pas de garçon ?

je rentrais chez ouam, la joie au cœur et Morphine dans les oreilles pourtant, le dimanche mouillasson se languissait sur  mon ciré trop grand de Sylvaine de retour de l’ile de ré. Ha qu’il fait bon, me disais-je en suant des rigoles sous les nichons. J’ai croisé un vieux type promenant son chien moche et marrant, et le type s’est retourné si ostensiblement pour me fixer que j’ai fait demi-tour et coupé la voix envoûtante et cette basse si terriblement prenante aux tripes qui me faisait tant bon bref, j’ai coupé le son, et retirant mon casque en libérant des fontaines de sueurs coulant de mes lobes, j’ai adressé un signe de tête en souriant quand même des fois que ça serait pas méchant on sait jamais au vieux, qui me fixait toujours comme un merlan. Ledit vieux laissa tomber la question comme un poil de cul sur une soupe tiédasse :

-pas de garçon ?
-hin ? je me rapproche, sûre de pas avoir bien entendu
-pas de garçon ?

chais pas vous mais moi je suis du genre à tellement aimer péter dans la soie que j’estime être en droit d’avoir des questions avec sujet verbe complément voire même tout ça dans le bon ordre comme un tiercé gagnant, carrément.

-??? quoi ça veut dire quoi ?
-pas de garçon pour vous accompagner, vous êtes toute seule ?
-bah heu ouai heu
-mais vous êtes jeune

sapristi, j’ai fichtre bien réussi la mise en pli ce matin ou quoi.

-bah c’est à dire que non pas tellement, mais même si je l’étais je vois pas trop ce que ça pourrait faire
-ha mais je rigole, je rigole !
-ha ha. Moui bien sûr.
-bonne soirée
-c’est ça ouai bonne soirée

Il est pas 21h, j’ai mon crâne fraichement rasé de la veille, mon futal si usé qu’il sait même plus qu’il est un futal, mon tish pref avec le lapin ailé chevauché d’un magicien guitariste sous LSD que je traine depuis 12 ans, ce ciré trop grand patché, mes godasses si énormes que j’ai l’impression de marcher sur des aéroglisseurs, bref, dans le 17è proche ça doit pas trop ressembler à ça, les écolières perdues sans leur papounet ou bien j’ai raté un sacré chapitre de la mode mais après tout, qui ça étonnerait.

 

les yeux

Le métro qui me reconduit dans mon coin par flemme de la marche, pas le besoin de me vider la tête aujourd’hui et c’est bon signe, marque l’arrêt et ouvre ses portes, dehors un mec qui en ressort croise mon regard, ses yeux sont clairs et francs, et ses yeux se fixent sur les miens, et je les vois sourire. Le genre de sourire des yeux qui donne envie de sauter de la rame et d’aller discuter, mais trop tard : les portes se referment, he merde. Je le vois marcher sur le quai, et il tourne la tête alors que le métro repart et cherche des yeux les miens pour m’adresser à nouveau son sourire, alors que je cherchais aussi à recroiser le regard. Bon ben c’est raté pour aujourd’hui, mais on va bien  se recroiser je fais que ça, recroiser des gens dans une ville prétendument trop grande où on se sent soit disant trop seuls parce qu’on ne veut pas considérer les choses autrement que dans des cercles préselectionnés. T’inquiètes, on va se revoir et piger un peu ce que ces sourires des yeux traduisent et m’est avis que c’est du très intéressant.

banane

ce que j’aime à Paris c’est que je peux trouver des bananes pas chères à tous les coins de rue, ça compense pas les loyers hors de prix mais c’est toujours ça de gagné, comme ça la question “sortir ou manger” est vite réglée. Une chose est sûre c’est que je serai jamais en carence de potassium.

mes chats

Quand Bubu avait un an, il y a 17 ans, eh oui c’est un vieux pépère à sa moman, on a décidé avec mon mec de l’époque de lui offrir un compagnon. On est allés à l’école du chat libre pour voir quel poilu on pourrait adopter et en fait d’adopter on s’est fait adopter, nous, par un petit chat tout frêle et gracieux, qui s’est avancé vers nous et a miaulé minusculement à nous faire brailler d’attendrissement. On a pouvait pas lutter contre ça, on a embarqué ce petit truc et on l’a appelé Megadeth.

