Philo Spontex

Philo spontex, c’est un podcast où je fais la vaisselle en réfléchissant, ou je réfléchis en faisant la vaisselle ça dépend, sur un sujet donné par l’Entité de l’Ombre.

Philo spontex 1 : la vaisselle est-elle contre-révolutionnaire (1ère partie)
Philo spontex 1 : la vaisselle est-elle contre-révolutionnaire (2ème partie)

Philo spontex 2 : la vaisselle et le collectif

Philo spontex 3 : freestyle

Philo spontex 4 : Différence, assonance et ressemblance, quelle relation entre la polésie et la poésie

Philo spontex 5 : ésotérisme et beurre salé, la révolution sera t-elle nature ?

philo spontex 6 / champignons : utopie ou catastrophe ?

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Lors de ma venue à Genève, invitée par la Librairie Cumulus, j’ai répondu aux questions pertinentes de Chloé Berthet. Cette entrevue est parue dans le Courrier du 30 novembre. Ci-dessous, je mets l’intégralité de l’entretien, qui a du être coupé pour les nécessités du papier.

Peux-tu revenir sur tes récents démêlés avec les milieux fascistes et le harcèlement que tu as subi.
Les opinions fascistes ont plus de visibilité parce que, de plus en plus souvent, sous couverts de « liberté d’expression », on agit comme si la prise de parole en soi était plus importante que le contenu des propos et leur impact. Les BDs de Marsault par exemple circulent énormément par Internet mais sont aussi relayées par des chaînes comme FNAC ou Cultura. Le but de ces enseignes, c’est de faire du chiffre, donc elles ne sont pas très regardantes: ça n’est pas rare que ce genre de publications soient mises en avant dans leurs magasins. Les milieux fascisants aiment à agiter l’étiquette de victimisation pour disqualifier les mouvements féministes, antiracistes et antifascistes et les luttes contre les LGBTphobies. Ce sont pourtant des mouvements qui dénoncent des oppressions tout à fait théorisées n’ayant plus à être démontrées. Par contre, quand un auteur fasciste se plaint pour une dédicace annulée, ça ne serait pas de la victimisation mais de la « liberté d’expression ». Dans leur vision, la « liberté d’expression » n’existe pas pour les autres. Marsault a décidé de personnifier le problème en me désignant comme responsable, mais on était toute une bande ! On ne se connaissait pas tous d’ailleurs. Je pense que beaucoup de gens aimeraient plus prendre la parole mais ne le font pas parce qu’ils savent ce que ça peut déclencher contre eux. C’est d’ailleurs tout à fait normal de ne pas vouloir se mettre en danger. Dans ma position, c’est un peu plus facile puisque j’ai une certaine visibilité. Il faut l’assumer, mais ça protège aussi un peu. Comme ce n’était pas la première fois que j’ouvrais ma gueule, je pense que Marsault a voulu se venger. J’ai reçu une avalanche de menaces de violences, de viol voire de mort. Ça a duré un mois et demi. Sur le moment, ça ne m’a pas trop touchée, j’avais la distance nécessaire. Ce qui m’atteint, c’est quand des gens de la part de qui j’aurais attendu du soutien ne réagissent pas ou ne comprennent pas ma démarche. Mais ça arrive de moins en moins. Le plus dur en fait, c’est après, quand les gens se désintéressent et retournent à leur vie. On se retrouve seule et on se prend le contre-coup dans la gueule. Après, c’est aussi très compliqué de sortir de la personnalisation dans ce genre de débat : j’ai reçu des soutiens visibles et ça change tout, ça fait du bien. Mais plus que moi, c’est l’idée qu’il faut soutenir, parce qu’au final c’est bien quelque chose de collectif.

Tu as une réflexion politique très construite. Comment t’es-tu formée intellectuellement ?
Un peu sur le tas, par des débats, des rencontres à des moments décisifs. Je me suis construite par le dialogue. C’est pas toujours évident de réfléchir à ce genre de questions quand on est seul. Les réseaux sociaux ont beaucoup joué aussi. Quant à ma réflexion sur le statut d’artiste, elle s’est forgée à force d’exercer mon métier. Quand j’ai commencé à mon compte, j’avais un discours nettement moins radical. J’ai dû découvrir en m’en prenant plein la gueule pour comprendre. Mais je ne dis pas que c’est indispensable d’en passer par là, je ne le souhaite à personne. La lecture de théoricien.ne.s anarcho-syndicalistes et de textes anonymes circulant dans les milieux militants a joué aussi. Je suis intéressée par les voix qui viennent du militantisme : elle se remettent beaucoup en question, elles ne sont pas figées.

