la môrt

-non mais la Mort !
-hé ouai la mort
-et alors non mais eh la Mort !!
-ben alors la mort, voilà, qu’est ce que tu veux que je te dise, la mort certes, salu cémoi sava ?

Le type est allongé sur un lit tout frais et bien fait, 93 ans, tout strié et coulant et il regarde la Mort,  nonchalante. Relax, elle a un ptit déhanché décontracté et tire sur un gros spliff. La fumée sort par tous les trous. Ça énerve le type.

-c’est quoi ce merdier tu fais pas peur, t’es censée avoir une voix grave ou pire pas de voix, on est censés regarder l’abîme de la capuche là, le vertige et tout le toutim, en stressant sa race et en suant toute son eau !

Mais non la mort elle est là, peinarde, elle s’est même installée dans un fauteuil en soupirant et elle attend la fin du monologue, elle a l’habitude :  elle a ramené ses mots fléchés. Des niveaux 4, le mec était bien indiqué comme bien coriace par les grattes papiers de l’au delà. Ils font chier eux aussi, merde, on peut pas juste faucher tout le monde pareil là plutôt que regarder dans le détail les états d’âme des mourants. La flemme fait devenir la mort communiste : pas le temps pour les conneries, hophophop de l’efficacité. Mais bon c’est la mort, elle sait comment elle est, impatiente,  alors elle se modère et prend sur elle et elle fume. Ya un moment le gars va finir par réaliser, elle sait que ça vaut le coup de subir ses conneries. Ptêtre même il va se mettre à découvrir ses mains, à baigner dans la fumée comme ça.

-j’ai pas souffert toute ma vie pour ça, j’ai trimé, je me suis privé, j’ai sermonné, j’ai tout bien suivi le mode d’emploi, j’ai dit la vie c’était pas de la rigolade à mes enfants, je les ai engueulés quand ils se marraient je les ai enfermés quand ils courraient pour ça, la mort en grosse feignasse de fumeuse ?!! quelle arnaque
-cause à mon cul ma tête est malade. Elle tire sur son joint, une boulette tombe sur sa robe, un trou de plus, la dentelle s’affine à chaque ultime visite.

le mec s’énerve, il va finir par obtenir un sursit tant ça gonfle la mort qui a bien envie de se casser. Ça la gonfle, mais ça l’amuse, quand même, ça fait des milliers et des milliers d’années mais les humains ont toujours pas capté. C’est attendrissant. Ils refusent.
-ces mains, CES MAINS, usées, crevassées, rigides, douloureuses. et regarde moi toutes ces microcoupures de tracts CGT qui ont servi à rien, je pouvais plus aller à la piscine sans risquer la gangrène des doigts, et toi t’es là, là, à te foutre de ma gueule avec ton spliff, je suis écœuré

La mort baille. Elle a beau être la mort, elle aussi a droit à ses coups de barre. elle tend le joint au mec, qui le prend, plus par dépit qu’autre chose, et aussi par curiosité : il allait voir si ce qu’il répétait en boucle à ses mômes, tu commences avec ça et paf paf paf en 2/2 t’en es à l’héroïne et t’es prostituéE dans un hangar sordide avant d’avoir pu dire ouf.

Il en a marre, le mec. La mort c’est pas ce qu’il pensait et c’est pas tant elle qui l’énerve que le ramassis de conneries qu’on a pu lui rabâcher durant son existence et qu’il a répétées en pensant que c’était de la sagesse.

“Sagesse mon cul” furent ces dernières paroles, la mort rattrapa le mégot juste avant qu’il ne troue le pyjama immaculé, quand même ça aurait fait mauvais genre. Allez hop, un de plus qui est mort moins con, la mort est repartie en trainassant des métatarses, Bongzilla au niveau des sphénoïdes.

