banane

ce que j’aime à Paris c’est que je peux trouver des bananes pas chères à tous les coins de rue, ça compense pas les loyers hors de prix mais c’est toujours ça de gagné, comme ça la question “sortir ou manger” est vite réglée. Une chose est sûre c’est que je serai jamais en carence de potassium.

zineux

tu dessines depuis que t’es tout ptit, depuis que tu sais tenir un crayon et t’as jamais arrêté, tu faisais ça comme d’autres jouent au foot et ça t’empêchait pas de jouer au foot d’ailleurs, c’était dessiner comme autre chose. un jour on t’as dit qu’il fallait gagner ta croûte, t’as trouvé ça con, et puis t’as vu que y’en a à dessiner jusqu’à leur mort tu t’es dit wah mais c’est super, je vais faire ça et comme ça je travaillerai jamais !

et tu te réveilles un matin en réalisant que tu vois tes potes que si tu signes de livres à des festival où ils vont parce que t’es dans la dèche et que t’as pas les moyens de te payer le train avec ce si fabuleux métier qu’il a choisi de pas payer, et qu’en plus tes potes pensent les festivals comme des endroits de rencontre, autour de micros et de signatures, tu t’astreins à dédicacer comme un con derrière une table pour 2h d’apéro où tout le monde est trop crevé par le bruit et la foule pour avoir une discussion tranquille, tu rentres chez toi triste malade et frustréE et toujours dans la dèche et tu te rends compte que même si t’as vu tes potes tu leur as pas vraiment parlé. Le meilleur moment d’angoulême, mon pote, c’est le dimanche soir quand tout est plié et que la ville s’est vidée, qu’on peut enfin se poser dans le calme et raconter nos conneries.

T’as pas de temps pour voir des gens qui dessinent en dehors des festivals pasque tu dois trimer comme un con pour un magazine à la con ou ton album à boucler dans des délais absurdes pour 3 cacahuètes. Tu te souviens de tes premiers zines et comment c’était n’importe quoi, et comme c’était plus cool de pas avoir de ronds mais au moins t’avais pas à te farcir Leclerc pour espérer rigoler avec tes potes. La même dèche mais beaucoup plus supportable.

Fuck cette merde, on dessine pas pour alimenter l’industrie du papier et réclamer le droit à signer des bouquins où on peut même plus raconter ce qu’on veut comme on veut, quittez le navire de toutes façons il coule, et regardez nos gueules on a des écharpes à la noix et on va pérorer sur france culture ça veut dire quoi ça, on est plus foutus de bavarder autrement que sur nos bouquins “et toi tu bosses sur quoi en ce moment ?”. La dépression de beaucoup c’est tout connement ça, se retrouver englués dans cette merde jusqu’à ne plus chercher à socialiser en dehors de festivals ou ne plus socialiser du tout.

je bosse à ne plus jamais bosser, plus jamais, ça n’a jamais été que ça mon but dans la vie : raconter des conneries à des potes.

il faut réveiller le ponk

nan mais tu te rends compte si moi j’ai réussi à m’embourgeoiser ça veut dire quoi du monde ? putain on est dans la merde les gars, j’en  étais à me dire que c’était fini pour moi les conneries de concerts bien avant cette crise, pourquoi Satan m’a pas foudroyée à la seconde ? Jvais pas redire pourquoi et comment j’ai toujours raison, t’as qu’à me croire sur parole : j’ai raison. Ce qu’on fait et ce qu’on dit, ce qu’on défend et comment on agit ont des conséquences, non seulement sur nous et sur nos potes, mais plus largement parce que mes petits potes on vit pas hors du monde, ce monde c’est nous.

