Linostradamus

j’en ai plein le cul des gens qui demandent une solution précise à un problème précis en linogravure. Qu’est-ce que j’en sais moi, je connais pas ton papier ton encre, est-ce que je suis un medium à deviner l’humidité chez toi, je vois pas qu’est-ce que tu veux que je fasse, que je devine ce que ça fait sous les doigts, comment tu vibres ou pas en caressant ton sensuel papier ? vous en avez de bonnes, sérieux, je suis pas Linostradamus, autant expliquer comment on nique, imagine.

Bon à moins que ce que tu veuilles ça soit pas tant comprendre qu’obtenir un résultat précis, mais bon là moi je peux rien pour toi et en plus j’ai mieux à faire qu’essayer de deviner la somme d’infos concrètes et celles qu’on ne peut qu’obtenir grâce à une pulpe des doigts parfaitement informée dans un dialecte de pulpe de doigts, qu’il faut pour répondre à une question aussi con que “mais pourquoi là ça fait pas un noir uniforme” ou bien le très idiot “et c’est quoi ton stylo”. Je pourrais me concentrer très fort pour voir si j’arrive pas à palper à distance le grain du papier que t’as choisi ou ce que t’as dans la tronche mais il me manque deux trois pouvoirs encore, quand Satan m’envoyate sur terre il a oublié deux trois accessoires, j’ai beau être la magnificence incarnée y’a pas de miracle même chez les génies, déso de casser ta baraque.

Jpourrais tout aussi bien répondre un truc à la noix, qui fonctionnerait dans l’esbroufe mais dans mon ptit coeur de (rocker) imprimeur, je saurais que c’est un mensonge hou la vilaine qui a répondu un truc pour qu’on lui lâche la touffe. Je pourrais comme j’ai dit à cette conne qu’elle a qu’à faire ci et ça et fous moi la paix pour la voir 10 jours après se décréter Docteur Es Lino pour faire des cours payants dans Nos Bâelles Institutihaons Fraonçahaises dans le ridicule le plus absolu non mais c’est que c’est frustrant de pas voir une prof autodécrétée galérer parce qu’elle a pas pas voulu expérimenter mais a pris la modeste lino comme un truc aussi con que la politique politicienne : yaka faire ceci et cela les bonnes ouailles suivront on est pas là pour raconter nos cheminements ON EST LÀ POUR ÊTRE EFFICACES, FAIRE DE LA MAILLE ET SE PRENDRE POUR DES LUMIÈRES OKAY.

Faut un peu penser à moi quoi, sois charitable : je peux pas voir quand les gens se vautrent monumentalement à force de se prendre au sérieux alors que c’est mon pestacle préféré, chuis au premier rang à me gondoler et applaudir frénétiquement à regarder les andouilles s’empêtrer les pieds dans le tapis en prenant de grands airs importants.

Si tu cherches à réussir, bah tu vas te planter, c’est bien ça le truc que personne te dit c’est que faut rester un enfant innocent, eh ouai c’est ça le Grand Secret : faut faire comme si personne avait fait avant, fièrement, en montrant ses trucs en étant super contentEs de soi, genre t’es néE hier et t’as zéro notion de la somme de choses déjà faites et énoncées par dela le temps et l’espace et toi tu te dis “HA OUAI JE VAIS FAIRE LE PLUS BEAU DESSIN DU MONDE TU VAS VOIR” vu que de toutes façons quand on te rabâches que Machin il a déjà fait ton truc et que Bidule a obtenu tel ou tel titre convoité toi t’es là tu t’en fous, mais alors royalement, pasque le dessin de Machin ou la gravure de Truc ça te donne juste d’autres idées encore. Y’a des gens quand ils voient Machin et Truc faire de chouettes choses ils voient que le titre, et iels veulent ça direct sans passer par tout le plus marrant. C’est des gens que j’imagine manger un truc très bon non pas parce que ça fait plaisir et que c’est bon et qu’en plus on est avec des potes, mais pour pouvoir dire tavu j’ai mangé un truc de ouf et poster la photo. Bah c’est bien, super, je te souhaite un très bon caca.

