réenchanter mon cul

voilà, la goutte d’eau, vraiment c’est plus possible.L’idée que la littérature doit réenchanter le monde me donne des envies de tout cramer plus que d’hab encore.

Réenchanter de la merde c’est juste foutre des paillettes dessus, et qui aujourd’hui peut espérer réenchanter quoi que ce soit à part des écrivants suffisamment détachés de ce monde justement pour arriver à être encore un peu enchanteurs, je me pose sérieusement la question. On écrit pas de rien, on dessine pas de rien, on vit pas d’amour et d’eau fraiche et l’idée de voir la littérature et les arts, encore plus aujourd’hui, dans les seules mains de bourgeois entretenus pour égayer le décors en ruines file une gerbe digne d’un lendemain de 1er de l’an si celui ci avait eu lieu. Les arts ne sont pas censés apparaitre ex nihilo pour divertir.  je radote ? oui et j’arrêterai jamais va falloir se faire à l’idée.

En ce moment et pour les créateurs crève la dalle, créer est de l’ordre de l’exploit, quand tout est réduit à néant de ce qui nourrit l’imaginaire, l’ennui, la tristesse, la pauvreté et l’isolement, les nouvelles qui parviennent de toutes part ne sont pas exactement des choses qui donnent envie d’enchanter quoi que ce soit. Comment je crée, quand plus rien autour ne permet ni le recul, ni la sérénité, ni la joie, ni le soulagement, que l’angoisse a finit par tout envahir.

Dans ma détestation de l’art exclu du monde, et vice-versa, il y a la considération que l’artiste n’est ni plus ni moins qu’unE autre, sa vie est strictement aussi valable qu’unE autre, et en ce sens on ne peut pas attendre aussi des artistes qu’ils fassent fi de la merde autour pour enchanter qui que ce soit, de son rang social ou pire encore, et c’est ce qu’il se produit maintenant depuis un bail que les conditions d’existence de tout le monde, artistes crève la dalle compris, de la bourgeoisie  ? je veux pas égayer la bourgeoisie mélancolique aux prises à ses questions existentielles de merde, putain, certainement pas.

y’a plusieurs choses à hurler dans cette affirmation que la littérature doit réenchanter le monde : que celle ci ne peut être offensive, que celle ci n’a qu’une seule fonction, que celle ci n’appartient qu’à des gens suffisamment à l’aise pour se permettre de s’en branler, ou bien que les artistes répondent finalement aux mythes de cette société là et celui en premier lieu que la réalité ne les touche pas. Comme cette personne à un vernissage il y a bien longtemps qui me disait, des étoiles dans les yeux, que ça doit être merveilleux de s’en foutre des factures. Je n’avais pas su quoi répondre tant c’était aberrant, et tant la personne était sincère. Parce que oui l’imaginaire est une chose précieuse, et que je comprends qu’on l’envie et encore plus dans la situation actuelle, mais cet imaginaire-là ne coupe pas de réalités, et bien au contraire ça peut s’avérer très dangereux de se réfugier dans l’imaginaire pour échapper au reste. Quand le reste, justement, vient à faire trop défaut et que le refuge finit par occuper toute la place le repli ou la maladie mentale n’est pas loin. La littérature ou les arts sont des îlots oui, mais les îlots supposent l’océan autour ou bien les plages ne s’avèrent être que des déserts. Je n’ai pas délaissé ma polésie totalement, tavu, y’a de l’espoir.

Il y a l’idée que l’art est circonscrit, avec toute l’idée de culture légitime, ainsi on va chanter une certaine littérature  soporifique tout en crachant sur des ravers pour prendre un exemple récent. L’une est culture à sauvegarder à tout prix, l’autre est inconsciente et dangereuse, puisque se foutant de légitimité ces sous-cultures sont produites dans l’indifférence complète et réjouissante du cirque du dessus. On veut bien de la création, mais une création aux ordres, une création qu’on puisse instrumentaliser, une création divertissante, une création sur laquelle on peut pérorer dans fin dans une autosatisfaction répugnante.

Si je dois réenchanter le monde ça ne sera pas exactement comme on l’entend dans cette vision bourgeoise abjecte, si je veux enchanter le monde ça n’est pas pour en divertir une poignée d’occupants, si je veux enchanter le monde ça sera en détruisant ce qui y rend la vie impossible sauf en de rares interstices que je peine de plus en plus à trouver. Si je veux enchanter le monde je compte bien choisir auprès de qui, quand pour d’autres j’espère mon art assez répulsif pour qu’on ne l’apprécie pas. L’art-xanax c’est de la merde, encore une fois, l’art c’est la vie la vie c’est l’art, et les tentatives d’inverser l’équation en remplaçant la vie par l’art doivent être réduites en cendre.