la bicrave de Pigalle

putaiiin mais ce flow, ces mots, ces punchlines. Sur le cul j’ai écouté la bicrave de Pigalle raconter comment les condés lui ont barboté sa weed. J’ai pas pris plus grande leçon depuis qu’un copain tout juste rencontré y’a deux ans me disait nonchalamment “ah oui tu dessines, tu fais des trucs pour accrocher aux murs des salons” avec l’air de trouver ça aussi intéressant que le résultat du tiercé. Ce genre de truc qui me réjouit complètement, qu’on se foute éperdument de ce que je fais, et qui à coup sûr éveille mon intérêt et ma sympathie. J’ai très peu d’amiEs auteurs et pour cause, ils savent pas parler d’autre chose et sont aussi intéressants que des courgettes molles abandonnées dans le bac à légumes à se pignoler sur les trucs les plus chiants du monde. Avec celleux que j’ai, je parle peu de dessin ou d’art avec elleux, on cause du rapport que ça peut avoir avec le reste, au max, mais on préfère boire des coups en bavardant, quoi qu’il arrive et rien foutre reste le plus important. Les contrats, les salons, les prix et tout le foutoir, on s’en branle.

La modestie tu l’apprends pas dans les hautes sphères. Tu te prends pour unE polète ou unE artiste et BAM la rue te lamine sans que tu t’y attendes et te fait bouffer tes dents à t’exposer sa pensée son vocabulaire et sa verve, putain, ce que le langage peut être moitié mort voire complètement dès que tu grimpes un peu. Déjà parce que y’a pas remise en question des arts eux mêmes, tout le monde est bien sûr de faire un truc essentiel et important, et l’idée de se montrer enthousiaste quand un artiste arrête n’effleure personne : c’est un échec.

Me suis souvenue y’a peu alors que je remontais encore le fil à tâcher de me souvenir quand ma vie a tourné en jus de boudin à devenir chiante, une fois que j’allais à la CAF avec mon chéri de l’époque pour un problème de RMI, des gamins dans la cours du bâtiment m’avaient interpellée “HE BARTHEZ !” parce que j’avais le crâne rasé déjà et des chaussettes de foot, à qui j’avais répondu sur le même mode. j’ai pas changé, par contre ce que je suis s’est modifié par mon environnement, ça a pris une teinte artificielle, pas de mon fait mais à force de baigner chez des gens à me considérer comme une chose bizarre au mieux. Me suis souvenue d’auteurs qui explosaient de rire alors que je pensais dire un truc normal et de façon normale y’a des lustres de ça. Hier je me suis retrouvée comme eux face à cette meuf, et la douche est glacée : merde j’ai perdu un gros bout de moi à cause de cette saloperie de turbin merde ça me fait trop chier, je veux pas, c’est tellement plus chouette, plus vivant et plus direct, c’est tellement plus drôle et surtout moins prétentieux la vache. La fierté à être soi et ce qui s’en dégage n’a pas grand chose à voir avec la prétention d’avoir le vocabulaire qu’il faut, la putain de liberté.

Paris, et Paris en temps de crise sanitaire séparant encore plus les vies me jette dans le milieu que j’ai failli quitter, à ma grande joie. La banlieue ici c’est comme la bouserie. Paris ne connait pas de classe intermédiaire, aussi tu sais vite où tu te situes ou t’as vite à faire un choix et pas à moitié. J’ai à faire au lumpen bien plus souvent qu’aux travailleurs et quand je croise des travailleurs touTEs me disent leur féroce désir d’arrêter, contrairement aux classes sup qui n’émettent pas cette idée, et quoi de plus logique finalement que Paris soit prétendument une ville culturelle, à pousser les gens qui gribouillent à adopter de gré ou de force la tenue d’apparat, la morgue et le ridicule. Quoi de plus logique quand on pousse à cette réussite et qu’on hurle quand on parle de se foutre aux minimas pour arrêter les conneries avant de devenir complètement tabaïau, quoi de plus normal que des gens à croire à cette réussite prennent comme un affront qu’on puisse s’en taper comme de ses premières couches culottes et préférer rien foutre sur des bancs publics. C’est clair que c’est insultant, et je compte pas nier ça : faut vraiment être une vieille croûte pour penser que pérorer sur la culture serait l’alpha et l’oméga de la vie. Quoi de plus logique que tout ça me débecte encore plus ici quand je pouvais encore m’en accommoder ailleurs et encore en contact avec d’autres dans les entre-deux.