Ça c’est des gens ils imaginent pourquoi t’es (re)connuE pour un taf sans vouloir voir que c’est pas ce qui était voulu à la base et que c’est arrivé par accident, merde. T’étais juste assez nouille pour avoir envie de bricoler des trucs avec tes doigts et les montrer fièrement, et ce genre de cons à vouloir juste le nom et le titre ils veulent juste le nom et le titre mais ils ont pas envie de se marrer. D’ailleurs ils se marrent pas, ces couillons là, ils regardent ce que d’autres font en se consumant de rage et d’envie parce qu’ils sont pas foutus de rigoler deux minutes à faire ce qui leur chante. Vu que ça les énerve les gens qui se marrent et que ça les rend dingue que les gens qui se marrent fassent des trucs chouettes pare qu’ils en ont rien à branler d’être des stars, ils vont leur taper dessus qu’ils sont même pas connus d’abord, et que leur truc il sert à rien, ces gros nullosses. C’est les gros bras de la cours de récré qui vont taper sur les foufous perchés et tout chétifs pour se venger de leur daronnade qui leur tape dessus d’être des gros nullosses infoutus de réussir dans la vie.

Bah c’est facile d’avoir un titre, pour tout y’a des recettes et celles de la réussite est très simple : sois le moins imaginatif possible, le plus péteux possible, prends toi pour un putain de penseur et vas à france culture. T’auras la reconnaissance mais tu vas te faire chier comme un rat mort et devenir emmerdant comme la pluie, mais bon si c’est ce que tu veux hin, qui suis-je pour en juger après tout. Et bon ça me fait des tas d’occasions de rigoler devant mon ptit pestacle.

 

les rades, la rue.

hier chuis allée fêter mes 45 piges, le vent fou de l’aventure soufflait sur ma nuque dégagée et fraiche (et gracile, aussi) aussi je me suis dit allez tiens, enfilons une veste à poches d’aventurière*  et allons dans un rade inexploré ! Un vieux pote me proposa justement d’user de mon sextant pour m’orienter vers une de ces îles encore vierge des empreintes de mes sveltes godasses. Je sais pas si un sextant ça sert à ça mais j’aime bien le mot et moi les machin pour faire des trucs ça me fait vibrer, que veux-tu, un jour je me marierai avec l’Outilleur Auvergnat.

La description de mon pote m’avait laissé imaginer un de ces rades avec du carrelage en tout petit carreaux colorés moches, un zinc usé, une lumière un peu jaunasse sale, une déco poussiéreuse qu’on voit plus tant on l’a dans la rétine, des gogues à la turque, un petit panneau “la maison ne fait pas crédit” en bois, à côté peut être d’une autre plaque avec une blague à propos du patron, un patron usé, flegmatique et sympa, avec peut être une casquette et un sacré paquet d’histoires à raconter dedans, un de ces patrons de rade qui paye son verre mais aime pas trop l’ivresse agressive de vieux habitués et les tej le temps qu’ils dessaoulent un peu, des habitués du coin, pas bien riche voire franchement dans la dèche avec l’allure qui va avec, bref, j’étais impatiente de découvrir un endroit où en plus apparemment ça passe du bon son des 90’s qu’on aime même du Nirvana et sans avoir honte en plus (en tous cas mon pote et moi dans nos indécrottables chemises à carreaux).

Mais voilà c’était pas ça. C’était certes un rade pas très cher et planqué dans un coin à la coule, mais la terrasse branchouille en bobines de récup me disaient rien qui vaille. elle s’étalait drôlement en plus, cette foutue terrasse, et mon œil de lynx parcourant la population indigène des yeux a noté une uniformité déplaisante, je grimaça mais décida prestement que merde allez, attends de voir avant de faire sa tête de cochon habituelle, et trinquons autour de discussions philo avec le vieux pote histoire de fêter dignement cet anniversaire, c’est à dire en te réveillant demain les yeux collés, en te maudissant jusqu’à la 21ème génération que tu auras pas vu que tu t’es faite ligaturer et avec l’envie de t’arracher la tête. Nous devisâmes de tout de rien de la vie de la mort et des sapes perraves des génies, de l’apparence et je lui expliquai comment je me suis souvent voire toujours frittée dans ma vie pour me saper comme je voulais c’est à dire : n’importe comment dans un excès ou dans l’autre car oui je fais partie des génies sus-cités, en plus d’avoir une élégance naturelle folle qui me permet toutes les extravagances bref, comment mes sapes étaient plus que des sapes me concernant. Voilà c’est comme ça si ça te gêne ben va chier, on prend le tout ou on prend que dalle : mon génie mon humour irrésistible ma grâce époustouflante et mes sapes toutes pouchnies.

