ces gens gentils à la con

Eske c’est possible de broyer son noir correctement sans être emmerdée dans cette ville ou bien ? C’est trop demander de pouvoir regarder le vide du haut des buttes avec la veste à patch qui vole au vent en essayant de faire abstraction du soleil pas raccord sans qu’un gars demande si sava tavu il fait beau aujourd’hui est-ce que j’ai la gueule à m’appeler Joel Collado franchement, eske je peux espérer ruminer tout mon saoul sans qu’un fripier qui était en manque de scorpions cet automne se montre d’un coup très enthousiaste à parler de dessin, qui m’agresse avec un  check et une proposition de café doublée d’une présentation affreusement gentille que j’ai pas demandée putain comme si il m’avait pas déjà assez émue avec ses scorpions à la noix nan fallait en rajouter une couche, eske c’est encore possible de froncer les sourcils tranquillement en pensant à la mort à Jaurès sans se faire interrompre par une mémé qui me trouve jolie et s’excuse d’être impolie par dessus le marché, merde à la fin ? les gens font chier dans cette ville à être gentils quand j’ai envie de râler, ils me gâchent mon spleen et maintenant j’ai juste l’air con à sourire niaisement et tu crois que c’est comme ça qu’on arrive à rouler des pelles, fait chier.

les gens cools sont touTEs des gros pédés

L’autre soir alors que je rentrais de ma séance hebdomadaire de remontage de moral à base de tout casser la société il s’est passé un truc incroyab’ : j’ai été interpellée par un mec cis blanc d’âge moyen qui est ni zonard ni à la rue ni punk à chien qui voulait me signifier qu’il kiffait ma dégaine.  Première fois en plus de 2 ans de balades intensives dans tout Paris puisque j’ai une cape de parfaite invisibilité pour ce genre de profil, enfin presque puisqu’il existe une exception.

Le mec était américain et accompagné d’un autre type, ils se trimballaient tous les deux, joyeux et ivres avec une bouteille de rosé, j’attendais devant un JC Decaux, où je me délectait de mon activité préférée à fixer les loupiotes orange/bleu/vert. Donc le mec m’interpelle “I love your outfit ! do you want some wine ?”

J’ai d’abord décliné, pleine déjà comme une outre à bière (j’ai une petite contenance), mais la jovialité du gars m’a finalement fait accepter,  yolo. La jovialité, mais pas que, c’est surtout que le voyant jauger ma tenue de punkoïde avec ravissement j’ai tenté avec le sourire en coin que chaque chelou à trainasser à des heures indues connait “you’re gay, aren’t you ?” et il a explosé de rire avant de me checker et me servir un gobelet. Son pote à côté a montré une certaine panique à répéter “but I’m sleeping with him !” he bien oui dude, ton copain est pédé, et tu peux bien dormir avec si t’avais pas de souci avec ça jusque là je vois pas ce qui change avec cette donnée.

Le lendemain, j’avais une gueule de bois carabinée, comme prévu. Donc j’étais de mauvais poil. Donc je ronchonnais à la vie,, cette connasse, qui peut pas être juste une longue discussion à la coule sur le thème de l’amour et des pâquerettes, je bougonnais de faire des courses chiantes dans un magasin agressif, et puis à la caisse, la meuf dans mes âges a désigné mon tish que j’avais encore sur le dos vu que j’avais décidé de me mettre en grève de douche. Hey ! mais je connais ça, il avait une houppette, c’était dans les années 80 ! j’aimais beaucoup ! oui, j’ai répondu quelque peu surprise, et il chantait aussi dans les Communards. Son regard s’est perdu dans ses souvenirs de folle jeunesse, je lui ai souhaité la meilleure fin d’aprèm du monde.

J’ai rigolé et je me suis dit ah oui tiens c’est vrai j’ai mon tish Bronski D-beat,  très bon gaydar pour qui ne l’a pas intégré.

PIERRE RICHⒶRD

Hier on m’a demandé comme un conspirateur comment on enlève un GPS sur une trottinette électrique. Serais-je un gros thug sans le savoir, vis-je la nuit en somnambule à tout cramer et piquer tout ce qui se trouve sur mon chemin, est-ce que je pose des bombes par inadvertance, est-ce que à tout hasard j’arriverais à surmonter toute ma flippe pour aller faire s’évader des taulardEs sans même m’en rendre compte, aurais je le don télékinétique à actionner des pinces sur des câbles internet, ou bien j’ai une tronche à être experte en électronique si ça se trouve. Ça doit être les fringues ou mon allure je sais pas.