La bicrave de pigalle est une meuf qui pourrait bien te foutre la honte de ta vie au détour d’une discussion de banc avec ton pote qui lui aussi se retrouve baba devant une telle classe et peine à suivre le rythme des punchlines. Les meufs, les gars, vous avez aucune idée de ce qu’elles portent quand elles ont décidé de s’en branler.

saucisse fumée

J’étais là, à une terrasse pas du tout de mon style, à enchainer des pastagas pour simplement supporter le bruit et la foule. Mais bon j’étais de bonne humeur, quasi sociable même dis donc, alors pourquoi pas, ça pourrait bien donner des discussions intéressantes. Donc j’étais attablée avec deux mecs, un avec qui je sentais que ça pouvait être cool et l’autre c’était Francis Huster.

Vieux beau sûr de ses rides riantes aux coins des yeux et de ses veuchs poivre et sel (mais ma mémoire a pu inventer le sel) légèrement ondulant comme une taule hésitante, il se penchait vers moi pour me susurrer avec son regard soit-disant de braise que non il existait pas de domination des hommes sur les femmes et la preuve un jour j”ai fait un cunni à une meuf qui avait un verre dans une main et un spliff  de l’autre.

Secouée par la révélation fracassante, je me jette sur une bonne gorgée de pastaga, remède de bonne fame contre les maux de bide et autres nausées. Je me suis demandée quel rapport ce cunni pouvait bien avoir avec ce que je disais de l’hétérosexualité aussi souple qu’un cul de lampe et de la frontière entre amour et amitié beaucoup plus floue chez les tordues queer et avant ça anar. Il insistait : je dominais pas cette meuf. On me répondait jambon blanc herta alors que je pensais saucisses fumées AOP, ou bien patate agata de franprix quand on cause ratte du touquet si t’es végé. Comment tu veux parler gastronomie à un gars qui ne jure que par des choux de bruxelles en boite. Aussi séduite que devant ladite boite esseulée un lendemain de décret de confinement lourd au franprix local, j’ai soupiré d’exaspération. Mais Francis enchainait à répéter son histoire qu’il trouvait vraiment décidément très significative à son pote à côté de moi, tu sais une fois j’ai fait un cunni à une meuf qui avait un verre das une main et un spliff dans l’autre HAHA trop bien.

Re-pastaga.

Son pote est agacé ou bien c’est moi qui ai voulu l’entendre comme ça, au désespoir d’une absence d’écho à ma pensée profonde et ambitieuse, le vide intersidéral que rencontrent les génies incompris quel vertige, c’est bien possible. N’empêche que son pote il m’écoutait un peu plus attentivement et il a lâché, timidement, que ouai des fois il avait éprouvé plus que de l’amitié pour des copains à lui. HA ! s’agit de pas laisser échapper cette anguille et pas foirer son coup en étant trop brusque ! Je me suis tournée vers lui et j’ai juste dis : bah ouai, tu vois bien,avec toute la classe désinvolte qui me caractérise, le flegme tranquille tel un Mitterand queer. Simple et funky, tout est normal et pas de quoi chier une pendule. Francis aime pas trop ce qu’on raconte, ça l’énerve, alors il en rajoute en hétérosexualité des fois qu’on aurait pas bien compris : si si on peut être hétéro et pas avoir de conception de l’amitié comme ça, et l’amitié homme-femme existe dans l’hétérosexualité. J’en parlerai à mon cheval j’ai pensé. J’ai fini mon pastaga, j’en avais légèrement marre, j’ai fait la queue pour payer et puis je me suis dit que j’étais bien con à attendre comme ça pour payer des verres trop chers dans un rade que j’aime pas, alors je me suis cassée sans plus attendre. Ils m’ont demandé si j’avais payé, j’ai dit non. Ils ont rigolé et Francis a dit qu’un jour il avait fait un resto-baskets ah oui super,  je parie qu’un jour t’as déclaré tes revenus en retard, Ravachol.