Tu parles beaucoup du fait que c’est compliqué de créer quand on est en difficulté financière.
Complètement. C’est un truc qui est sans arrêt en balance. On ne peut pas le résoudre. J’ai mis du temps à l’admettre. Je l’ai compris en voyant des copains travailler avec une liberté que je n’avais jamais eue. Pas seulement une liberté matérielle, mais aussi dans les sujets traités et dans la façon de les traiter. Dans Un lieu à soi, Virginia Woolf décrit parfaitement cette impression d’être sans arrêt tirée vers le bas qu’on peut avoir quand on est dans une situation pas forcément confortable, que ce soit être une femme ou être pauvre. C’est un effort énorme d’accéder une forme d’expression qui ne soit pas premier degré. Je trouve fantastique que certain.e.s aient le confort matériel ou d’esprit qui leur permette une totale liberté de création. Il y a un texte très bien d’Emma Goldman sur les classes intellectuelles que j’ai découvert au moment où j’étais en train de fixer cette pensée-là. Elle avait tout à fait cerné le problème : l’intérêt que peuvent porter les classes intellectuelles à ce qu’elles considèrent comme « le peuple » a quelque chose d’exotisant, de romantique, mais surtout c’est un intérêt à distance, qui ne remet jamais en question sa propre place dans cette société.

Quelles sont tes références esthétiques ?
C’est super large. Plus ça va, plus je remonte dans le temps. Je trouve l’art du Moyen-Âge hyper moderne ! Il y a aussi plein de graveurs et dessinateurs anarchistes ou militants, comme Jossot, Louis Moreau ou Frans Masereel.

Comment la gravure est-elle arrivée dans ton travail ?
C’est venu il y a une dizaine d’années parce que j’en avais marre de faire du travail de commande. Plus ça allait, plus les tarifs étaient bas et les exigences hautes. Au final, c’était vraiment s’épuiser pour pas grand-chose. Il fallait toujours courir après les thunes, j’en avais marre : c’est un boulot déjà très aléatoire en soi et là, en gros, je ne pouvais plus rien prévoir dans ma vie. Mais c’était hors de question que je me fasse exploiter sans rien dire, donc plein de gens ne m’ont plus demandé de travail et j’ai dû trouver une solution pour continuer à dessiner. La gravure me permet d’avoir la maîtrise de toutes les étapes du dessin à l’envoi. Et je n’envoie pas si je ne suis pas sûre d’être payée. Je voulais aussi quelque chose qui me sorte du dessin pur et dur. Le travail de gravure est technique, méditatif et c’est parfait, c’est ce qu’il me faut.

Tes dernières publications font la part belle à l’écriture.
J’ai toujours écrit, mais ce n’est qu’avec mon blog que j’ai commencé à publier hors de mon cercle d’amis. En fait parfois je suis beaucoup plus à l’aise avec le texte qu’avec le dessin. Je suis arrivée à la BD par le dessin mais ce qui me plaît le plus dans cette forme, finalement, c’est de raconter des histoires. J’ai de plus en plus envie d’aller vers le texte. Les Petites fables, ce sont principalement des textes d’autofiction que j’ai commencé à écrire quand j’en ai eu marre de faire des strips. Ça c’est accumulé peu à peu, du coup j’en ai fait un livre. Pareil pour le Dicon et Des Croûtes aux coins des yeux: j’avance en essayant de ne pas penser à la forme finale parce que ça me bloque complètement. A partir du moment où je me dis que c’est un travail, je perds tout intérêt. Des Croûtes aux coins des yeux, j’en avais fait des fanzines pour faire rire les copains. C’est une amie qui m’a suggéré de le voir comme un tout, je n’y aurais jamais pensé. Mais en effet, il y a des thèmes qui reviennent, une cohérence. Je suis la première surprise de voir que mon boulot a un sens. Je le fais sans réfléchir, et en fait ce n’est pas tant du hasard que ça. Mais quand je prends du plaisir à faire quelque chose, j’ai beaucoup de mal à l’envisager comme un travail.