Je baille, je ronchonne, je fais la vaisselle, je gratouille mon chat, je vais en promenade, je cherche un appart, je mange des pizzas.Des fois je peins superbement, des fois je gribouille des strips hilarants, des fois je grave comme Dürer et franchement, c’est bien assez de boulot comme ça. Mon grand max c’est piquer du saumon, des pignons de pin et du foie gras parce que ça me fait rire de me faire des tartine comme si c’était du Primanussa en m’imaginant faire bisquer la bourgeoisie, selon l’apprentissage grand-daronnesque dans ma prime jeunesse à piquer le goûter au super U pour le bouffer rayon lingerie en ricanant. On est des branlosses à la petite semaine, dans la famille.

Ma vie est déjà bien assez compliquée à gérer les clous sur ma veste et les embrouilles avec des vigiles pour pas qu’en plus je me fasse pincer à saboter tous les boitiers sur ma route à finir en taule parce que j’aurai pas vu que le boitier était sous la fenêtre d’un comico. Je suis pas tant une imposture par trouille que par extrême maladresse, Pierre Richard  à faire tomber le carnet glissé sous mon bras pile sous le nez de la caissière, à tomber  avec des contrôleurs juste derrière les portiques quand je fraude le métro, à croiser un troupeau de condés dans une ville parfaitement déserte en plein couvre-feu. C’est pas demain la veille que je braque une banque.

 

tout casser la société

Un jour on veut casser la société et un jour on la trouve pas si mal finalement. Les valses hésitations du bon travailleur qui aime son boulot en piétinement infini, fox-trot déséquilibré, lui fait empoigner par moments, brefs pics d’enflammements, la manche de son ami bizarre qui lui a tout le temps envie de casser la société, en le suppliant de faire quelque chose, lui donner un conseil, l’aiguiller dans son malheur puisqu’il a l’air de connaitre les chemins plus verdoyants.

Le type chelou que presque tout le monde a quelque part dans son carnet, tout au fond, cet espèce d’expert-mortier dont on va se rappeler l’existence quand à son tour on a bien envie d’écraser du charbon, le bon vieux pote toujours là quand la société devient horrible avec nous autres alors qu’on a tout bien fait comme y faut lui il comprend, il écoute, il encourage, il donne ses trucs de crevard, indique les impasses à éviter. C’est que ce bon bougre là, il y croit à chaque fois : ça y est putain mes potes vont me rejoindre, c’est pas trop tôt. Alors il se marre, il rigole, il fait des blagues pourries pour ses potes déprimés par leurs existences et il pense que l’An 01 est enfin là comme çà chaque fois, c’est la bonne cette fois-ci on va vraiment courir à poil dans les champs de pâquerettes.

eh bah non. Une fois le charbon bien écrasé, on le laisse à l’expert et on retourne à ce qui rend pourtant chiant comme une pluie de novembre, malheureux comme un caillou, mesquin, impatient, oublieux, rectiligne. Bon. Ça fait de la matière tu me diras. Le cycle reprend à chaque fois, le même, le pote chelou en a vraiment marre de faire du fusain c’est moche ça tâche, et y’a qu’auprès d’autres chelous dans son genre qu’il peut faire de l’aquarelle vivante et des blagues vont dans les deux sens. Guetter les petits signes de vie chez ces bons travailleurs devient trop crevant, les raviver est exténuant, il a plus trop de souffle pour attiser les braises et de toutes façons ils en tirent jamais de feu sauf à y être acculés, à ça de crever de froid.

Il hausse les épaules et retourne faire ses machins et ses trucs qu’on trouvera exotiques et sans doutes sortis d’un cerveau malade, puisque voulant éviter toute responsabilité. Quand même faut être taré c’est pas ça la vie quand on sait que le bonheur est dans un sèche-linge, à portée de main.

bien situé

“bien situé proche métro et tous commerces”

Je cherche l’annonce qui me vendra la proximité d’un parc avec buissons pour pisser, la boulange qui propose des tas de trucs à la béchamel et des sacs de frites à 2 balles ouverte toute la nuit, le square perrave où fumer des joints avec des zonards sympas et mal sapés, le petit rade tout merdique où voire un café tranquille pendant 3 plombes si ça te chante, une salle crust avec la shitbraü à 1 balle, un reprographe à la coule, l’absence de flics et de voisins poukaves, le meilleur falafel du monde au coin de la rue, des facilités de vol dans le franprix local, la pizza à 4 balles au pied de l’immeuble, la proximité d’une bibliothèque sentant la poussière bien-aimée, une profusion de bancs confortables, un voisinage idéal de mecs qui font des ptits sourires en coin, un local dont personne ne veut et qu’on cherche à refiler pour en faire une imprimerie, des bazar à un balle partout et bien évidemment un magasin brico à moins de 5mn.