La soirée passe, les pastagas passent, l’amoureuse de mon pote passe, des boutures de plante verte d’anniv passent, la caravane passe, et le serveur qui se la joue un peu dragueur comme tout barman doit le faire obligatoirement sinon ils tombent raides morts ça doit être dans le pacte de sang qu’ils signent le jour où ils empoignent leur premier torchon bon dieu que cette phrase est longue me passe une coup de champ’ quand mon couple de pote balance négligemment que je fête mon annouf. Me voilà sapée comme une plouc (mais toujours classe, oubliez pas) avec un coupe de champ’ à la main que j’ai acceptée en disant au mec que j’allais revenir pour papoter au zinc plus tard, d’humeur joueuse et pour voir un peu ce que raconte ce rade dont j’ai pas une super première impression. En attendant je la sirote avec les copainEs, tous autour des petites boutures vertes manque plus qu’un petit napperon de dentelle dessous et ça serait parfait.

Mes amiEs se cassent pasque demain y’a turbin, et moi je reste avec mes boutures dans une main et ma coupe vide dans l’autre, entre les deux mains une veste de camionneur avec un écusson NoMeansNo trop grande offerte par un copain sur un tish Gasmask Terror au dessus d’un futal à ça de craquer de partout pour exhiber un slip très certainement troué je sais plus lequel noir j’ai enfilé ce matin, le crâne rasé de frais sous une casquette à patch illuminato-diabolique, bref, a priori j’ai tout pour être bien intégrée sauf que je suis une meuf et plus de première fraicheur par dessus le marché. J’ai une certaine habitude à avoir l’air idiot ça fait comme qui dirait partie de la panoplie ça peut pas être vendu séparément faut tout prendre eh oui pas le choix ma vieille, je me laisse pas démonter pour autant, je file au comptoir avec l’air parfaitement détaché des meufs qui en ont vu, des cons, dans leur vie. Le gentil barman qui tentait la draguouille obligée un peu avant me demande ce que je veux écouter vu que c’est mon annouf, il refait sa blague consistant à dire que je fête mes 16 ans, je vois pas ce que ça a de drôle vu que c’est parfaitement véridique, ou alors c’est drôle parce que c’est vrai va savoir. Je fais mine de réfléchir et comme de par hasard je dis NoMeansNo ça alors, le monde est époustouflé de surprise.

“comment ça s’écrit ?” nom de dieu y connait pas NMN. et alors et c’est quoi ça pourtant si je regarde un peu autour, je reconnais bien  ces mines fatiguées et les cernes de vieux roublards du punk rock, passé du bruit à la dépression, du fun à l’aigreur, du rire aux plis amers des coins de bouche, de l’énergie au valium en intraveineuse, des copains aux cuites solo pour supporter l’existence en écoutant des 45 tours de collec. Le mec à côté tente la discussion, et c’est laborieux. Il me fait peine un peu, à vrai dire ils me font tous peine à s’efforcer d’endosser des rôles hésitants parce qu’ils savent pas comment réagir face à une meuf de 45 piges attifée comme l’as de pique qui a décidé de se reprendre une coupe de champ’ et qui a pas l’air très décidée à dégager du comptoir 100% masculin et putain mais elle veut quoi. La déégaine, le genre, l’âge, tout ça ça va ensemble, et quand y’a plus l’un y’a plus l’autre non plus. J’ai tous les âges tous les genres et tous les goûts, rappel que je suis une anguille et que c’est drôlement pratique les 3/4 du temps pour me faufiler. Ils doivent chercher dans leur répertoire de situations pour trouver le bon comportement et ils galèrent à mort vu qu’ils peuvent pas me foutre dans un truc précis.