Bref ça fait  une semaine que je prie les Saint Svinkels à réveiller le ponk qui est en moi et à refaire tout le chemin, cvar c’est ma passion dans la vie. Si je résume toutes les engueulades que j’ai pu avoir, toutes sont résumables à : vous voulez être underground et ramasser le fric et ça n’est pas compatible et ça me fait bouillir la merde dans le cul. un paquet de temps que je me fritte HxC avec le gauchisme qui veut faire de milieux underground issus d’idées anars des alternatives molles aux idées qu’on a, en les vidant de leur sens. HE les punks j’avais raison et j’ai été soulagée aussi de le lire chez d’autres, comme Stonehenge le disait y’a peu sur l’usage de paypal, comme je l’ai lu dans ne sais plus quel fanzine, regardez nous là on est tristes comme des cailloux à pleurer nos jeunesses, tu crois que ça vient d’où ?

Tsais mon pote punk, je me suis engueulée avec un tas de gens tu le sais bien et je sais que je suis une connasse quand je m’y mets, mais c’est pas pour le plaisir de l’engueulade que je faisais ça, c’était par amour des copains et de notre vision des choses. Avec vous souvent parce que je voyais la gangrène individualiste au sens libéral et pas anar bouffer notre énergie, bouffer nos façons de faire, l’embourgeoisement de bordeaux a tué nos endroits préférés, le Rastaqouère, le Local U, les squats, notre enthousiasme. Jme demandais pourquoi j’étais si nostalgique de cette époque, et ben c’est juste qu’on est devenuEs des cons à travailler alors qu’on détestait ça. C’est juste que y’a des abrutis à chercher la reconnaissance et le pognon avec notre musique, nos fanzines et nos façons de faire, qu’on a fini par oublier qu’on doit rien à personne et que nos shitbraü seront toujours meilleures que leurs IPA bio de mes couilles.

Je suis partie de Bordeaux dégoutée de voir qu’on nous avait tués, qu’on ne savait plus être marrants et fous, qu’on s’emmerdait comme des pierres, que l’importance que certainEs pensaient avoir à être des figures de l’underground bouffait aussi tout ça, on est que dalle, on est mal sapés, on vit pas comme des bourgeois et on fait du bruit putain. On est pas là pour échanger des LP à la base, on est là pour le live, on est là pour la vie, on est pas là pour devenir une version patchée et cloutée de la bourgeoisie, engoncés dans des couples tradis et des locations d’appart de plus en plus éloignés, en cherchant des trucs alternos plus bobos que punks, en laissant crever les dernier endroits qui nous appartiennent parce qu’on a baissé les bras, on a laissé mourir aussi les trucs collectifs en suivant les restrictions de la mairie, parce qu’on a pas voulu se battre et parce qu’on regardait avec condescendance les derniers alluméEs encore à défendre cette vision de la vie.

On ne pouvait pas lutter contre l’embourgeoisement  : on était pas ensemble. Parce qu’on se regardait entre nous entre les milieux à savoir qui était le plus cool et qui était le plus con, on a jamais su regarder ce qui faisait le commun et à se montrer snobs sur des trucs à la con. Décoincez-vous essayez, être soi même n’est ni honteux ni rien, bordel, c’est quand tu t’ouvres en laissant aussi la possibilité d’être contreditE sans flipper que tu découvres que ce snobisme à la con c’est juste avoir une vision parfaitement normative. Quand on se fichait de moi parce que j’avais le mauvais goût d’aimer Roots de Sepu, quand on arrivait pas à discuter d’autres chose que d’ampli et de pressage de LP, quand les distros sont devenues des magasins autogérés, quand on allait faire des trucs fanzine underground avec Mollat sur l’Iboat, on avait déjà capitulé.

Merde, merde, vos potes les plus cools sont ceux que vous regardez avec pitié, ils boivent et se défoncent parce qu’ils sont tristes, ils boivent et se défoncent parce qu’on a oublié ce que c’est que notre vision DIY, parce que les potes à avoir gagné cette bataille sont ceux à avoir les dents longues, parce qu’on a jamais voulu essayé d’être cohérentEs autrement que dans les mots. On a affiché des trucs antisexistes en laissant des vieilles connaissances se comporter en porcs en leur trouvant un paquet d’excuses, on a vu disparaitre des tas de meufs des milieux, lessivées et en dépression, on a vu crever tout. Et c’est ce que je vois, ici à Paris alors que je cherche un endroit comme le Novo Local que j’aimais tant : il n’y en a pas. Ici la séparation est encore plus nette, et je compte bien aller chercher les punks embourgeoisés par la peau du cul et leur remettre dans la tronche les idées qu’ils sont censés porter. L’anarchie les gars, ça n’est pas un vain mot à brailler en concert pour retourner au turbin le lundi.

