chapitre 2 – Sylvaine reprend du poil de la panthère

Je ne compte plus les jours, toute à ma joie d’avoir trouvé un compagnon qui ne se laisse pas embastiller. Nous sommes allés aux champignons aujourd’hui et nous devisâmes en ramassant ces mystérieux specimen rouges mouchetés si appétissants. Nous fîmes ce double autoportrait (fi du selfie) près du sous-bois moussu où nous les dénichâmes. Vivement l’omelette revigorante.

Mon ami fut d’un grand réconfort, la rébellion qui gronde en lui, la fougue de son esprit libre, la profondeur de sa philosophie me portent comme autant de vents sur la steppe un lendemain de mogettes. Il me parlât ainsi de la Nature profonde de l’homme, ô comme j’avais stupidement oublié, entrainée par cette bataille folle contre amazon en petit Don Quichotte, que l’homme retient en lui la Force de granit que seul le bocage peut éveiller. Nous échangeâmes nos plus brillantes fulgurances dans le secret d’une grotte que nous nous sommes empressés de rejoindre alors que nous avions aperçu une garde quelconque. Blottis dans cette matrice primitive, nous nous gaussâmes des bougres qui ne voient que les ombres si bien cernées de Platon. Ce qui se passa dans cette grotte restera enfoui dans la Terre et dans nos souvenirs vrais d’hommes inaliénables, je ne dirai que cette chose : le fisherman’s friend est aussi le hommelibre’s friend et le libère en vue de la pelle qui vient.

gueules de loup

hier j’ai croisé des gueules de loup sur ma longue route. J’étais très contente parce que j’en avais pas encore vu depuis mon arrivée à Paris, et c’était ma fleur pref quand j’étais môme parce qu’on pouvait jouer avec, en plus d’avoir des sales gueule que je trouvais sympa en tant que assez pétée du bulbe comme les drôles peuvent l’être et le rester longtemps.

J’ai aussi croisé des flics mais c’était un poil moins attendrissant même si je me suis demandé si ils ouvraient grand la bouche pareil quand on leur pressait les joues délicatement. et je suis repartie avec Zu à fond dans mes écouteurs, en dansotant modestement pour ne pas paraitre trop suspectement joyeuse par les temps qui courent, et après avoir gentiment remis mon masque dans ce sud parisien parfaitement vide où je risquais pourtant pas de contaminer grand monde.

Les deux ont fini par se mélanger, Ostia de Zu et la fleur cheloue je veux dire, pas moi et les flics.

Des fois je me dis que les adultes à encore dessiner sont des mômes qui cherchent à prolonger la vie de leurs potes imaginaires.

Sylvaine déconfite

5 novembre
Jour… jour 6 ?

6 jours à maugréer déjà, l’enfermement dans ma cabane de 450m2, j’ai fait autant de tours déjà de ma psyché tortueuse et piaffante comme un cheval fougueux. Qu’en sera t-il de l’imagination, je me disais en regardant les toits ferreux comme mon regard s’il avait été bleu comme du fer par exemple ? Fi de la prison, je ne suis pas de cette catégorie qui se laissera impressionner par un bout de papier et 3 uniformes, vous n’aurez pas ma liberté de penser, clamait le poète à juste titre.

Mais je me retrouve en albatros plaqué au sol et mes ailes s’atrophient , grattant le parquet que ma bonne continue de cirer sans s’étonner de cette absurdité, brave prolétaire loin de mes tergiversations métaphysiques. Je l’envie, elle, sa simplicité, ce bon sens que je peine à atteindre, il est des conditions plus simples. Je la regarde astiquer maintenant les recoins des grandes baies vitrées avec une application qui se lit dans ses yeux francs de digne travailleuse qui ne sait mentir, elle les plisse et je peux lire l’espièglerie aussi de ce sang brut, les rides du labeur consciencieux. Ses 22 ans sont creusés déjà d’une vie pleine. Je pense à 1984. Elle murmure doucement quelque litanie d’un dialecte inconnu et seules quelques bribes me parviennent comme des éclats de vie que je ne peux que désirer ardemment, sa chance à pouvoir sortir ne l’effleure même pas, fierté de l’air vif qu’on est habitués à respirer en rejoignant la gare RER, les promesses n’en sont pas pour les vaillantes de sa trempe : Elle Vit. J’essaie de les retranscrire discrètement au coin de ce carnet relié pleine peau trouvé par un très heureux hasard encore sous quelque manteau de papetier clandestin