-tu vas par là ? m’indiquant leur route à eux
-ha non non je vais dans l’autre sens
-mais la station est plus loin, par là c’est plus près

Certes, Francis, mais j’ai une furieuse envie de marcher là, et j’ai bien envie de croiser des copains à la dèche qui vont pas me raconter leurs histoires de cul perraves pour se marrer un peu. L’ouvrier retraité du rade du 19è m’a dit son dégoût des vannes de cul de ses collègues, t’as du chemin avant d’être un peu plus intéressant qu’une endive, mon bon Francis. Voilà j’avais failli oublier pourquoi j’aime pas ces endroits, bonne piqûre de rappel.

je suis la drogue

je veux pas prendre de la drogue
je veux ÊTRE la drogue

je veux que mes dessins ça soit moi, et que je sois mes dessins, et qu’on arrive plus à distinguer

je veux défoncer les sens, je veux faire se dérober le sol, je veux troubler le regard, je veux le faire partir en couilles, qu’on se mette à regarder sa main comme si on l’avait jamais vue, qu’on se mette à trouver tout trop marrant, que l’étrangeté de tout saute aux yeux, que tout prenne une logique tout autre ou perde sa logique même, je veux donner l’impression d’une autre dimension

je veux qu’on se dise : merde j’ai des papiers à remplir, fuck it, je regarde les dessins de tanx

je veux être illégale, interdite, dangereuse, addictive

je veux que quand on me voit arriver on se demande à quoi on a à faire et puis qu’on laisse aussitôt tomber pour se laisser aller

je veux qu’on se dise tiens je me ferais bien un shoot de tanx

je veux qu’on perde la notion du temps et de l’espace à mon contact

je veux qu’on soit des machins mous qui se mélangent, je veux qu’on se désincorpore, je veux être la cire dans une lampe à plasma

je veux qu’on se sente léger, à l’ouest, détendu et sans plus rien à foutre de rien, qu’on soit des pâquerettes au milieu des pâquerettes

je veux qu’on se demande ce qui nous arrive, ce que c’est que ce sens qu’on avait pas, qu’on comprenne plus du tout ce qu’on a autour

je veux qu’on répète mon nom jusqu’à ce qu’il se noie dans le dictionnaire comme frite, appartement, chat, médicament, turbulence, jardin ou bien Amérique du sud

je veux être une carte inventée, un langage qui sert à rien, un code secret, une connivence

je veux qu’on traite en parias ceux qui me consomment et qu’on parle de punks à chiens tanxisés

je veux que des gens disent “je suis complètement tanxisé houlaaaa”

je veux que des parents interdisent mes dessins à leurs gosses et que ceux ci les matent en douce en ricanant

je veux circuler sous le manteau et qu’on me chuchote, je veux des gens qui me dealent pour pas travailler

je veux être l’hypocrisie de la société, son échappatoire, sa misère, son trafic, son réseau souterrain, ses mecs chelous à zoner

je veux être de la beuh

je veux être de la MDMA

je veux être du LSD

bon ceci dit j’ai des cartons à faire, et ils sont lourds comme la réalité.

fort boyard

La vie est une succession d’épreuves chronométrées, le temps ponctué par les énigmes du Père Fourras à l’adolescence, à tes 30, à tes 40, toujours ce faux vieux le veuch dans le vent à te poser des questions à la con. La vie la mort le grand vertige quand tu dois te jeter sur la tyrolienne sans aucune idée de comment tu vas atterrir. Courir comme un con après une pauvre récompense qui tombe en cascade et s’enorgueillir de gagner. Et l’autre andouille à distribuer les médailles ou dire qu’on a été nul, là, il croit quoi.

Mais quand tu hurles LA CLEPSYDRE LA CLEPSYDRE ! SORS DE LÀ ! devant une cellule où est enfermé ton copain avec des serpents, t’as tout compris : le temps est trop court pour rester enfermé et les gens qui se tombent dans les bras soulagés quand la porte est franchie hin, quand même. Stu veux je te déroule mon allégorie de l’anarchie avec les chiffres et les lettres, demain.