Des nouveaux projets de BD sur le feu ?
J’en sais rien, la BD ça me prend comme des envies de pisser. Je pensais en avoir fini avec les strips et en fait je m’y remets. Je pourrais dire que je n’en ferais plus jamais comme faire un 120 pages après-demain. Je ne sais pas comment font certain.e.s auteur.rice.s pour enchaîner les projets. Pour moi, ce n’est pas naturel de faire de la BD, c’est un effort. Ça me vide complètement, j’en suis écœurée à la fin. Pour Velue, ça a été plus facile parce que j’ai complètement revu ma façon de travailler. Mais c’est resté une frustration parce que j’y ai bâclé vachement de trucs par peur de m’étaler trop. En le relisant je me suis dit que c’était un bon brouillon.

Petits dialogues pour apocalypses ratées

Cette année j’ai pensé à faire un calendrier à temps et non pas une fois janvier arrivé. Sonnez clairons, résonnez trompettes.
Pour ce calendrier, la mystérieuse entité de l’ombre Vivelavie a sorti, telles des perles chatoyantes, aphorismes et autres fulgurances, d’on ne sait trop où mais il aurait été dommage de gâcher une si belle matière.
Aussi je me collais à la tâche de les illustrer et des les compléter, et ça a rythmé mon novembre d’une bien belle façon.

La prévente étant terminée, j’ai relancé une commande de calendriers qui arrivera le 27 décembre. Je remets le paypal ici, pour 30 calendriers (j’en garde une marge au cas où). Je commencerai les expéditions dès que je reçois le colis.
30€ (24€ + 6 de port qui s’ajoutent au check out)




Le calendrier fait 21,6×27,9cm plié, il est à spirales, imprimé en quadri sur papier 250gr.

la solidarité féministe et antifasciste contre l’offensive couillue

Dénoncer l’extrême-droite pour ce qu’elle est expose forcément, mais cette exposition varie selon qui on est, la place qu’on occupe et la notoriété dont on peut bénéficier, l’offensive fasciste n’est pas la même selon qu’on soit un homme en vue ou une femme sans nom.
Suite aux attaques de Marsault, Obertone et Ring, des femmes – qui se targuent d’être féministes de surcroit –  ont subit le harcèlement de leurs petits soldats couillus. Nous avons tenu bon. Nous avons écrit un texte hier, alors que réaffirmer l’antifascisme et le féminisme nous paraissait plus nécessaire que jamais, ainsi que la réaffirmation de notre solidarité indéfectible.

En voici un extrait, la totalité est à lire sur Lignes de Crêtes :

Ring, éditeur de Marsault et d’Obertone est le phallus symbolique du mâle alpha de l’extrême droite. Avec leur chaperon, Serra, ils sont le Fight Club fantasmé devenu réalité.
Les Prédateurs Assumés qui n’ont pas honte de laisser libre cours, totalement cours, à leur domination. Toute leur communication, toute leur mise en scène, tout leur univers culturel tourne autour de cela. Oser violer, oser vaincre. Se débarrasser du vernis de la civilisation, tellement, tellement féminin. On n’est pas des PD, on n’a pas honte de bander devant la guerre, la violence, le sang. Le narratif à la Mad Max, nous sommes les hommes enfin libérés, la Bande de Loups Ultimes qui allons sauver la France de la décadence et du Grand Remplacement.

Entre Ring et nous, femmes en lutte, tout a commencé par un dégoût. Le moment où nous en avons eu marre de supporter leurs couilles dégueulasses sur la table. Marre de l’éjaculation brutale et qu’on appelle ça de l’art.

Ce ne sont pas des artistes que nous voulons faire taire, ce sont des mâles ivres de leur toute puissance. Lorsque nous refusons que leurs dessins ou leurs bouquins aient leur place dans des lieux culturels, cela n’a rien à voir avec la liberté de créer ou la liberté d’expression.

Notre combat est culturel, parce que la culture est politique. Parmi les femmes qui les combattent, pour certaines, nous sommes artistes. Mais avant tout, nous sommes antifascistes et féministes.

 

 

à lire en complément sur Lignes de Crêtes :

Marsault, Obertone, RING et ses auteurs: le coup de poing d’extrême-droite permanent

En fait, on avait pas compris Marsault

Liberté d’expression

Ainsi que des textes dans la rubrique “kritikons” ici même.