Au bout d’un morceau et demi de NMN le barman décrète que c’est trop violent. Je dis que c’est pas grave je suis pas là pour imposer mon son, je me la joue cool mais j’hallucine quand même pas mal, ça a de quoi me perturber moi qui me secoue avec du Total Fucking Destruction et met NMN pour faire la sieste. Le barman me demande “mais tu te dis punk, toi, hein ?” j’entends la vraie question derrière mais j’adore être premier degré et faire mine de pas piger “ouai ouai, voilà, je suis punk on va dire”. Le mec qui ressemble à un bordelais en fin de parcours (c’est à dire que c’est comme en début de parcours : chiant, les bras croisés au comble de l’exultation musicale, mais avec des rides en plus) à ma droite essaie de circonscrire mes goûts en parlant des siens : Shellac, Deity Guns et pourquoi pas se pendre tout de suite aussi mon vieux. Je lui fais remarquer que tout ça n’est pas bien jouasse en pensant que faut pas s’étonner si on a l’air aussi vif que mes boutures offertes si je me grouille pas à mettre leurs cul dans l’eau à écouter des trucs comme ça. Allons, allons, non je suis plus jouasse que ça, plein le cul du lugubre, c’est bien pour ça que j’aime Nomeansno. Il a pas l’air de comprendre pourquoi le jouasse présente un quelconque intérêt, allons bon mais c’est le DARK qui rend désirable faut être noir et cynique et se marrer quand on se brûle sinon jamais on va réussir à niquer ! Je le regarde avec toute la consternation concentrée dans la prunelle. Mais mec, mec, t’as vraiment rien compris. Je regrette à ce moment là de pas avoir ma veste patchée avec grand art, c’est à dire patchée de trucs crétins et à l’envers. De loni on se dit c’est punk et à regarder dans le détail on se dit ah ouai nan en fait c’est juste débile. Mais tsé punk ça veut dire débile, environ, juste tout le monde semble avoir oublié à penser que les épingles sont là pour maintenir tout bien à sa place bien  estampillée.

ils comprennent rien à mon comportement comme à la vie depuis le début  de toutes façons : quand ils causent musique je réponds musique en parlant de celle que j’aime sans chercher à adhérer aux goûts du type en face pour lui plaire (ce mécanisme obscur, genre disparaitre pour plaire, non mais ho manquerait plus que je m’efface !), quand ils parlent de champ’ je réponds champ’ et quand on me drague je réponds drague et ça les déstabilise complètement. Ou alors c’est moi je sais pas j’ai toujours pas compris comment les mecs trop engoncés dans leurs rôles fonctionnent, et c’est que j’avais pas vu de couillons de ce style depuis un bail, à part l’autre truffe qui prétendait ne pas en être et finalement si et même en pire que d’autres à même pas cacher son dégoût après avoir joué l’amitié pour bénéficier de mon Aura Exceptionnelle d’Artiste de Génie (ça faisait bien 10 lignes que je l’avais pas dit, vous risquiez d’oublier). Comme dit mon pote “mais c’est quoi ce genre de gens ? pourquoi ils ont méchants comme ça ?” bah mon vieux, c’est des cons que veux tu que je te dise, ils ont décidé de s’emmerder dans la vie et de faire en sorte de maximiser l’emmerdement autour vu qu’ils ont bien trop la trouille de se fendre la gueule, ça les rends aigris. Grand bien leur fasse.

Ça surprend personne mes sapes et ma façon d’être dans mon QG habituel, ils m’ont jamais demandé si j’étais punk ou gouine ou n’importe quoi d’autre comme dans le rade où je trainais à Bordeaux auparavant, ou le genre éyait une question tout aussi pétée comme il l’est tout en bas de l’échelle : je suis moi et basta. Quand on est en bas on est moche et on le sait et on a pas de souci avec ça. Là je sens que ça tâtonne comme on est dans le noir à chercher l’interrupteur : merde comment on cause à ce genre de truc j’en ai jamais vus, c’est chelou elle réagit pas comme prévu help help, elle va me sauter dessus c’est horrib’.  Bizarre de se la jouer autant r’n’r et être aussi coinçosses, arborer des tatouages et les bons codes visuels comme on ment sur un CV. Ha ouai ok je vois, comme les punks de salon en fait. Jme souviens de Vinnie avec qui on papotait avant qu’Unsane monte sur scène qui s’amusait de la dégaine des punks ici en france, à s’exclamer qu’ils étaient tout propres et leurs perf tout neufs mais c’est quoi ce merdier Mawthiwde he yes old pal, that’s the français punk touch very pas punk.

