il pleut de la merde

Chuis comme ça, moi, con comme  un manche : quand il pleut de la merde je joue aux Fred Astaire en rigolant que tout n’est pas perdu tant qu’on peut chanter. C’est absurde, de trouver de la force quand tu lis de l’inquiétude anxieuse dans les yeux de copainEs et que tu sais que c’est pas bon signe du tout, c’est qu’on est même très mal barréEs. Mais c’est comme si à ce moment là y’avait pas d’autre choix que prétendre que mais si putain regarde là et là les silex que tu frottes ça fait des étincelles juste tu regardes pas où il faut t’es à regarder là où t’as l’habitude de regarder, tu vas voir le feu va bien finir par prendre, regarde-moi je suis bien encore là et de plus en plus VNR, et je t’assure si tu regardes dans le détail le tableau est pas si moche, et c’est toujours pareil : le général occulte le particulier.

La Nuit

Et même la nuit américaine vu les couleurs, tsé. Encore de la bestiole bizarre qui très certainement ouvre l’œil à la pleine lune pour voir si y’a pas des conneries à faire pour secouer la vieille planète en pleine déprime.  Le feu c’est jaune et jaune c’est complémentaire du violet on a appris à l’école, et constaté en gribouillant qu’en effet,  ça pète bien.

J’en ai tiré peu d’exemplaires, je sais pas pourquoi. une certaine logique pour retourner au néant retrouver peut-être d’autres bestioles cheloues, va savoir.
(elle est épuisée, c’est trop tard pour la commander)

 

tuer tanx

j’essaye depuis quelques jours de me défaire de tout ce qui m’emmerde dans mon activité, ou la rendant contradictoire avec ma vision des choses : devoir produire d’une certaine façon pour vendre derrière, et ceci implique un nom. Un personnage à construire autour, une ligne visible, une marque de fabrique en somme. Même sans en avoir, ne pas en avoir en devient une, dans ce monde.

J’ai remonté, remonté, jusqu’à l’époque où je créais sans me poser les questions en ces termes, quand tanxxx avait 3X et que c’était un nom choisi au pif pour ouvrir un site web pété en html pour produire de tout sans me poser de question, à la punk, et me suis demandé à partir de quand j’ai dévié jusqu’à en arriver à défendre des positions qu’aujourd’hui je contrecarre complètement et jette sur le tas de fumier en les insultant copieusement. Qu’est ce qui a fait basculer ce qui était ma vie dans ce qui est devenu un travail et tout ce que ça a fini de comporter en dissonances. J’en ai  parlé un nombre incalculable de fois, à un point tel que c’est à se demander si c’est pas là THE fucking question de ma vie.

Je me suis demandée quand est-ce que j’ai commencé à parler  de l’exploitation du travail créatif, et tout connement c’est quand je me suis rendue à l’évidence que j’avais fini par adopter cette position bien malgré moi : après être sortie du RMI (le RSA des darons, qui avait l’avantage par rapport au RSA d’être attribué sans qu’on t’emmerde trop) parce que l’éditeur chez qui j’avais signé payait une avance mensuellement que la CAF n’a pas voulu considérer comme des droits d’auteurs mais comme salaire, me giclant donc du dispositif (pour faire rapide ils ont pris en compte le brut de 900 balles quand le net pour moi était en réalité de 550 euros par mois, et pendant 9 mois seulement, sans ouverture à aucun droit de chômage d’aucune sorte contrairement à un salaire). Avant ça, je défendais mon taf correctement sans avoir à brailler syndicalement partout comment il fallait se défendre, à la punk aussi, parce que je n’avais pas d’autre but que de vivre comme je l’entendais et dire à qui voulait me conformer que c’était de la merde.
Non seulement être sortie du RMI mais m’être retrouvée aussi à me foutre en cohabitation avec un mec avec qui nous ne partagions pas équitablement les frais de l’appartement où on vivait tous les deux, quand jusque là dans ma vie cette question là ne s’était alors jamais posée pour moi auparavant (ou je vivais seule dans une ville très abordable, ou à deux avec un compagnon avec qui la question du fric se posait simplement en termes très pratiques et très exactement calculés pour qu’aucun ne pèse sur l’autre).