 

et ça urge, alors que j’entends mes potes glandus, punks, perdus, anars et autres rebuts de la société dire qu’ils flippent de ne plus dire ce qui paraissait évident y’a pas si longtemps, qu’on refuse le travail. Je me suis pas radicalisée du tout, je reviens à ce que j’étais avant que je pète un câble à force d’avoir aussi emprunté cette voie de merde, la réussite, parce que rien à bordeaux ne pouvait à ce moment là me tirer vers quelque chose de chouette, je me suis engueulée avec un paquet de gens, et toujours pour la même raison. Quand je vois que dire que le travail est une horreur est devenu trop subversif pour être porté, quand je vois que les gens à partager encore cette vision sont vus comme des arrachés à vite faire taire et à réprimer, ça CRAINT et tout devient horriblement étouffant. Vous vous rendez compte qu’on est en train de croire que des gens comme nous sont tombés dans le fascisme ? on en est là en fait : porter ce genre d’idée est devenu encore plus suspect. La faute à cette putain de gauche qui nous veut responsables et la vie qui va en devenant de plus en plus trash, à tous points de vue. Ce qu’on porte comme idée c’est notre vie, et on est en train de crever et la société autour qui a suivi le même mouvement enferme et condamne encore plus ce que nous sommes, que ce soit la taule ou l’HP, alors il est grand temps, mon pote, de réveiller le ponk qui est en toi.

 

Et tu sais, si j’ai pleuré comme une madeleine à ce rarissime concert queer au Novo et sans arriver à réprimer les pleurs, j’ai mis du temps à le comprendre : c’était que pour une fois, pour une fois, je voyais un public heureux et ensemble, des queers et des meufs à fond, dans la joie et l’énergie que je ne voyais plus ailleurs.

mes chats

Quand Bubu avait un an, il y a 17 ans, eh oui c’est un vieux pépère à sa moman, on a décidé avec mon mec de l’époque de lui offrir un compagnon. On est allés à l’école du chat libre pour voir quel poilu on pourrait adopter et en fait d’adopter on s’est fait adopter, nous, par un petit chat tout frêle et gracieux, qui s’est avancé vers nous et a miaulé minusculement à nous faire brailler d’attendrissement. On a pouvait pas lutter contre ça, on a embarqué ce petit truc et on l’a appelé Megadeth.

Megadeth était un chat petit, fin, craintif et qui courait se planquer dès que y’avait du monde à la maison. Il s’est entendu avec le gros Bubu après quelques semaines à se fritter, ils étaient inséparables et dormaient ensemble touit le temps, lovés l’un contre l’autre. Megadeth était aussi très câlin et savait se montrer d’une intelligence dingue dès qu’il s’agissait de chourrer de la bouffe : il savait ouvrir les placards, il savait aller chercher tout, aussi bien qu’on a du foutre des protections enfants sur le frigo. Il était vraiment petit et élancé, on le prenait pour une petite chatte et même en vieillissant il restait si chétif qu’on le prenait pour un très jeune chat.

On s’est séparés avec mon mec qui m’a laissé les poilus, et moi j’ai continué ma vie avec eux. On a emménagé avec un autre mec quelques années plus tard dans un appart, moi avec mes deux chats et lui les deux siens. Heureusement que c’était grand, et il y avait un accès aux toits derrière. Ses deux chats avaient l’habitude de l’extérieur, mais les deux miens non. On a tenté. J’ai été repêcher Bubu 12000 fois dans la cour de voisins, dans une cave, et je le regardais incapable de sauter un mur lever la tête vers moi à pleurer de façon déchirante son handicap en escaladant avec ses griffes le mur. Ce gros Bubu n’aimait pas trop l’extérieur et s’y trouvait vite emmerdé. Les deux chats de mon ex galopaient partout et revenaient sans souci, sauf que l’un d’eux allait pisser systématiquement sur le paillasson d’un voisin, Megadeth lui était toujours parti à droite à gauche et ramenait du chocolat chourré chez un voisin à notre grand étonnement hilare.

