je ne suis pas une femme

je reviens encore là-dessus, j’enfile les épiphanies depuis fin août, je n’arrive pas à tout articuler encore alors je pose, petit à petit.

d’un côté, l’anarchie. L’anarchie et ce petit truc qui change tout : tout est déjà là et il n’y a rien à attendre. Il ne s’agit pas de comprendre en théorie ce que ça veut dire, il s’agit de l’appréhender profondément, et on ne peut pas atteindre cette compréhension sans agir. Entre comprendre et embrasser à pleine conscience, un pas de côté et un univers entier qui s’ouvre soudainement, une faille dans un réel trop lourd, trop noir, trop angoissant. Dans cette brèche, il y a la joie de la lutte, de la vie et le goût de la liberté

Et quand on y goute, tout n’est plus jamais pareil et il n’y a pas de retour en arrière possible. Je me débattais avec cette idée depuis des années des décennies, depuis que j’ai choisi de ne pas avoir de patron et même sans aucun doute antérieurement à ça, mais ça ne suffisait pas, jamais, le décalage restait malgré tout et cette manie de passer tous les autres avant moi me rongeait. Dans mon esprit, je ne pouvais pas faire des choix pour moi ou tenir mes convictions sans considérer les conditions particulières de chacun, parce que je n’avais pas encore tout à fait décalé mon point de vue. De particularité en particularité, de prise en considération en empathie, je devais prendre pour moi la douleur, l’aliénation et la phagocyter pour la faire mienne pensant trouver ainsi la clé d’un langage collectif et la possibilité de lutter.

Le petit pas de côté s’est fait avec mon coming-in : si je n’avais pas la peur particulière des hommes et si je l’avais ingurgitée de force, si j’avais perdu les armes contre cette menace, il y avait un problème, profond, dans cette façon de prendre la peur pour espérer lutter. Le petit renversement s’est effectué : si je suis si mal avec tout ça, ça n’est pas du fait de la peur, non, c’est du fait que je ne puisse pas m’adresser à un homme d’égal à égal, du moins pas totalement puisque l’hétérosexualité conditionnait de fait le rapport que je pouvais avoir avec eux, et que ce soit chez moi, ou chez eux. Le doute persistant dans la relation homme-femme dans les raisons qui motivent un rapprochement ou un affrontement (pour moi c’est peu ou prou la même chose) faisait que trop rarement j’ai eu l’occasion d’avoir un rapport réellement égalitaire avec les hommes que je pouvais croiser. Et les femmes, itou. Et puis l’âge, et puis l’existence, et puis les rapprochements avec des femmes qui ont fait des choix proches des miens, et puis l’urgence, et puis l’exaspération à ne jamais voir évoluer de façon significative la plupart des mecs, tout ça combiné à ce changement dans ma façon de voir les choses avec l’anarchie, tout a contribué à exploser cette prison-là.

Une chose me retenait sans doute avant mon coming-in, que j’ai fini par dénouer grâce à l’anarchie : il ne s’agit pas de créer une alternative sur le modèle existant, il s’agit de tout un nouvel univers, où ce qu’on connait n’existe plus ou ne nous concerne plus. Il ne s’agit pas d’un arrangement, il ne s’agit pas d’une adaptation ou d’une amélioration , il s’agit de totalement autre chose. Pour moi, être lesbienne n’avait pas d’autre sens que recréer l’hétérosexualité mais avec une femme et ça ne m’intéressait pas du tout, comme pour beaucoup l’anarchie n’a pas de sens puisque nous vivons dans un monde régit et tenu par des oppressions multiples. Le jour où j’ai fini par capter que j’étais plus profondément anarchiste que je ne le pensais moi-même, où j’ai enfin vu aussi mes petites émancipations, menées non pas de façon théoriques mais concrètes et souvent sans m’en apercevoir, le jour où j’ai réalisé que ma vie était déjà une lutte et que c’est possible, tout a été renversé. La connaissance profonde de ses motivations, l’honnêteté vis à vis de soi, savoir ce qu’on veut et pourquoi, ont fini le travail. Ça, et la destruction de cette idée que pour lutter aux côtés de, il faut être comme.