“con… c’est pas possible… champagne jusque… canapé dégueulasse… ha ça!.. débile… j’vais t’en foutre moi de l’aventure”

Attendrie, je referme le précieux futur ouvrage, Gallimerd ne saura me refuser ces nouvelles fulgurances et le Monde doit savoir, le contrat est déjà établi. Résséré- rassérénn- rass- Rassurée, j’inspire un grand coup, me collant le masque aux narines. Vous n’aurez pas ma liberté de penser, me répété-je, en remplissant rageusement la vulgaire paperasse avec mon Mont Blanc et enfilant mon bonnet car novembre n’est pas le doux avril, hélas. Décidée, je sors et sens déjà mes ailes s’ébrouer de leur torpeur. Ma boulangerie est à 1.2 kilomètre, je ne me laisserais pas aller à la facilité d’une mie câline, mon esprit veut du poilâne !

 

le manque de la foule

J’ai l’impression que c’était déjà il y a un siècle depuis que je vis ici le temps est comme disloqué, mais c’était il y a un mois peut-être, on discutait avec des copains du manque des concerts. Le manque de la foule autour, de cette chose bizarre quand on est pourtant du genre agoraphobe et pas franchement sociable, d’aimer baigner dans un public de concert et se laisser porter par la marée enthousiaste, ça ne m’arrive que dans ce contexte et pas un autre. La copine a parlé de communion, j’ai trouvé que ça n’était pas si faux bien que je n’aime pas ce mot, mais c’est bien quelque chose de cet ordre, l’impression de goûter la même chose, les mêmes frissons, la même joie que ton voisin, la même que tout le monde autour, et les mains qui te relèvent quand tu tombes parce que la danse devient un peu sauvage, et les sourires, et les “ça va ?” pour repartir aussitôt. Se confondre et s’oublier tout en se sentant parfaitement soi et en accord, comme ça arrive très rarement. Et suer, suer et sentir la joie vouloir crier sans que tu puisses la contenir.

Les concerts particuliers de rentrée n’ont pas eu lieu, comme tant d’autres choses. Me baigner dans un public de concert de rentrée et son ambiance particulière de retrouvailles après l’été me manque, et j’aurais pas cru, moi qui l’an dernier disait ma lassitude detout ça, être rentrée tôt après la première partie comme une mémé blasée, c’est que je ne savais pas qu’on en serait privés et pour longtemps. Je me refais des live sur youtube, tristement, et je vois le public remuer, ce concert de Limp Wrist fabuleux, ou celui de Fugazi où la foule braille en cœur, ça me secoue quand même de frissons et j’ai les larmes d’une joie enfantine qui montent, comme à ces plus merveilleuses soirées devant des concerts dont on sait qu’on s’en souviendra longtemps, où il s’est passé quelque chose de magique.

mais bon, I am a patient boy, I wait I wait I wait I wait, jusqu’au foutu prochain concert, et je sais bien qu’il sera forcément fabuleux.

 

Petites Fables 2

c’est pas tout à fait un journal de confinement. C’est pas tout à fait autre chose. C’est pas tout à fait de la littérature. Ça aurait pu être titré “d’un néant à un autre” en hommage à Ratcharge. Ça pourrait être un paquet de chose mais c’est finalement comme d’hab : n’importe quoi assemblé n’importe comment, et c’est un PDF qui regroupe des textes écrits depuis mars dernier qu’on pouvait déjà lire sur le blog, mais ça fait vrai livre d’intellectuel fait comme ça. Non je me suis pas pété le cul pour la couv et la 4ème de couv, puisque c’est les même que pour le premier. Feignasse un jour, feignasse toujours.

clique sur la couv et accède ainsi magiquement au PDF, c’est beau la technologie :