D’un coup ça me revient, c’est que ça m’était pas arrivée encore depuis que je traine à paris, mais à bordeaux c’était déjà chelou que je vienne dans des rades toute seule, boire une limo en dessinant ou bien siroter un apéro au comptoir. Et paf d’un coup je me rends compte que y’a pas une meuf ici qui est pas accompagnée, souvent d’un mec ou de plusieurs, parfois de copines, elles réagissent comme il se doit à la drague du barman, en pouffant ridiculement ha oui c’est vrai c’est ça qu’il faut faire, le mec est tout de suite plus à l’aise quand les meufs réagissent en Vraies Meufs en secouant leur chevelure et en se faisant bien plus bêtes qu’elles ne sont. Me souviens de cette pote qui m’avait tellement donné envie de lui rouler le patin du siècle alors qu’elle m’avait dit qu’elle voulait bouleverser l’univers, pendant que nos mecs échangeaient des platitudes absolues à 2m.

Je me casse, ça me gonfle qu’on sache pas parler aux gens sans les avoir délimité en amont et qu’on se montre aussi chiantissimes, on s’emmerde sec et ils ont pas l’air décidé à se bouger de leur rôle avant la saint Glinglin alors je me tire ailleurs, obéissant au Biff Tannen à l’intérieur de ma tête. Sont pas drôles, sont coincés, se la jouent rock’n roll sans pour autant être capable de faire autre chose que flipper leur race devant une meuf qui s’en branle de séduire. Ha bah c’est beau le rock, tiens.

Jme dis j’vais aller au parc avec une canette, croiser des copains de banc qui sortent du taf, au moins eux en 2 mn ils pigent comment causer. Le parc est fermé, après le complot du confinement au moment où je me décidais à socialiser, le complot du pass sanitaire alors que je me décidais enfin à bouger hors de paris, c’est le complot du parc qui ferme la nuit pour m’empêcher, moi, de partager des canettes en bonne compagnie. Ce monde me déteste personnellement jvous dis. Pas très d’humeur à me tenter les acrobaties pour errer dans des allées vides à croiser les hérissons, je rentre en m’étonnant de voir tout fermé et pas un chat dehors. J’ai encore raté un sacré chapitre moi, les rades ferment à minuit ou quoi ? Il semblerait. Y’a degun, vraiment, et les rares pelos croisés c’est des mecs, et des de la catégorie au dessus qui me regardent avec crainte et effroi dans ce coin déjà bien gentrifié du 19è. Ça m’amuse de faire peur comme ça juste avec des sapes ça me rappelle ma jeunesse, mais quand même je me dis en boucle : mais les meufs OU SONT LES MEUFS ? OU VOUS ÊTES PUTAIN ? les meufs sont accompagnées ou enfermées et là bah c’est plus l’heure elles doivent être planquées dans des Uber. Dans des rades chers, dans des endroits sécurisés,  avec unE garde du corps, avec unE conjointE. Putain c’est pas Satan possible que les meufs acceptent autant l’enfermement, je cherche je cherche et pas une clampine c’est désespérant. J’aime bien  les mecs mais les meufs quand elles ont la  liberté que les mecs ont de base font qu’elles sont autrement plus fun et aventureuses, c’est qu’à naitre autorisés à être à l’air libre ça te rend bouché à cette liberté et à pas la savourer vraiment. Jpréfère largement être une meuf et avoir bien conscience de ce que c’est, que marcher dehors en pleine nuit j’t’assure, les mecs ont pas la moindre idée.