EDIT
une autre chose en passant : il s’agit pas pour moi de rejeter ce qu’on entend par “culture légitime”, j’en lis et regarde aussi, il s’agit de casser la hiérarchie qui existe dans les arts, et c’est pas la même chose et les implications ne sont pas les mêmes. La précision me parait importante parce que ces considérations sur les arts légitimes ont tendance à tout rejeter de ce qui est reconnu comme tel pour foncer dans un discours tout aussi idiot de mettre en avant des trucs pas forcément plus intéressants, et en partant sur un principe aussi arbitraire que son appartenance aux milieux populaires, de réagir en réaction uniquement et on sait bien ce qu’est la réaction et ce qu’elle entraine. Ça me laisse un peu circonspecte parce qu’à vouloir comme ça réagir en réaction uniquement, on finit par adhérer à une vision bourdieusienne (jamais lu bourdieu lol je gère la référence, france cul, si tu m’entends, donne moi un CDI). En somme il s’agit de détruire ce qui conditionne la légitimation plutôt que ce qui est considéré a priori comme légitime, et ça me parait d’autant plus important que le phagocytage des arts dits mineurs dans la culture “légitime” est un danger dans le sens où tout discours subversif est vidé, que ce soit pour les arts ou pour son propos politique (les exemples sont nombreux). Et c’est pour ça aussi que je trouve toujours un peu triste de voir des gens vouloir à tout prix la légitimation d’arts dits mineurs et/ou une reconnaissance de l’état ou d’autres choses plutôt que viser la fin de cette hiérarchisation, vouloir accéder à l’estrade plutôt que chercher à la détruire, en entérinant finalement l’idée de culture légitime. Il y a des auteurs reconnus comme légitimes qui continuent de rejeter cette hiérarchisation, il existe aussi des auteurs à rejeter la culture légitime à faire de la merde, il existe des auteurs reconnus pour des choses magnifiques mais qui entérinent la hiérarchisation, bref il existe de tout et tout n’est pas aussi nettement cloisonné. Détruire aussi la figure de l’artiste participe de la destruction de cette hiérarchisation, et ça ne signifie en aucun cas détruire la culture légitime, mais la faire “redescendre”. La figure de l’artiste, et peu importe le mythe qu’on y met selon qu’il soit prol ou bourgeois, est à détruire, mais pas l’artiste lui-même, et dans ce mouvement il y a aussi la fin de la frontière entre quelqu’un qui crée et quelqu’un qui regarde, quand dans le regard souvent il y a aussi beaucoup de création.

Je me suis fait cette réflexion maintes fois sur le rôle de la création, et pendant longtemps j’ai eu du mal à mettre les pieds dans des musées, jusqu’à ce que je pige ce retournement : la légitimation de certains arts ou de certaines expressions n’existe aussi que si on reconnait cette hiérarchie,et il est finalement simple de s’en défaire. Il ne s’agit pas de rejeter les arts reconnus comme légitimes, mais de pouvoir tout lire et regarder si ça nous chante.

Des Croûtes #17

Des Croûtes aux coins des yeux #17 / décembre 2020

c’est le 31 décembre, et non que j’accorde une signification aux fins d’années mais jme suis dit que c’était l’occasion de boucler un zine. Le voilà donc il est beau il est frais. Enjoy !

rock, zombie ! suite

je voulais pas montrer et puis ce matin j’écoutais les chemins de la philo et patatrac : rebelote. Impossible de faire autrement qu’exploser de rire désormais en sachant très bien ce qui suivra laconceptionduBienetduMal. Donc voilà j’en profite pour annoncer que je m’attèle à un RZ3 en cette fin d’année d’apocalypse décevante. Bon comme d’hab évidemment faut pas m’écouter parce que je peux changer d’avis en cours de route et laisser tomber cette idée, mais j’ai quand même très, très envie de dessiner des zombies. J’ai décidé de mettre tout au fur et à mesure sur une page dédiée (retrouvable dans le menu du haut) comme ça c’est toi qui vois, si t’as envie de lire au fur et à mesure ou si tu veux attendre d’avoir un livre ou si tu t’en fous complet.