Celui  qui allait pisser sur le paillasson des voisins a fini par poser problème, on savait plus comment empêcher ça et le voisin commençait à monter le ton dangereusement. En plus, qui a des chats sait bien que tu passes ta vie à faire le portier quand ils ont accès à l’extérieur et que tu peux pas poser de chatière. On s’est donc résolus, à contrecoeur, de renfermer les matous.

Bubu et les deux chats de mon mec ont bien accepté, et ils ne posaient pas de souci. en revanche, Megadeth qui était pourtant si câlin et collant auparavant, n’a pas supporté du tout et est devenu extrêmement agressif avec la minette de mon ex, alors qu’il se montrait plutôt craintif et assez facilement victime de la même chatte, dans un inversement de comportement incompréhensible à nos yeux. La minette était coincée dans une pièce, effrayée et traquée par ce petit chat devenu une terreur, au point de ne plus vouloir s’alimenter et pouvoir rejoindre la litière pour y faire ses besoins, qu’elle faisait là où elle pouvait. La situation devenait impossible, aussi je me suis résolue à contrecoeur de me séparer de Megadeth.

J’aimais énormément ce chat, mais il était malheureux dans cette vie. Alors mes parents ont accepté de l’accueillir chez eux, dans la nature, avec un grand jardin. Le temps d’adaptation a été long et pour beaucoup du au fait que le territoire devait être partagé avec un autre chat qu’il ne connaissait pas, mais il a fini par prendre ses aises, et s’est adapté formidablement. Il a aussi développé une maladie, un truc génétique selon le véto, qui s’est déployé avec l’accès à l’extérieur. Les chats d’intérieur vivent plus longtemps parce qu’ils ont aussi moins de risques à choper des maladies et à avoir des accidents que ceux à galoper dehors.

Mes parents ont aussi déménagé et ont embarqué Megadeth seul, l’autre ayant trouvé la mort en étant percuté par une voiture sur les petites routes de ma campagne natale. La relation aux animaux à la campagne n’est pas du tout la même : j’ai eu un tas de chats, qui finissaient par se barrer ou mourir jeunes, parce qu’ils vivaient dehors, aussi on apprend vite, dans ces conditions, à ne pas s’attacher à l’animal comme on le fait dans d’autres circonstances. Megadeth désormais seul son son territoire et malgré sa maladie invalidante (il perdait la vue) menait sa meilleure vie. Je ne l’ai pas vu pendant un an et quand je l’ai retrouvé j’ai été estomaquée de ne pas le reconnaitre : déjà, il se montrait distant et non pas collant comme je l’avais connu, mais en plus il avait beaucoup changé physiquement. Le petit chat tout frêle et craintif avait disparu et c’était un grand chat, musculeux et nerveux, indépendant et ne s’approchant pas trop des humains ou alors avec plein de méfiance.

Évidemment que t’as de la peine à voir son petit truc mignon craintif et câlin devenir distant, mais la liberté qu’il avait maintenant l’avait fait devenir un chat pour de bon, et il avait trouvé dans sa liberté quelque chose qu’il ne pouvait pas supporter si on lui supprimait, jusqu’à devenir agressif avec ses congénères. Mon petit Megadeth était devenu lui-même et hors de moi et de la prison que je lui imposais. Il est mort, ou disparu, on a jamais su. Mais j’en suis pas triste parce qu’il a vécu comme il lui convenait de vivre et que le voir devenir aussi méchant enfermé n’était pas possible.

Le gros Bubu lui est toujours avec moi, ce socedem pépère content du couple et du train-train, infoutu de vivre dehors atteint ses 18 ans pétant de santé d’inexplicable façon. Il est content et se paye encore des sprints dans l’appart et se montre toujours curieux des gens à (encore) venir me voir bien qu’il soit passablement jaloux.