Bref, je suis rentrée de cette soirée d’annouf avec ce vague écœurement à voir que nan ça bouge pas et même j’ai l’impression que ça empire. Soit disant que ça serait anecdotique, soit disant qu’on s’en fout mais franchment ça veut dire quoi ça, une société qui fout des flics partout dehors et les meufs qui fuient la rue, à part la réussite complète des discours racistes et classistes. Bah ouai. En fait si tu regardes bien ben être dehors c’est devenu chelou et soupçonnable pour tout le monde pour des raisons différentes et des pressions différentes mais le résultat il est là, je m’emmerde sec à marcher dans des rues absolument vides à  minuit et demi hors couvre-feu, celui à s’étire dans les têtes et tkt qu’on pourra le refoutre sans que ça fasse bisquer. J’ai ronchonné et râlé et pesté en rentrant, avec Silverfish à burnes dans mes mûres esgourdes, je me suis demandée comment le barman qualifierait la hargne de Lesley Rankine si le tonton Rob lui parait déjà ultraviolent. Sans doute insupportable. Tout à fait mon genre.

bon et après tout c’est ptêtre juste que c’est les vacances.

 

*ceci est une licence polétique je laisse ces horreurs à la CGT merde quoi j’ai un standing à tenir

 

mégaloche

faut que ce soit grand pour que ce soit de l’art, faut qu’on soit trouze mille pour que ça ait du sens, faut que ce soit important pour qu’on se voit, faut qu’on soit sérieux pour renverser la sociaytay, faut trier sinon ça fait du hasard, faut tenir une ligne sinon ça fait des ziguouiguouis, faut avoir un Vrai Savoir Faire sinon on est juste de vulgaires amateurs, faut utiliser des mots chiants sinon on a l’air con, faut écrire sinon on laisse pas son Immense Trace, faut être adulte sinon on est pas reconnuEs, faut lire sinon ton cerveau est pas irrigué correctement, faut tutoyer des gens connus sinon on est que dalle, faut pas rigoler sinon on risquerait de rigoler !!!

Le monde tout entier s’est mis à péter plus haut que les nuages, tout le monde est investi de mission divine, qui pour chambouler la narratosphère, qui pour diriger les Masses Laborieuses vers Sa Sainte Émancipation, qui pour ramener la maille sinon on aurait pas de maille et imagine un peu on serait tout aussi pouilleux que toi, quelle horreur ! La mégalomanie a gagné tous les fronts, c’est pas possible d’être aussi chiants, même mon foutu harceleur est casse-couilles à pas chercher un peu de nouveau dans ses insultes et ça lasse franchement, je m’emmerde moi, un peu d’imagination que diable ! les insultes sont plates, les engueulades mornes, les prises de bec prévisibles, on se drape dans des postures et on s’indigne comme des rombières outrées, tout au mieux.

Pendant ce temps là, un cambrioleur à trottinette se barre avec 2 millions de butin sur lui et des petits malins continuent de taguer des A cerclés partout en se foutant bien de ce qu’on peut en penser, y’en a à cramer des trucs sans pérorer des plombes, y’en a à trouver encore un peu de cool dans la discussion impromptue au détour d’une balade, y’en a à te raconter des histoires trépidantes qui finissent en jus de boudin et ça fait bien rigoler. Mon empire pour un peu de fun, je fête mes 45 balais, aujourd’hui et j’ai jamais eu autant l’impression d’être en EHPAD partout, et mange à cette heure ci et attention à bien t’hydrater et faudrait voir à pas dire n’importe quoi mémé sinon c’est double ration de valium !  Alors comme l’an dernier le même jour, en rade de potes trop occupés au sérieux des choses, même les vacances sont aussi casse couilles que le reste en devenant Sacrées, je vais me barrer à l’aventure dans le coin et voir si y’a pas d’autres crétinEs à chouiner qu’on se fait bien bien chier histoire d’inverser la tendance.

AAAAAAAAAh.

j’ai trop de cartons mais non ça va y aller easy tranquille émile mais non haaaaa pourquoi j’ai autant de choses de toutes façons je vais tout bazarder et pourquoi j’ai pas de nouvelles du chauffeur et comment ça va être le merdier encore, je vais mourir avec mon demi-poumon et comment je vais faire pour ce con de chat et est-ce que j’ai pas oublié un truc important et pourquoi le monde est autant de la merde quand est-ce que je pourrais me casser de là souffler un peu vautrée dans l’herbe et AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH.