Megadeth était un chat petit, fin, craintif et qui courait se planquer dès que y’avait du monde à la maison. Il s’est entendu avec le gros Bubu après quelques semaines à se fritter, ils étaient inséparables et dormaient ensemble touit le temps, lovés l’un contre l’autre. Megadeth était aussi très câlin et savait se montrer d’une intelligence dingue dès qu’il s’agissait de chourrer de la bouffe : il savait ouvrir les placards, il savait aller chercher tout, aussi bien qu’on a du foutre des protections enfants sur le frigo. Il était vraiment petit et élancé, on le prenait pour une petite chatte et même en vieillissant il restait si chétif qu’on le prenait pour un très jeune chat.

On s’est séparés avec mon mec qui m’a laissé les poilus, et moi j’ai continué ma vie avec eux. On a emménagé avec un autre mec quelques années plus tard dans un appart, moi avec mes deux chats et lui les deux siens. Heureusement que c’était grand, et il y avait un accès aux toits derrière. Ses deux chats avaient l’habitude de l’extérieur, mais les deux miens non. On a tenté. J’ai été repêcher Bubu 12000 fois dans la cour de voisins, dans une cave, et je le regardais incapable de sauter un mur lever la tête vers moi à pleurer de façon déchirante son handicap en escaladant avec ses griffes le mur. Ce gros Bubu n’aimait pas trop l’extérieur et s’y trouvait vite emmerdé. Les deux chats de mon ex galopaient partout et revenaient sans souci, sauf que l’un d’eux allait pisser systématiquement sur le paillasson d’un voisin, Megadeth lui était toujours parti à droite à gauche et ramenait du chocolat chourré chez un voisin à notre grand étonnement hilare.

Celui  qui allait pisser sur le paillasson des voisins a fini par poser problème, on savait plus comment empêcher ça et le voisin commençait à monter le ton dangereusement. En plus, qui a des chats sait bien que tu passes ta vie à faire le portier quand ils ont accès à l’extérieur et que tu peux pas poser de chatière. On s’est donc résolus, à contrecoeur, de renfermer les matous.

Bubu et les deux chats de mon mec ont bien accepté, et ils ne posaient pas de souci. en revanche, Megadeth qui était pourtant si câlin et collant auparavant, n’a pas supporté du tout et est devenu extrêmement agressif avec la minette de mon ex, alors qu’il se montrait plutôt craintif et assez facilement victime de la même chatte, dans un inversement de comportement incompréhensible à nos yeux. La minette était coincée dans une pièce, effrayée et traquée par ce petit chat devenu une terreur, au point de ne plus vouloir s’alimenter et pouvoir rejoindre la litière pour y faire ses besoins, qu’elle faisait là où elle pouvait. La situation devenait impossible, aussi je me suis résolue à contrecoeur de me séparer de Megadeth.

J’aimais énormément ce chat, mais il était malheureux dans cette vie. Alors mes parents ont accepté de l’accueillir chez eux, dans la nature, avec un grand jardin. Le temps d’adaptation a été long et pour beaucoup du au fait que le territoire devait être partagé avec un autre chat qu’il ne connaissait pas, mais il a fini par prendre ses aises, et s’est adapté formidablement. Il a aussi développé une maladie, un truc génétique selon le véto, qui s’est déployé avec l’accès à l’extérieur. Les chats d’intérieur vivent plus longtemps parce qu’ils ont aussi moins de risques à choper des maladies et à avoir des accidents que ceux à galoper dehors.