Pour résumer j’ai commencé à penser le dessin en termes de travail  quand je me suis retrouvée exploitée, quand ce sentiment là en tous cas a été le plus fort dans ma vie et le plus difficile à contrer parce qu’indirect et reposant sur des trucs qu’on ne veut pas forcément regarder en face, le moment où j’ai du me résoudre à taffer pour des trucs de merde, des trucs que je n’aimais pas, mal payés, au lance pierre, à la saint glinglin, inintéressants, et tout ça pour payer un loyer très cher pour nos petits moyens. je perdais le goût du dessin, j’en étais terrorisée, j’ai pensé tout lâcher à ce moment là pour trouver un “vrai taf” sans arriver à me résoudre pour autant de me mettre aux horaires, au patron et à tout le bordel que ça suppose. j’avais choisi le dessin pour vivre par rejet de tout ça, aussi abandonner le dessin m’était impossible ou me retrouver à hurler en permanence parce que je ne peux tout simplement pas supporter cette merde.

Sortir du RMI et de l’autonomie, tout ça a réduit infiniment mes possibilités dans mon dessin, dans ce que je voulais dire, et faire des travaux que je n’aimais pas m’a fait adopter le langage syndicaliste : défendre mon activité comme une professionnelle, défendre le droit de gagner sa croûte avec son dessin. A l’époque j’écrivais beaucoup, et notamment sur les questions dissonantes de tout ça, le corporatisme auquel je me cognais sans cesse dans la défense de ces droits, les impasses que je voyais se multiplier, le mur que je voyais arriver vitesse grand V, l’impossibilité de pouvoir rassembler autour de ces questions, etc. Un éditeur a voulu regrouper ces textes sous le titre “artiste c’est un métier” (en référence à un graffiti bien connu à poitiers dans les années 90), j’ai accepté, puis fait machine arrière, et encore une fois un aller retour pour finalement envoyer balader cette idée définitivement parce que quelque chose clochait là dedans. C’est que je suis chiante, hin, bon.
J’ai pu recadrer ce que je pensais, et sortir aussi de ce discours et de l’impasse du dessin “militant” que j’avais fini par adopter, constatant encore une fois cette aporie dégoutante de faire un gagne pain avec des idées qu’on souhaiterait révolutionnaires, l’antinomie était insupportable. Je nageais en pleine dissonance de l’anarchiste prise au piège de l’exploitation sans capter d’où elle venait exactement, diffuse et sournoise. Il m’a fallu pas mal de temps pour comprendre comment tout ça s’imbriquait entre patriarcat et capitalisme se cognant aux envies personnelles beaucoup plus radicales que cette merde, ça bouillonnait en dedans sans que j’arrive à trouver de sortie. J’ai repris la gravure pour gagner en indépendance vis à vis d’exploiteur et trouver l’autonomie dans mon travail graphique quand mon conjoint a trouvé un taf qui m’a soulagée d’une bonne partie de cette exploitation, mais ça n’a pas suffit, il manquait quelque chose pour me sortir de cet  état que je n’aimais pas, toujours dans la frustration.
J’ai trouvé une sortie possible quand j’ai touché suffisamment de thune pour tout plaquer, au détour d’un sale coup de la vie, mon mec ma vie bordelaise et tout le bordel, ne gardant que mon chat, ma presse et une poignée de livres, et j’ai tout remis à plat, pour de bon, et encore et encore, pour finir par piger ce qui bloquait tout ça. Si je n’avais pas eu ce coup du destin, j’aurais à coup sûr trouvé une autre voie tant tout ça n’était tenable de toutes façons, et je me demande parfois ce qu’aurait été cette voie.

Aujourd’hui je me cogne aux dernières contradictions, celles de mon nom, qui conditionne mon gagne pain, et ceci dans un contexte désormais différent pour moi : je veux sortir de la logique libérale qui fait aussi que je peux gagner ma vie en temps de pandémie : si je suis indépendante financièrement je dépends très directement de mon nom et des réseaux sociaux, et tout ce que ça implique, que ce soit pour le taf la visibilité et la perception par un public, questions que je ne me posais même pas quand j’ouvrais mon premier site, je le faisais comme un fanzine, comme j’ai toujours dessiné : pour les copainEs. Je me suis finalement bien adaptée à la vision libérale des métiers créatifs ici bas, même si je tends du mieux possible à y échapper, reste que je fonctionne en accord avec ce monde là, du fait de l’existence de mon nom et de ce à quoi il renvoie.

