on était deux et on était bordéliques

La gouge dans le lino juste tiède sous mes doigts résiste par ce froid, j’aime bien sentir le muscle de mon bras gauche qui joue pour maintenir la plaque, celui qui court du coude au poignet dans une vrille qui danse. tourner, graver, retourner, par petits à-coups avec la fine gouge en V incisif comme un pizzicato, et puis faire claquer la plaque dans un mouvement brusque, sortir la large gouge pour évider par grandes goulées, schlak dans le bout du doigt le sang gicle et ça me fait presque plaisir la couleur est franche et sans détour sur la porcelaine, pansement vite et j’y retourne avec le même enthousiasme, la musique à fond dans le casque, Todd et Zu et Tool et Wipers, je braille en yaourt et à tue-tête et tant pis pour la voisine

le jaune qui jaillit sur le papier je veux me rouler dedans le boire le palper, m’enrouler dans le magenta, bouffer le bleu, du vif, du vivant du qui est là et pas ailleurs, pas dénaturé, du vrai du concret du que j’ai sous les yeux que je peux effleurer et sentir, me dégueulasser mon pansement dedans et nettoyer à l’essence F les salissures sur les coins gravés de la plaque et voir que ça a un effet direct sur le tirage suivant, une cause un effet, un problème une solution, une volonté un mouvement, une matrice une reproduction, une force une impression.

 

GRAVURE EN VENTE SUR LA BOUTIQUE

gros mec

qu’on le veuille ou pas, quand on est une meuf on est une meuf avec tout ce que ça implique. t’as beau te la jouer gros bras, on te renverra à ça, que ce soit ton insensibilité supposée, ta connardise ou ta folie, ce qui est considéré chez un mec et en fera un génie sera une tare chez une meuf, c’est ainsi.

Souvent j’ai été surprise d’entendre la leur de surprise de mecs quand j’explique comme je travaille : absolument seule et sans réseau ni proposition autre que faire-valoir d’autre, jamais tout à fait pour mon taf. Ou la sous-lecture qu’on a de celui-ci, réduit à une expression imbécile de mes tripes uniquement. C’est compliqué de faire abstraction de tout ça, d’autant plus quand on tient tout particulièrement à son indépendance. Les mecs qui exposent, diffusent, ont un nom, ont des facilités que je n’ai pas, longtemps j’ai mis ça sur le compte de mon mauvais caractère mais force est de constater que ce caractère n’est pas foncièrement mauvais, juste je refuse la séduction et c’est ce qu’on attend quoi qu’il arrive d’une meuf. J’ai l’autonomie farouche.

L’étonnement d’un copain artiste quand je lui disais que non, non, Machin et Truc ne m’ont jamais proposé de bosser avec eux, la gêne que j’ai ressentie à dire que j’avais “bien vendu” une gravure à 50 exemplaires quand on pensait en  face que “bien vendre” est tout autre chose, ma stupéfaction à chaque fois de découvrir que derrière un nom y’a souvent, pour ne pas dire toujours, les petites mains invisibles souvent féminines qui se chargent des tâches ingrates, de manutention, d’organisation, de promotion, tâches qui m’incombent en plus du reste dans ma solitude et mon refus catégorique d’exploiter qui que ce soit. Je découvre aussi avec étonnement que je représente quelque chose dans les milieux artistique : tiens donc, j’existe malgré le silence ? ouai, on est plutôt curieux de me connaitre moi, mais ça n’ira pas à le dire publiquement, ça n’ira pas à me faire taffer dans de bonnes conditions. J’ai pensé cette façon de voir paranoïaque, mais au bout de 17 ans bientôt 18 de taf, je commence à avoir une belle pile d’exemples et d’écarts parfois énormes.

Forcément, dans ces conditions et tout le reste suivant : le logement, les conditions de vie, le fric, le taf, font que j’ai bien souvent l’impression de piétiner et d’une grande frustration dans mon boulot. En de rares moments j’ai pu me permettre des ambitions, le temps et l’espace étant enfin là pour le faire, mais j’enrage que ces moments ne soient que rares, parce que le bouillonnement de ce que je peux faire gronde, et j’en ai franchement plein le cul de savoir que pour obtenir ce que des mecs ont sans se poser la moindre question, il faudrait que je minaude, et même ça ne serait pas suffisant.

Je suis un mec dans ma tête, pour la société. Mon corps dit autre chose, mon vrai nom aussi. Parfois je surprends des regards intrigués qui vont de ma tête à ma poitrine, vérifier quelque chose et savoir comment s’adresser à moi. Ne baisse pas la tête, mec, ce que tu vois dit ce que je suis : pas là pour te faire plaisir, venir au devant de tes besoins ou te couver, te consoler et te servir d’escabeau. Je suis comme toi : j’ai des objectifs et des envies, j’ai des choses à dire, j’ai ma vie à mener, et dans cette vie aucun mec ne prendra la place de ce qui compte à mes yeux.

ATTONTION

Alors que revoilà la sous-préfète du reconfinement, à ma totale non-surprise puisque je l’avais dit dès le déconfinement eh oui je suis une sorte de Madame Irma de la merde, je suspend à nouveau l’envoi des grands formats sur la boutique. Ils peuvent encore être commandés pour une remise en main propre avec du noir sous les ongles (attention, le point de rendez vous sera à convenir de façon équitable, je ne fais pas de la livraison à domicile), mais l’expédition me parait un peu trop yolo vu la période. J’ai retaillé certaines  gravures avec de bonnes marges (sans entamer le motif heh) pour continuer à passer par le format lettre.

La flexibilitay, ça commence à bien me lourdey.

oubliez pas de me faire signe si vous avez un plan de T2 de 50m2 pour 300 balles par mois, donnant sur cours et tout près des Buttes. Ou un plan moins idéal, je vais pas chipoter. cimer.