Mes parents ont aussi déménagé et ont embarqué Megadeth seul, l’autre ayant trouvé la mort en étant percuté par une voiture sur les petites routes de ma campagne natale. La relation aux animaux à la campagne n’est pas du tout la même : j’ai eu un tas de chats, qui finissaient par se barrer ou mourir jeunes, parce qu’ils vivaient dehors, aussi on apprend vite, dans ces conditions, à ne pas s’attacher à l’animal comme on le fait dans d’autres circonstances. Megadeth désormais seul son son territoire et malgré sa maladie invalidante (il perdait la vue) menait sa meilleure vie. Je ne l’ai pas vu pendant un an et quand je l’ai retrouvé j’ai été estomaquée de ne pas le reconnaitre : déjà, il se montrait distant et non pas collant comme je l’avais connu, mais en plus il avait beaucoup changé physiquement. Le petit chat tout frêle et craintif avait disparu et c’était un grand chat, musculeux et nerveux, indépendant et ne s’approchant pas trop des humains ou alors avec plein de méfiance.

Évidemment que t’as de la peine à voir son petit truc mignon craintif et câlin devenir distant, mais la liberté qu’il avait maintenant l’avait fait devenir un chat pour de bon, et il avait trouvé dans sa liberté quelque chose qu’il ne pouvait pas supporter si on lui supprimait, jusqu’à devenir agressif avec ses congénères. Mon petit Megadeth était devenu lui-même et hors de moi et de la prison que je lui imposais. Il est mort, ou disparu, on a jamais su. Mais j’en suis pas triste parce qu’il a vécu comme il lui convenait de vivre et que le voir devenir aussi méchant enfermé n’était pas possible.

Le gros Bubu lui est toujours avec moi, ce socedem pépère content du couple et du train-train, infoutu de vivre dehors atteint ses 18 ans pétant de santé d’inexplicable façon. Il est content et se paye encore des sprints dans l’appart et se montre toujours curieux des gens à (encore) venir me voir bien qu’il soit passablement jaloux.

les trucs à la con

Avec mon pote qui faisait du fanzine et des trucs à la con comme moi quand je vivais à Bordeaux, on faisait des rencontres distrozines les premier dimanche du mois. Un prétexte à boire des bières raconter des conneries ou pas tant des conneries d’ailleurs et lire des zines le cul dans des canapés-pièges dont tu pouvais pas te relever seulE, qui n’en aurait pas voulu franchement ? un jour qu’on voulait un peu bricoler avec nos doigts en plus de boire des bières et raconter des conneries, on a décidé de faire un atelier de gravure avec des trucs qui nous tombaient sous la main pour peut-être ou pas sortir un zine on verra bien. Si t’as pas l’habitude de ces mondes bizarres du fanzinat underground, imagine le centre aéré mais dans un local tout bordélique avec des grand couillons punkoïdes de 40 balais infoutus de remplir le CERFA 2042C que des artiss se tuent à défendre dans des luttes chiantes à crever.

Bref nous voilà avec de l’encre partout, des bouts de papiers découpés, du plâtre, des rouleau des gouges et tout ce qu’on pouvait graver histoire de rigoler. J’aime bien ce pote parce qu’il bricole et joue tout le temps, et au bout d’un moment à bidouiller nos trucs chacun le nez dans son ptit bordel, je l’entend pouffer comme un môme et lâcher un “ho merde hahaha”. Je relève la tête et je le vois fixer son bidouillage et il me le montre, hilare, en me disant qu’il a pas fait exprès.

Il avait fait un petit tampon qu’il avait reproduit géométriquement pour voir ce que ça pouvait donner au hasard de ses tentatives et le nez sur son truc il avait pas vu qu’il venait de faire une croix gammée, ornementée certes mais quand même. Il a jeté et est reparti illico sur autre chose. Y’a une leçon à tirer de ça je suppose, mais on était juste morts de rire.