Je n’ai pas besoin d’être une victime pour lutter avec des victimes, bien au contraire : être une évadée c’est de la propagande par le fait. L’anarchie ne se contente pas de briser les tôles pour soi, mais cherche à détruire les prisons pour touTEs, et quelle meilleure motivation que de voir des évadéEs et leur joie à l’être, je n’en connais pas et c’est ce qui a tout changé pour moi. L’obsession de la place de victime a fini par évacuer totalement l’idée d’autre chose, non pas un peu pareil ou un arrangement, mais radicalement autre, et cet autre est à inventer chaque jour.

Parler de la difficulté de mener une grève et les sacrifices qu’elle réclame ne donne pas envie de grève. En revanche constater, soi, que la grève crée autre chose, qu’elle est un moment de suspension dans la lourdeur du quotidien, qu’elle est aussi comme la neige à modifier les comportements, ça, c’est enthousiasmant, ça, ça donne envie.

Le jour où j’ai fini par faire rejoindre l’anarchie et ce que je faisais au jour le jour a simplement éclairé différemment mon rapport au féminisme. Je m’étais évertuée à chercher au fond la douleur, voire à créer des peurs, pour fabriquer artificiellement une appartenance à une communauté. Mais je n’avais pas vu, ou plutôt pas regardé en face, que je n’étais déjà plus une femme. Ne pas être une femme était pour moi misogyne, le petit pas de côté m’a fait réaliser que c’était tout au contraire vraiment formidable. J’étais en effet sortie de la classe des femmes, et ce depuis un moment. J’étais sortie du rôle assigné, je savais ce que je voulais et ce que je ne voulais pas, et j’étais une lesbienne politique bien avant de lire la moindre ligne de Wittig. Je ne suis pas une femme, et c’est bougrement chouette.

Sortir de l’hétérosexualité est un tel bouleversement, une révolution, je ne pensais pas à ce point, c’est sidérant, incroyable, et ça va bien au delà d’une bête histoire de couple puisque concrètement je suis toujours célibataire et ma vie n’a pas changé fondamentalement.
Ça n’est pas du tout ce que j’imaginais, coincée dans le schéma préexistant de l’hétérosexualité. Je cherchais des relations autres, véritables, qui ne soient pas délimitées arbitrairement. Ou tu es la femme de, ou tu es l’amie, ou du es, etc. pour moi les séparations n’étaient pas si simple et tout s’entremêlait, et pas seulement pour moi ou mes relations personnelles mais pour la lutte aussi, et j’ai trouvé là ma réponse.
Sortir de l’hétérosexualité a totalement explosé mon rapport aux gens et au monde, c’est une vraie révolution et je n’utilise pas ce terme à la légère. Depuis ce coming-in, j’ai l’impression d’avoir de nouvelles chaussures et de chercher toutes les occasions de marcher : je veux réexplorer toutes les relations que j’ai eues, revoir les gens que j’ai connus avant, voir ce qui est sort maintenant, voir qui ielles sont réellement, mon envie dévorante de tout voir avec mes nouveaux yeux, tout vivre avec ce moi tout neuf, mener des luttes surtout avec cette force-là que je découvre.

Détruire cette prison là est, et de très loin, la plus grande lutte que j’ai jamais menée, et je suis émerveillée de ce que ça entraine dans son sillage. Ce texte de coming-in que j’avais fait portait cette joie, mais je n’avais pas encore réalisé à quel point les changements sont profonds quand on se libère d’une telle chose. Chaque jour qui passe depuis est rempli d’épiphanies sidérantes. Je suis enfin moi, je me suis enfin trouvée, les angoisses ont quasiment disparu, reste -et encore plus vive qu’avant- la volonté de détruire les tôles pour tout le monde. Parce que je sais, maintenant, ce sentiment grisant de l’évasion.

tu devrais ouvrir un blog

Le rapport au support quand on écrit ou qu’on dessine est quand même vachement intéressant.
y’a des gens qui après avoir lu une prose qui leur à plu, disent  à l’auteurice: “tu devrais écrire”. C’est drôle, c’est comme si, rotant d’aise après l’ultime café-calva chez unE amiE, et, dans la fumée de la cigarette qui l’accompagne si divinement quand on est repuE, tu lui disais : “c’est délicieux, tu devrais faire un repas”.

