Les mots et la vie.

je suis rentrée tard hier, lundi soir d’après distrib. Je suis passée d ‘un coup de la joie futile des discussions tout aussi futiles et soulageantes en une telle période à une colère sourde, en rentrant à pied faute de métro dans une ville vide. Je craignais un peu les rencontres, et ça faisait bien longtemps, parce que dehors, la misère et les conditions s’empirant, ça devient plus tendu. Je n’ai croisé que si peu de personnes et dans un tel état, que cette peur diffuse m’est passée rapidement. Restait la tristesse.

En cette fin de journée, des bribes d’un cortège revenant de République sont passés, c’était aussi comme le mélange contradictoire qu’est la vie, je dirais si j’étais poète. D’un côté le calme et de l’autre le boucan. Comme mon esprit qui se dépêche de me contredire : ah non alors ma vieille, être contente de la futilité c’est pas ce pourquoi tu es au monde, merde ! Mon esprit est comme la vie, quoi, toujours prêt à faire chier.

Les esprits chagrins y verront sans doute une incapacité au bonheur, et je leur rétorque que le bonheur m’emmerde, et surtout si il doit pour ça se nourrir de déni du reste, une satisfaction de soi, bêtement infatuée. Je lui préfère un million de fois ce que provoque le soulèvement. Ça n’est pas le bonheur rabougri, ça, c’est la libération ou la perspective de la libération et c’est très différent d’une béatitude petite-bourgeoise, la vision étriquée de son petit confort. C’est une tension, un moteur, une secousse, la chaleur, et loin de l’incapacité à être heureuse, j’y vois justement les moments où je peux l’être, à ma place, parce que je ne suis pas seule tout en l’étant, comme je peux l’être dans un concert. C’est justement le moment où tu peux voir que ce qu’on appelle le bonheur n’est qu’un endormissement et une adaptation à ce monde, et que c’est taper bien à côté que de croire que ça puisse être ça, être heureux.

La pulsion de vie dans mon boulot, puisqu’ici c’est de ça que je parle, est toujours teintée de ça. Ma vie telle qu’elle se construit autour et dedans mon dessin, ne peut être qu’en accord avec cette pulsion-là, puisque mon dessin est le sommet de l’iceberg de ma façon de vivre. Si j’ai tourné et retourné la question de la séparation de l’artiste et de sa création, c’est que, constatant les incohérences, je ne comprenais pas bien que d’un côté on nie sa pulsion révolutionnaire dans un train-train éditorial, un ronronnement du succès, comme je ne comprenais pas qu’on nie aussi au dessinateur fasciste une implication politique au sens que je refuse de me voir niée aussi dans cette intrication, créer n’est jamais détaché de soi, comme les mots des gens ne naissent pas de leur cul, mais du cerveau qui leur fait prendre des décisions.

L’incohérence de l’écrit révolutionnaire dans une boite d’édition qui trouve toute sa place dans ce merdier et le continue dans la même logique tue le propos même. D’oublis en compromissions, l’auteur mu pourtant par une vision d’un monde autre finira par adapter sa vie et étriquer sa vision si sa vie ne cherche pas aussi à incarner ses mots. Si il y a une séparation à opérer dans ce bazar, c’est peut être plus du côté du lecteur qu’il faut la chercher, ou dans les mots qui n’ont pas de volonté didactique (comme le souligne justement Despiniadis en conclusion de Kafka et les anarchistes). Je radote, pour changer. En somme je me dit que les textes qui nous portent ne devraient pas être rattachés à l’auteur, mais rester aux mots et à ce qu’ils provoquent. La destruction de la figure d’artiste ou d’auteur participe de cette séparation, si on est capables de lire des mots porteurs et d’y discerner aussi cette pulsion de vie, on devrait dans le même temps oublier que ça n’est pas parce qu’UntelLE l’a écrit que c’est important. Comme quand on me disait que mes textes étaient bien je me dépêchais de répondre que ça n’est pas tant que je le dise qui prime là dedans que l’écho qu’on en a et qu’on a tout à gagner à multiplier les voix, pour les diluer hors des personnalités et contribuer à faire vivre les idées plutôt que chercher à les circonscrire. C’est aussi pour ça que j’insiste autant sur le fanzinat, l’écriture, le dessin : il ne faut pas se contenter  de recevoir la pensée et la sensibilité d’autres mais exprimer ce que l’on porte aussi, parce que la multitude des nuances est infinie, et que la façon de dire n’est pas la même selon les personnes. Ce qui est dit d’une façon ici le sera autrement là, et l’éclairage nouveau fait apparaitre un milliard de sources nouvelles et autant de possibilités.

PREVENTE / Supercroûtes GÉANTES mega

J’ai bidouillé un recueil de tous mes strips depuis que j’ai repris en juillet dernier. La prévente est déjà accessible sur l’échoppe avec tout ce qu’il y a à savoir

UPDATE : c’est parti à impression, réception prévue tout début décembre, les préventes partiront  aussi sec. J’en ai profité pour commander une carte pour envoyer avec toute commande :

 

des Croûtes #15

il est beau il est frais il vient d’arriver, le 15è zine des Croûtes. Cliquez sur cette magnifique couverture pour y accéder.
Les strips ne sont plus sur le blog parce que c’était le foutoir et ça perturbait tout mon équilibre des chakras, mais tout est en pdf sur cette page avec des tas d’autres trucs, pour rappel.