ouai ouai c’est ça ouai

mon vieux pote a raison à dire que je change absolument pas. Voilà, mes deux centimes sur la séparation artiste-homme, c’est qu’à vouloir séparer la glandeuse de l’artiste vous arriverez à que dalle. En changeant de classe j’aurais été entourée d’abrutiEs qui daronnisent respectablement en gros boomers qu’il faut pas casser la société et qu’il faut travailler sagement franchement comment voulez vous que je devienne pas dingue. Alors voilà, j’ai hâte de mes prochains vernissages à entendre ces couillons me dire que mon travail est fantastique (car il l’est), comme si ce taf n’étais pas produit par une punk à chien hihi
voici une planche parue dans Double Trouble, un livre sorti en 2006 ( sur cette page). Y’a des gens qui vieillissent, et y’en a non. Celleux qui vieillissent voudraient bien daronniser celleux qui le veulent pas et les ramener au raisonnable. La tension autoritaire, elle est aussi là et je prends ma pipe deux secondes pour froncer les sourcils dans mon peignoir en satin en insistant : méfiez vous BEAUCOUP de cette tension là. C’est la voix des agents ANPE que je voyais à l’époque, et ils étaient TOUS MALHEUREUX !!

mémé fanzineuse

Tiens mémé a encore une histoire. Le premier zine fest à bordeaux a eu lieu dans un squat. C’était vachement bien, ça circulait à fond, y’avait du modne,c’était joyeux. J’avais ramené mes machins mais vite délaissé ma table avec un petit mot dessus pour dire où j’étais, et une boite pour les ronds à côté, et je discutais dehors avec des copains punks, le cul sur le bitume à siroter des boites (car on ne dit pas canette quand c’est de l’alu savais tu). Ce même ouiquende, j’avais rencontré un copain anar avec qui on avait de grandes discussions sur Libertad, et c’était drôlement bien.

Le zine fest a décidé, dès la deuxième année, de faire ça dans un endroit plus grand plus propre. Forcément tout de suite les sponsors et partenariats se sont mis en place, avec la mairie et les machins clairement à visée d’embourgeoisement. Cette édition, j’y suis allée avec mes zines photocop tout pourris et mes patchs, comme ça n’avait pas changé de nom je me disais que c’était dans le ton. J’étais tout au fond à ma pauvre table sans scénographie compliquée et tapageuse, marketée pour vendre, juste un pauvre drap noir et mes machins posés dessus à l’arrache. J’ai rien vendu ou presque, et il n’y avait pas de discussion, pas de mélange, pas de mouvement, tout le monde derrière son stand à attendre le chaland dans des sapes de hipster propre à vendre de la microédition super chère, fallait faire de la maille pour rembourser les frais.

je n’ai pas remis les pieds dans ce truc, vu que je m’y étais emmerdée et que faire des ronds n’était pas ma motivation. Y’a eu des partenariat de Disparate, une boutique de zine à l’origine du zine fest, et de Mollat, plus grosse librairie de france avec un patron au MEDEF, et grand pote de Juppé qui n’a pas fait hurler grand monde à part nous autres les pouilleux du fanzinat. J’avais écrit un texte à ce propos, et une connaissance, issue pourtant du punk et du zine, m’a copieusement insultée. Ce mec m’avait pourtant approchée quelques années auparavant parce qu’il disait aimer ce que je racontais, il m’avait bien pompée mon énergie à me sucer tous les renseignements administratifs pour se lancer dans le dessin. Il m’a jetée comme une merde quand il a réussi, il avait plus besoin de moi et j’allais sans doute trop loin dans la cohérence. Ce texte a été photocopié et distribué par mon pote qui faisait du zine comme moi, dans le même esprit, et les deux étaient pourtant présents à cette saloperie récupérée par la mairie.

Y’a eu la lutte contre la disparition du énième, contrat aidé qui servait beaucoup au milieu associatif, qui a dit beaucoup du revirement libéral ces dernières années. alors qu’on était réunis autour de la confection de banderole avec les zineux et autres informels, les gens de la boutique de zine nous disait son déchirement à devoir se séparer de son contrat aidé “qui bossait bien pourtant” parce que le contrat se terminait. Ha bah oui voilà à vouloir un fonctionnement de boite, à vouloir un local pour vendre,  à avoir des trimards, on en vient forcément à adopter des discours de patrons, même dans le fanzinat. On essayait de dire, avec mon pote, que la question c’était pas de défendre un contrat précaire (dont il dépendait aussi) mais de flinguer le travail, purement et simplement.

Je me suis laissée entrainée dans cette ascension à force de me cogner à ce genre de choses et ce n’est d’ailleurs pas étonnant que dans ma dérive je me sois engueulée avec ce pote anar rencontré à ce premier zine fest parce que d’un coup je ne comprenais plus son propos, embarquée de force en cherchant à survivre.
Mais depuis mon arrivée à paris, je cherchais ce genre d’endroit ou d’ambiance pour reprendre le zine dans sa conception politique aussi : pour nous, par nous, en autonomie, pour le fun et dans les expérimentations. en vain, ou dans des trucs très ciblés, ou alors j’ai pas bien regardé où il faut, et je n’avais pas tellement le temps à force de problèmes de logement et de fric. J’ai lancé l’idée en l’air de glaner des punks pour une distro sauvage, on m’a répondu d’aller dédicacer en librairie de gôche avec véhémence, comme si ce que je disais était une attaque. On m’a proposé des places en atelier mais l’ambiance était au coworking et n’avait rien à voir avec mon idée des choses : je voulais pas travailler, je voulais de la circulation, des idées, du mouvement et surtout un fonctionnement qui ne soit pas celui d’une entreprise. Paris et son prix a un impact sur tout.

Faut pas croire, quand on gueule que les origines du zine ou du punk ou du queer ne doivent pas être oubliées, ça n’est pas, pour la posture, c’est que ces oublis amènent à la vision libérale qui finit par enfoncer tout le monde,  et de façon large : si même des milieux radicaux issus d’idées anarchistes en viennent à de tels oublis et en viennent à travailler et fonctionner en entreprises, comment on pense que ça va évoluer dans d’autres milieux où l’acceptation du travail est un fait établi depuis des lustres ? secouez vous, les punks, le vieux monde est en train de vous manger tout crus.

 

échos échos échos

en février je dessinais ce strip après avoir écouté un copain formidable (vu qu’on est pareils, tsais) :

et aujourd’hui je dessine celui-ci suite à une incroyâââble série de coïncidences qui ne m’ont absolument pas étonnée. Des fois c’est dur de se dire que y’a rien d’autre que de l’humanité dans ce genre de hasards et d’y voir le destin ou je ne sais quelle connerie du genre qui ferait enfiler une toge de gourou pour causer du grand tout à la con et finir dans les délires queer à la mode. Et nan c’est juste des gens qui réfléchissent hors des cases :

bon tout ça pour dire que des fois la vie prend tout son sens dans une soirée où tu finis de faire le lien entre des tas de trucs, du zine à ta conception politique, des rencontres à la communication et finir en beauté grâce à un mec croisé, spliff au coin du bec, qui improvise rien que pour toi et en te fixant bien dans les yeux une lap-dance sur la barre de métro avant de quitter la rame en t’adressant ses deux pouces levés. T’as déjà vu plus crétinement cool toi ? moi rarement.