Et il y a, dans le fonctionnement d’une boite même réduite à une seule personne, le fait qu’on doive forcément fonctionner dans une logique de croissance, aujourd’hui je me cogne à cette question très concrètement, quand le loyer est mon exploiteur numéro un : comment gagner assez pour un loyer qui augmente légalement sans se retrouver à payer des cotiz faramineuses, obligeant aussi à une ascension sociale même quand on en veut pas ? je vous laisse déduire. Et dans cette ascension forcée le statut vient avec : la croyance que notre parole d’artiste ou d’auteur a une importance, et la culpabilité d’avoir grimpé l’échelle qui fait que ce qu’on écrit ou ce qu’on dessine menace de se charger d’une volonté de changement socedem ou hippie, ou bien de se mettre à croire que sa création, les mots et les images suffisent à changer le monde, sans autre cohérence incarnée dans sa vie propre, en empilant les contresens. L’état veut la croissance de n’importe quelle activité, et si elle est artistique la chargera  en plus de la morgue nécessaire et aveugle à son relai efficace dans la fatuité la plus répugnante d’un art fait pour distraire, pour amuser, pour “élever” et se pensant comme bastion démocratique à protéger avant toute autre chose, protéger le symbole de la vie plutôt que la vie. La fameuse liberté d’expression dont on nous rebat les oreilles, qu’on interroge jamais dans ce qu’elle dit en creuxs. Pas étonnant de la voir débouler à tous les coins de discours réacs, d’extrême droite, de l’état ou de toute personne n’ayant pas grand intérêt à parler de liberté tout court ou de façon très abstraite ou performative. mais je m’égare (de l’est)
Ça n’est pas qu’économique c’est aussi très idéologique, quand on constate ce que produit l’ascension sociale sur les esprits les plus rebelles : un assagissement jusqu’à devenir de vieux croûtons imbus et déconnectés, pensant que les mots performent la vie à eux seuls, sans voir que le mouvement inverse existe tout autant : la vie influe aussi sur les mots.

Je ne supporte plus du tout d’être vue comme tanx, et c’est pour ça que je fuis les endroits où on me perçoit ainsi ou en reviens toujours avec le même malaise, c’est pour ça que j’ai abandonné ma signature sur mes publis et l’idée d’être éditée, quand je refile un fanzine désormais il est vu pour ce qu’il est : un petit truc que je bricole dans mon coin, et c’est tout ce qui m’intéresse : faire, diffuser à la sauvette, laisser mes images trouver leur public toutes seules comme ça arrive parfois en me remplissant de joie d’autant plus quand c’est des gens avec qui je partage une certaine vision de la vie. Qui je suis là dans mon dessin n’a aucune espèce d’importance, ce qui compte c’est ce que le dessin dit et comment c’est reçu, ce que ça produit. Que ce soit en bien ou en mal.

L’envie de tuer tanx déjà là y’a pas mal de temps est toujours là et plus féroce que jamais. Tout de mes envies en art est retenu par cet ultime boulet, celui qu’on se met soi même au pied pour diverses raisons : la volonté égotique d’être reconnue comme artiste, cette volonté liée à vouloir gagner du fric et de la gloire, empêche la libération de l’art dans son mélange aussi et ses échos, il fait s’accrocher aux mesquineries du plagiat, au refus de voir sa création voler librement sans signature ni rien d’autre que ce qu’il est lui et pour lui seul, et participe complètement de cette concurrence interpersonnelle que je hais, puisque restera le loyer à payer et la disparition menaçante de ce qui permet, dans la légalité du moins, de vivre sans travailler. Je ne défendrai jamais le travail, et si je l’ai fait à un moment donné et de façon biaisée c’est pour mieux me cogner à la contradiction et l’impasse. Je relis parfois des textes de cette époque sans même comprendre quelle logique pouvait m’amener à dire de telles choses, je ne comprends plus du tout ce que je voulais dire, quand je braillais que “le travail ne devrait pas être une souffrance” ou qu’artiste est un métier, je n’avais juste pas capté que je demandais alors une exploitation qu’on aime, cette horreur que je ne peux plus entendre aujourd’hui sans péter un boulon, à la façon du très haïssable “vivre en travaillant ou mourir en combattant” des Canuts.

C’est ce que l’exploitation produit, l’amour de l’exploitation en oubliant que ce qu’on veut c’est simplement vivre, et qui dit vivre dit être libre de l’exploitation quelle que soit sa forme, directe ou non. Ce que demandent aujourd’hui les intermittents dans ce cri consternant d’amour du travail n’est pas le travail, c’est exercer une activité qu’ils aiment, croiser des copains avec qui ils aiment exercer cette activité, et pouvoir vivre, avoir un toit et de la bouffe au frigo sans tirer la langue comme des crevards. Ce qu’ils veulent, ça n’est pas travailler, c’est autre chose, mais continuer à prétendre que c’est travailler dont on a besoin continuera à enfoncer tout le monde dans la merde, comme ça se produit depuis plus de 15 ans maintenant à force de s’enfoncer dans ces discours moisis d’exploités volontaires, en se drapant en plus dans la posture qui va forcément de paire, celle de l’artiste dans la conception que l’état souhaite.