Les mots et la vie.

je suis rentrée tard hier, lundi soir d’après distrib. Je suis passée d ‘un coup de la joie futile des discussions tout aussi futiles et soulageantes en une telle période à une colère sourde, en rentrant à pied faute de métro dans une ville vide. Je craignais un peu les rencontres, et ça faisait bien longtemps, parce que dehors, la misère et les conditions s’empirant, ça devient plus tendu. Je n’ai croisé que si peu de personnes et dans un tel état, que cette peur diffuse m’est passée rapidement. Restait la tristesse.

En cette fin de journée, des bribes d’un cortège revenant de République sont passés, c’était aussi comme le mélange contradictoire qu’est la vie, je dirais si j’étais poète. D’un côté le calme et de l’autre le boucan. Comme mon esprit qui se dépêche de me contredire : ah non alors ma vieille, être contente de la futilité c’est pas ce pourquoi tu es au monde, merde ! Mon esprit est comme la vie, quoi, toujours prêt à faire chier.

Les esprits chagrins y verront sans doute une incapacité au bonheur, et je leur rétorque que le bonheur m’emmerde, et surtout si il doit pour ça se nourrir de déni du reste, une satisfaction de soi, bêtement infatuée. Je lui préfère un million de fois ce que provoque le soulèvement. Ça n’est pas le bonheur rabougri, ça, c’est la libération ou la perspective de la libération et c’est très différent d’une béatitude petite-bourgeoise, la vision étriquée de son petit confort. C’est une tension, un moteur, une secousse, la chaleur, et loin de l’incapacité à être heureuse, j’y vois justement les moments où je peux l’être, à ma place, parce que je ne suis pas seule tout en l’étant, comme je peux l’être dans un concert. C’est justement le moment où tu peux voir que ce qu’on appelle le bonheur n’est qu’un endormissement et une adaptation à ce monde, et que c’est taper bien à côté que de croire que ça puisse être ça, être heureux.

La pulsion de vie dans mon boulot, puisqu’ici c’est de ça que je parle, est toujours teintée de ça. Ma vie telle qu’elle se construit autour et dedans mon dessin, ne peut être qu’en accord avec cette pulsion-là, puisque mon dessin est le sommet de l’iceberg de ma façon de vivre. Si j’ai tourné et retourné la question de la séparation de l’artiste et de sa création, c’est que, constatant les incohérences, je ne comprenais pas bien que d’un côté on nie sa pulsion révolutionnaire dans un train-train éditorial, un ronronnement du succès, comme je ne comprenais pas qu’on nie aussi au dessinateur fasciste une implication politique au sens que je refuse de me voir niée aussi dans cette intrication, créer n’est jamais détaché de soi, comme les mots des gens ne naissent pas de leur cul, mais du cerveau qui leur fait prendre des décisions.

L’incohérence de l’écrit révolutionnaire dans une boite d’édition qui trouve toute sa place dans ce merdier et le continue dans la même logique tue le propos même. D’oublis en compromissions, l’auteur mu pourtant par une vision d’un monde autre finira par adapter sa vie et étriquer sa vision si sa vie ne cherche pas aussi à incarner ses mots. Si il y a une séparation à opérer dans ce bazar, c’est peut être plus du côté du lecteur qu’il faut la chercher, ou dans les mots qui n’ont pas de volonté didactique (comme le souligne justement Despiniadis en conclusion de Kafka et les anarchistes). Je radote, pour changer. En somme je me dit que les textes qui nous portent ne devraient pas être rattachés à l’auteur, mais rester aux mots et à ce qu’ils provoquent. La destruction de la figure d’artiste ou d’auteur participe de cette séparation, si on est capables de lire des mots porteurs et d’y discerner aussi cette pulsion de vie, on devrait dans le même temps oublier que ça n’est pas parce qu’UntelLE l’a écrit que c’est important. Comme quand on me disait que mes textes étaient bien je me dépêchais de répondre que ça n’est pas tant que je le dise qui prime là dedans que l’écho qu’on en a et qu’on a tout à gagner à multiplier les voix, pour les diluer hors des personnalités et contribuer à faire vivre les idées plutôt que chercher à les circonscrire. C’est aussi pour ça que j’insiste autant sur le fanzinat, l’écriture, le dessin : il ne faut pas se contenter  de recevoir la pensée et la sensibilité d’autres mais exprimer ce que l’on porte aussi, parce que la multitude des nuances est infinie, et que la façon de dire n’est pas la même selon les personnes. Ce qui est dit d’une façon ici le sera autrement là, et l’éclairage nouveau fait apparaitre un milliard de sources nouvelles et autant de possibilités.