J’en ai marre. 4 fois en 3 ans, 4 fois la même boucle, 4 fois les mêmes angoisses, au même moment, pour les mêmes choses, alors je me répète comme un mantra : demaindemaindemain tu seras dans ton nouveau chez toi et baste t’auras tout le temps des questions oubliées en mangeant des nems. Et  comment on lutte, et de qui je tombe amoureuse, quel est l’âge du capitaine et est-ce qu’on court vers le fascisme une réponse claire essevépé que je puisse ranger un peu.

mes cartons c’est ma barricade, le scotch c’est mon cocktail molotov, je me fous ce casque de hockey sur la tronche et je suis en guerre contre mon déménagement. Y’a pas de petite lutte.

la môrt

-non mais la Mort !
-hé ouai la mort
-et alors non mais eh la Mort !!
-ben alors la mort, voilà, qu’est ce que tu veux que je te dise, la mort certes, salu cémoi sava ?

Le type est allongé sur un lit tout frais et bien fait, 93 ans, tout strié et coulant et il regarde la Mort,  nonchalante. Relax, elle a un ptit déhanché décontracté et tire sur un gros spliff. La fumée sort par tous les trous. Ça énerve le type.

-c’est quoi ce merdier tu fais pas peur, t’es censée avoir une voix grave ou pire pas de voix, on est censés regarder l’abîme de la capuche là, le vertige et tout le toutim, en stressant sa race et en suant toute son eau !

Mais non la mort elle est là, peinarde, elle s’est même installée dans un fauteuil en soupirant et elle attend la fin du monologue, elle a l’habitude :  elle a ramené ses mots fléchés. Des niveaux 4, le mec était bien indiqué comme bien coriace par les grattes papiers de l’au delà. Ils font chier eux aussi, merde, on peut pas juste faucher tout le monde pareil là plutôt que regarder dans le détail les états d’âme des mourants. La flemme fait devenir la mort communiste : pas le temps pour les conneries, hophophop de l’efficacité. Mais bon c’est la mort, elle sait comment elle est, impatiente,  alors elle se modère et prend sur elle et elle fume. Ya un moment le gars va finir par réaliser, elle sait que ça vaut le coup de subir ses conneries. Ptêtre même il va se mettre à découvrir ses mains, à baigner dans la fumée comme ça.

-j’ai pas souffert toute ma vie pour ça, j’ai trimé, je me suis privé, j’ai sermonné, j’ai tout bien suivi le mode d’emploi, j’ai dit la vie c’était pas de la rigolade à mes enfants, je les ai engueulés quand ils se marraient je les ai enfermés quand ils courraient pour ça, la mort en grosse feignasse de fumeuse ?!! quelle arnaque
-cause à mon cul ma tête est malade. Elle tire sur son joint, une boulette tombe sur sa robe, un trou de plus, la dentelle s’affine à chaque ultime visite.

le mec s’énerve, il va finir par obtenir un sursit tant ça gonfle la mort qui a bien envie de se casser. Ça la gonfle, mais ça l’amuse, quand même, ça fait des milliers et des milliers d’années mais les humains ont toujours pas capté. C’est attendrissant. Ils refusent.
-ces mains, CES MAINS, usées, crevassées, rigides, douloureuses. et regarde moi toutes ces microcoupures de tracts CGT qui ont servi à rien, je pouvais plus aller à la piscine sans risquer la gangrène des doigts, et toi t’es là, là, à te foutre de ma gueule avec ton spliff, je suis écœuré

La mort baille. Elle a beau être la mort, elle aussi a droit à ses coups de barre. elle tend le joint au mec, qui le prend, plus par dépit qu’autre chose, et aussi par curiosité : il allait voir si ce qu’il répétait en boucle à ses mômes, tu commences avec ça et paf paf paf en 2/2 t’en es à l’héroïne et t’es prostituéE dans un hangar sordide avant d’avoir pu dire ouf.

Il en a marre, le mec. La mort c’est pas ce qu’il pensait et c’est pas tant elle qui l’énerve que le ramassis de conneries qu’on a pu lui rabâcher durant son existence et qu’il a répétées en pensant que c’était de la sagesse.

“Sagesse mon cul” furent ces dernières paroles, la mort rattrapa le mégot juste avant qu’il ne troue le pyjama immaculé, quand même ça aurait fait mauvais genre. Allez hop, un de plus qui est mort moins con, la mort est repartie en trainassant des métatarses, Bongzilla au niveau des sphénoïdes.