C’est épatant, troublant et surtout foutrement parlant sur comment on considère la création quand même, je regarde cette manie fleurir partout, je l’entends moi même aussi, il ne faut apparemment pas se poser la question des moyens de production et de diffusion comme si ils n’appartenaient pas au monde politique dont on cause justement dans ces textes et créations. Et c’est toute l’ambiguïté de ces boulots là, c’est toute la force et l’aporie entremêlées de la culture telle qu’on la définit ici et maintenant, dans cette société-là, et du rôle qu’elle joue.

Le mode de diffusion  lui-même est un choix, éclairé ou par défaut mais il reste un choix. Faire un fanzine ou être édité n’a pas le même sens, diffuser sur les réseaux plutôt qu’en livre aussi, enfin je vous refais pas le topo sur le DIY et les moyens de production en adéquation avec le propos, vous voyez ce que je veux dire depuis le temps qu’on rabâche.

Mais cette phrase “tu devrais dessiner / être publiéE” dit une chose, surtout : tu ne seras pas reconnuE en tant qu’artiste ou intellectuelle tant qu’on aura pas un livre à la BNF,  ISBN compris, pour le prouver. Cette phrase dit en creux tout le mépris qu’on a pour qui ne publie pas par les moyens traditionnels tout en voulant complimenter. Et dit aussi que le propos d’un livre ne peut pas être que politique. On est bien d’accord, mais pourquoi vouloir inverser à ce point la part du politique et la part du reste ? J’y lis, mal à l’aise, une volonté de vider le politique du propos, l’adoucir et arrondir ses angles.
Bien sûr qu’il y a l’objet et la pérennité, mais je crois pas qu’il soit question de ça dans ces petites phrases (moi aussi parfois, je fais un tweet dont je suis plus fière que beaucoup d’autres choses, alors moi aussi j’archive, en recopiant dans mes carnets, mais parce que je veux que mes vannes soient gravées dans le marbre parce que tout de même je suis un génie incompris de l’humour mais revenons à nos moutons)

Mais la publication c’est autre chose, et par publication on entend aussi “avec l’aval d’un éditeur” ou d’un rédac chef, parce que rares sont les gens à dire “pourquoi tu fais pas un fanzine ou un journal en autogestion ?”.
On attend aussi une confirmation de ses propres goûts, dans cette petite phrase, on attend la flatterie de pouvoir dire un jour “je l’avais dit, je connaissais avant que ce soit mainstream”, on peut se flatter d’avoir eu du nez et d’avoir le bon goût bien placé, ça fait chic. L’ego, dans les arts, n’est pas que chez les créateurs, mais chez les gens à recevoir aussi tout ça et tout s’autoalimente. Ça n’est pas fondamentalement grave, ce fait là, mais il faut l’admettre à un moment. Faut admettre, de toutes façons en tout et pour tout la part égotiste sauf à devenir unE sombre crétinE qui pense qu’on vit en  dehors de soi. Y’en a qui ont essayé et ça a fini en livres mystiques avec des incarnations en algues ou je sais pas quoi bref.

(Tant qu’on aura pas flingué cette société hiérarchisée la figure du créateur / artiste perdurera c’est comme ça c’est ainsi, la place de l’ego dans une société tout autre ne serait sans doute pas la même et tiens ça serait marrant de réfléchir à ça mais je m’égare du nord (je varie)).

Mais à partir du moment où on devient mainstream, on risque de perdre une bonne partie de ce qui plaisait tant quand “ça n’était pas des livres” quand ça n’était “que des machins sur internet”. Rares sont les auteurs et autrices à conserver aussi leur verve, leurs idées, complètement. Je ne connait hélas pas beaucoup de contre-exemple. Ho je connais des auteurs sympas ça n’a trop rien à voir mais même les plus révolutionnaires se sont émoussés (je ne m’exclue pas du tout de mon propos, notez bien), et le petit milieu culturel étant ce qu’il est, on se brosse les egos tranquillement et on finit par ne plus douter de nos talents et de ce qu’on dit avec, on finit par croire que la littérature sauvera le monde, on finit par réellement penser que les mots et les dessins sont des armes sans voir que les couteaux ont perdu des dents en route.

