte un autre éclairage, plus proche, moins abstrait, mais ça complique la tâche. Je suis toujours frustrée de ne pas avoir 4 bras pour pouvoir faire les deux et 2 cerveaux pour gérer les deux dans le même temps.

 Je sais qu’en gravure c’est l’impatience qui me fait manquer parfois, non pas rater mais taper à côté, je n’ai pas encore trouvé celle nécessaire pour agencer encore ce gros bordel en écriture. sans doute, aussi, qu’il me faut assumer la part d’insulte que ça constituait, pour mon milieu d’origine, d’être intellectuelle. Comme je me targuais d’être artisane et surtout pas artiste pendant longtemps, peut être bien que la part d’écriture résiste encore.

Je pensais à cette phrase de mon père alors que je me passionnais pour l’exercice cérébral de la philo au lycée,la gymnastique des neurones, lui aimait à répéter que la philosophie c’était un couteau sans manche auquel on avait retiré la lame. Et que ça n’est pas tant le mépris pour les choses de l’intellect qu’il exprimait là, mais sa propre honte prolétaire je crois. Il était d’un métier de la main qu’il m’a malgré tout transmis sans même que je m’en aperçoive, à force de trainer mes baskets dans les ateliers de l’imprimerie où il travaillait, dans l’odeur de white spirit et le tchoutchou délicieux des Heidelberg, fascinée par le massicot dangereux et jouant plus tard avec les planches de letraset dans l’odeur de la colle repositionnable, qui recouvrait la grille comme un gros piège à très grosses mouches (mes poumons ont été éduqués très tôt à ces vapeurs, je suis accro). Il a suivi toute l’évolution des métiers de l’imprimerie, l’atelier s’est réduit à un ordinateur et je ne sais pas si il aimait vraiment ça, mais c’était aussi l’ascension sociale, si petite soit-elle.

 

La honte prolétaire des choses de l’intellect, le rejet de ces choses de l’esprit, ne cadrait pas tout à fait avec son amour du dessin, c’était hors-norme, et ce n’était pas une chose qu’on faisait chez lui c’était incompréhensible, mais ça a déteint d’une certaine façon sur ma façon de considérer le texte, alors que j’en suis friande (ça alors), quelque chose bloque, quelque chose refuse aussi en moi de m’assumer comme tête pensante aussi, l’impression confuse de trahir quelque chose. Je ne trahis pourtant rien, les choses de l’intellect sont venues chez moi aussi par le biais de ma mère, chez lui le livre était un bien de consommation courante, au milieu des paquets de nouilles exactement. Cette honte de l’intellect d’un côté et la considération du livre pour ce qu’il est simplement, objet du quotidien tout aussi naturel sur une table que le pain, c’est finalement la position du prol qui veut écrire mais à qui la société refuse cet exercice s’il ne veut pas se dire pas auteur et s’il ne change de classe. Heh, pardi, nous y voilà.

 

Maintenant que j’ai dénoué cette chose, peut être que je vais arriver à écrire plus patiemment et développer, on sait jamais, les miracles peuvent survenir. et j’en ferai des fanzines ou je trouverai le moyen de ne toujours pas être autrice.

 

 

et bonne fête papa, je reluque les presses de l’imprimerie oldschool d’à côté en pensant à toi. la tête et la main ne s’opposent pas forcément. comme le soulagement ressenti à faire des choses simples pendant le confinement, déplacer des cartons et empiler des boites de conserve, libérer la tête qui a besoin, par moments, de respirer aussi.