About Jules Piler

spécialiste shitbraü

le chauffeur de bus de l’angoisse

tiens pourquoi je raconte plus ces conneries d’histoires nazes de pauvre un peu énervé là, je disais à une pote alors qu’on bavardait bien tranquillement sur nos vilaines habitudes de pauvres énervés au lieu de travailler pour être moins pauvres et énervés comme tout le monde. C’est vrai ça, ça fait longtemps qu’on a pas eu d’histoire de vigile ou de travailleur amoureux de sa boite à aller faire sa grosse poukave en espérant gagner son paradis et moi qui me fâche tout rouge, qu’est-ce qu’il se passe t’es devenu sage ou bien ? Ouf non car la dernière en date, c’était juste hier soir :

donc je rentrais d’un concert. Jme suis dit attends vazy prends un bus, c’est pratique le bus quand on veut pas trop marcher et qu’on a la flemme de sauter un portique (surtout si on se pète systématiquement les genoux ou qu’on trouve ça fun de le tenter toujours quand y’a un troupeau de contrôleurs juste derrière, par exemple). Je sais plus où on prend le bus, et j’ai vu 3 bières, forcément je me retrouve là où les bus atterrissent et pas là où ils décollent. Bon. Je vois le bon bus, je m’apprête à monter dedans mais le chauffeur m’arrête avec un air qui me laisse pas trop espérer un Werthers original en cadeau de bienvenue :
-woh non non là c’est où les bus atterrissent faut aller plus loin pour prendre le bus

plus loin, c’est à dire à 10m, c’est à dire que le gars reste dedans son véhicule, moi je ahane pour aller 10m plus loin, et le gars avance son véhicule sur ces 10m  où y’a rien de tout et ouvre les portes de son véhicule et dit bonsoir madame et moi je m’énerve. Donc je trouve tout ça parfaitement con, parce que c’est parfaitement con, alors je m’énerve.

-mais enfin il est là le bus c’est débile j’ai mal aux pattes (j’ai 48 ans bientôt, à envisager le tabouret portatif pour mes prochains pogos) je pourrais me poser, ça change que dalle
-nan c’est pas comme ça qu’on fait
-mais c’est totalement con
-c’est moi que tu traites de con
-non je dis que c’est con, c’est ta mère la RATP ou quoi qu’est ce que tu t’en fous
-wolaaaa le gars prend un air très méchant (il fronce les sourcils. je suis teubé mais j’apprends vite en observant)
bon j’insiste pas, je soupire  je fais 10m en grommelant et je rentre dans le bus mais tout ça me parait tellement stupide que bon encore une fois je peux pas m’empêcher de dire que je trouve ça très stupide (car ça l’est, bon sang de bois ! on m’a jamais cassé les couilles comme ça en prenant l’unique bus pour aller m’emmerder à Cerizay bon sang !)

-bonsoir voilà bravo super, 10m plus loin, y’a personne, bonjour le sketch
-quoi ?!
-bah oui oui c’est totalement bête ton truc, déso hin, mais je vois pas du tout ce que ça change à part satisfaire une envie de faire chier y’a PAS UN CHAT là

je scrolle mon téléphone en grommelant sur mon siège dans ce putain de bus vide et j’entends le gars appeler ses collègues pour geindre que y’a une méchante fille (? ça doit être moi je suppose vu que y’a personne d’autre) dans le bus « et même qu’elle m’a traité de connard ». Hou le vilain rapporteur ouuuh fayot fayot ! dommage j’ai pas de Bic pour envoyer des boulettes mâchouillées (penser à faire un petit kit d’urgence au cas où)

-non mais qu’est-ce que tu fais là, à appeler tes collègues ?
-…oui oui là elle continue…. oui là elle me demande ce que je fais oui
Bordel mais il va nous pondre une tribune dans le figaro si ça continue, ce con.
je me lève, passablement énervé, je me plante devant lui en sachant pas trop ce que je vais faire et je me plante devant lui qui appelle ses cons de collègues
-c’est quoi ça t’appelles les secours ?! c’est quoi ce délire ?
le mec me regarde même pas, courageux comme un CRS en robe de gala intégrale et continue de chouiner dans les jupes de sa maman dans son téléphone. C’est marrant le téléphone interne des bus, on dirait un pot en forme de feuille de salade en céramique chiné au Bon Coin qu’on aurait planté en plein futuroscop- j’ai pensé brièvement et puis j’ai embrayé :
-okay bon ben je me casse en fait moi, allez, salut connard

et je me barre de son putain de bus.  Il prend un air totalement surpris d’un  coup et me lance
-quoi tu te barres ?!
-ben oui hin je suis pas maso
et je me taille comme un prince en lui dressant mon majeur par dessus l’épaule, genre sans même me retourner rien, tsais, clint eatswood, minimum, si clint portait son perf STAY PNUK et supportait plus trop la bière. On est en plein Mad Max mais écrit par Kevin Costner (en fait ça existe déjà, ça s’appelle Waterworld et il est super)

j’allais dire : FIN. mais voilà en fait ça m’a frappé en racontant à ma pote : c’est ma foutue malédiction qui continue encore et encore. Le mec fait partie de cette espèce particulière qui pense qu’on « rigole ensemble » à pas avoir l’air de piger sa place dans son petit jeu de merde qu’il a mis au point tout seul dans sa caboche sans m’en informer. Peut être que ce genre de gars s’imagine que je râle dans ces cas là pour passer le temps ou parce que j’adore ça, moi, m’engueuler avec des cons, va savoir.

Ça m’a rappelé une fois où je passais les portiques avant de prendre un avion y’a des années, j’avais oublié ce truc dans mes superbes histoires du genre. Le mec de la sécu qui décidait si tu pouvais passer ou pas était évidemment gigantesque avec une tête à rigoler quand il se crame et alors que je pensais passer pépouze pour aller poireauter avec le reste du bétail des vols low-cost. Le mec avait commencé à me chercher des poux à propos de mon tish Chambre Froide. Il me posait des tas de questions et ça a duré, duré, tant et si bien qu’au bout d’un moment je me suis dit mais bordel tu vas voir que je vais pas pouvoir embarquer à cause d’un putain de tish de black metal bordelais elle est bien bonne celle-là et que je vais rater mon stand et que je vais pas vendre 2 gravures et que je vais manger les nouilles sans beurre c’est un putain de DRAME. Bref, la panique montait dangereusement j’ai commencé à renvoyer chier (avec précaution quand même) le gros gars à lui demander pourquoi mon tish l’intéressait autant et si y’avait un putain de dress-code sur Poucrave-Airline et que j’aurais manqué l’info (ça m’aurait même pas étonné). Le mec a pris le même air surpris que chauffeur de bus amoureux de la RATP et il m’a dit d’un coup « ah mais je rigolais ! ». Ahuri, je lui ai démontré que l’eau mouille en 3 étapes :
1/ je suis pas ton pote
2/ tu peux choisir qui embarque ou pas
3/ on fait pas de réflexions sur mes sapes sauf pour s’exclamer que je suis splendide putain de merde*

voilà, fin, allez bye j’ai des chips à baffrer devant friends pour ne toujours pas faire fortune

 

*traduction simultanées du regard « je te fusille » qui fit ma réputation dans toute l’édition.