Et puis y’a aussi le fait que même le propos le plus subversif du monde sera phagocyté dès lors qu’il sera publié. C’est comme ça, on fait avec ou on fait pas, et ça n’empêche pas du tout que ces livres soient formidables ou même changent des vies pour certains, juste il faut pas non plus trop se leurrer sur la portée d’un propos, si révolutionnaire soit-il, dès lors que Gallimard le défend. Par exemple. Parce que le succès et le milieu font aussi une chose : ils créent une connivence avec des gens pour lesquels nous n’aurions eu que du mépris sans la publication, et c’est la chose la plus détestable qui soit quand on parle de littérature / dessin et d’idées politiques ou simplement d’autodéfense en termes de conditions de travail. C’est très simplement vérifiable, tu ne vas pas taper sur qui te brosse le poil, tu ne vas pas risquer de perdre de précieux soutiens bien placés ou la possibilité de travail. On prétend souvent que non parce que ça la foutrait mal, dis, t’imagines, admettre qu’on se tait parce que faut bien bouffer alors même que tes livres chantent la révolution.

On finit, aussi, à penser que la publication est la seule voie possible tout en prétendant être encore proche du “peuple” (hurk). On prétendra mille chose mais sans jamais regarder les milieux dans lesquels on évolue, parce que bon pourquoi faire après tout, on fait des livres c’est bien la preuve qu’on est du bon côté non ? (oui là ça part sur un autre sujet mais totalement en rapport)
Je suis pas en train de dire qu’on devient mauvais en publiant ou avec le succès, je dis qu’on oublie quelques trucs en changeant de milieu et de statut, c’est comme ça et on y peut rien. Faut juste le savoir, en être conscientEs, et trouver des moyens autres, des interstices, et si on souhaite garder ce qu’il y a de plus précieux à nos yeux, ça oblige à faire un choix qui comme tout choix ne sera pas toujours compris. Il est possible de faire plusieurs choses à la fois ou de choisir la voie difficile, j’en connais, et qui n’auront pas autant ni de lauriers ni même d’audience que d’autres. et à mes yeux c’est là qu’il se passe les choses les plus intéressantes quand on parle de culture populaire, au sens où c’est une culture faite par et pour les prolos avec des moyens de prolos.
C’est je crois ce qui perturbe dans cette volonté de rester dans ces façons d’écrire, dans les interstices : c’est un refus affirmé, catégorique, de la figure du sachant, de l’expert, de l’artiste. C’est une forme revendiquée et un peu nouvelle de l’anonymat, aussi, dans le sens où on choisit de ne pas devenir quelqu’un.
ou plutôt : où on choisit de rester quelqu’un, et de ne pas devenir un symbole, une image, un livre qu’on offre parce qu’on ose pas dire le fond de notre pensée quand elle est révolutionnaire.

bon je pensais avoir déjà écrit là dessus, mais pas exactement enfin ça recoupe les trucs sur le DIY l’autoédition et l’embourgeoisement, bref.

C’est un regret me concernant que le réseau occupe une telle place mais pour des raisons de données, anticapitalistes, ce genre de choses chiantes à gérer quand on participe aussi à tout ça. Mais je chéris ces endroits pour y avoir croisé les meilleures personnes que je n’aurais pas connues autrement et que je n’aurais pas tellement pu croiser je pense. C’est ça aussi “la vraie vie” dont on nous rebat les oreilles quand on veut l’opposer aux réseaux (perso je fais pas de différence) sans voir l’évidence sous nos yeux souvent : les réseaux virtuels construisent aussi nos discours, et nous y recréons les milieux que nous souhaitons intégrer ou que nous intégrons déjà. Il n’existe pas de magique séparation entre ces réseaux et nos vies. Et ça, ça n’est pas tellement le livre qui le permettait, ce dépassement de la séparation artiste-homme, enfin, pour de vrai. Les réseaux ont cet avantage de briser un peu les distances qui pouvaient exister (en entrainant d’autres problèmes, certes, mais problèmes passionnants si on y réfléchit sérieusement). Et mon petit diable intérieur me fait ajouter : c’est bien ce qui effraie les gens, qu’on ne puisse plus opérer de séparation artiste-homme. C’est ce qui effraie autant les lecteurs que les artistes d’ailleurs.

Même les plus critiques des réseaux s’y trouvent, d’une façon ou d’une autre, parce que le constat, c’est ça : tu ne peux pas lutter seulE contre ce phénomène là,  aussi, ça ne peut être que collectif alors même que les réseaux ne font que renforcer l’individualisme (au sens libéral)

BREF c’est encore bien long et c’est encore bien le foutoir eh bien ce n’est pas grave puisque c’est ma langue et que j’ai jamais réussi à faire autrement.

 
 

les pieds dans la merde

Avant de partir au festival international de la BD sécuritaire, je postais ce statut sur mon facebook perso :

des anarchistes républicains, des patrons anarchistes, bientôt des poules avec des dents et mon cul sur la commode.

Et bien les poules dentées sont là, et mon cul est bel et bien sur la commode : me voilà bombardée chevalier des arts et des lettres.

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Alors que je sirote peinarde ma bière au stand de 6 Pieds Sous Terre pendant ma grève de la dédicace, je reçois un texto d’un ami qui m’apprend la nouvelle… J’ai cru à une blague, penses-tu, ben non.
Ha ça, pour une surprise !
Je n’ai eu aucune annonce officielle de la chose, tiens prends donc ça et démerde toi. C’est pas la politesse qui les étouffe, dans les hautes sphères.
Quel que soit l’angle par lequel j’attaque ce truc, ça fleure comme mes chaussettes après 4 jours de festival.
Le ministère, et plus largement le gouvernement, doit être bourré, je ne vois pas d’autre explication.

Toujours est-il que me voilà obligée de répondre, comme une andouille.

Quand je lis sur l’annonce que les auteurs et autrices ainsi promus “incarnent une bande dessinée engagée, en prise avec le quotidien, exprimant les inquiétudes et les enthousiasmes de leurs auteurs et de leur époque ” j’ai envie de demander :
Quel cynisme faut-il pour prétendre honorer l’engagement sans sourciller quand on est dans un gouvernement (et celui-ci comme n’importe quel autre) ?

Après l’armée qui chante le Temps Ces Cerises, la Commune commémorée en rebaptisant une station de métro, demain on nous annoncera qu’on va donner la légion d’honneur aux Goodyear, décorer les manifestants qui se mangent des coups de tonfa, foutre Louise Michel au panthéon, proposer l’intégration de Jean-Bernard Pouy à l’académie française, ériger une statue à l’effigie de Libertad devant l’assemblée nationale, le dessus deviendra le dessous, le chaud sera le froid, le noir deviendra bleu blanc rouge, et on chantera le Père Duchesne au 14 juillet. Sacrée rigolade.

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Le ministère doit se dire que les artistes doivent être assez cons et obnubilés par leur petit ego de merde que leur refiler un titre ça doit les flatter ? Je sais pas. Je m’imagine bien aller débourser 120 boules (une paille !) pour un pins moche et frimer dans les caves moites pendant les concerts crust, tiens.

Toujours est-il que mes amiEs ont ri tellement fort jusque dans mon téléphone que, passée ma colère, j’ai fini par les rejoindre dans leur hilarité. J’ai été touchée par ce rire, partager leur hilarité avec moi était la meilleure façon de me dire qu’ils n’avaient aucun doute sur ma réaction.
Mon engagement est celui des prolos. Et ma culture est aussi celle des prolos, loin des salons feutrés, des cocktails à la con et des titres honorifiques, de l’état et de ses singeries. On continuera à rigoler comme des godasses (© Bouzard) entre nous, et on trinquera à notre culture, celle qu’on bâtit, qu’on porte et qu’on défend malgré le ministère et des conditions de survie qui sont les nôtres.

J’ai trop de respect pour l’engagement, trop d’amour pour la culture qui me tient debout, et j’ai trop les pieds dans la merde pour être éblouie par du fer-blanc.

Chevalier mon cul, que crève l’état et son ministère.

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