Cet aplatissement devant l’oppresseur à lui réclamer à genoux le droit à l’exploitation me fait hurler de rage, quand toute réflexion sur ce sujet devrait conduire à la révolte pure et simple.

Perso je sais où est ma solution, elle sera dans un retour à la vie que j’avais avant cet horrible sentiment d’être exploitée, dans la libre association et autour de ces idées là, pour vivre, et pour lutter plus librement encore sans cet ultime boulet au pied.

la tévé

ha bah voilà ha bah j’en étais sûre : mon cerveau revient faire chier. M’entendre pérorer pour une TV à propos de l’être totalement politique plutôt que se penser en artiste engagée (je vous épargne mon explication laborieuse et mal à l’aise) a provoqué la dissonance, le pet de cerveau, les pieds qui se prennent dans le tapis. Là, à deux pas des luttes qui se mettent en place, comme tout le temps, comme toujours, comme il y a même dans le silence quasi absolu et une apparente tranquillité toujours des gens à être VNR, je me dis mais qu’est ce que je fous là, à causer de gravure bon sang, tu devrais être en train de casser à quelque colonne vendôme ou bien gueuler en AG pour dire qu’on a a rien à foutre de pérorer des plombes sur l’ââârt.

Bon je serai jamais bankabeul, désolée pour mes clients mais jamais une de mes gravures ne vaudra plus que la thune que vous avez dépensé ou pas pour l’avoir, elle n’est que ce qu’elle est : une repro faite à un moment T où j’avais besoin de palper et la matière et un peu de pognon. Je peux pas me plier au jeu de la cote qui consiste à se vendre, je sais pas faire et même ça me répugne. Bon sang de bois pourquoi j’ai fait ça, je me suis demandée tout le trajet retour en checkant les flux permanent des colères, des luttes, de la vie. Je me suis demandée, au creusant, pourquoi ça me débectait tant à chaque fois, ce petit jeu de se placer en artiste dans le sens que la société l’attend et non pas dans mon sens qui réfute cette place et vois plutôt les choses dans une fluidité mouvante. Bon certes l’incohérence mais y’a pas que ça, là dedans, y’a une autre chose, ce goût amer de participer comme si je plaçais cette modification  que je refuse sur le parcours vers demain, un jalon dont je ne veux pas. Au milieu de cette obsession de cohérence il y a la possibilité permanente du renversement, toujours imminent et si je pose ce genre de jalon ce noyau est mis à mal, remis en question, comme si je n’y croyais plus et c’est une idée insupportable.

Mon cœur refuse ce raisonnable et toute espèce de trahison, toute espèce d’arrangement avec ce réel que je déteste, même si je reste la plus fidèle à moi-même en le faisant, le contexte modifie forcément. Il est question des compromis qu’on accepte, de gré ou de force, accepter pour de bonnes raisons cette entrevue ne change pas grand chose au goût qu’elle me laisse, qui n’est pas de l’ordre de la faute ou d’une volonté de pureté mais plutôt d’une perte de temps, et le temps presse en permanence. Jme dis que bon c’est pas bien grave j’ai déjà fait ça y’a longtemps,  quand je me posais pas la question dans les mêmes termes exactement, avant, avant, quand je partageais ces points de vue avec des copainEs, quand on s’en foutait allègrement de la perception que les gens pouvaient avoir de nous. est-ce que les réseaux ont changé aussi la texture de cette perception, c’est bien  possible quand tout est une foire à la réussite personnelle et la mise en scène des égos, la possibilité de navigation devient toute autre. Pourtant quand je regarde unE artiste dont j’apprécie et le propos et le travail répondre à des intervious je me dis pas que c’est une saloperie de traitreSSE incohérentE et je trouve ça cool et intéressant, j’oublie le media l’écouter lui ou elle. Alors quoi, jme dis que tout ça est si intriqué que mon cœur est un anarchiste complet qui veut détruire absolument toute trace du vieux monde en moi. Je lui en veux un peu parce que ça rend les choses compliquées parfois, non pas pour ce que je fais et dis mais pour ce que ça traine en malaise après.

Trop pressée sans doute de voir tout ça s’écrouler enfin, et voulant mettre la charrue avant les bœufs j’en oublie que dans ce merdier général et mon merdier particulier à moi je suis encore en proie à des insécurités m’empêchant aussi d’aller vaillamment et sans gêne aucune rejoindre des luttes ou des gens cherchant des voies différentes. Avec l’épée de Damoclès du logement incertain, et tout le reste par dessus le marché, ma participation est quelque chose de compliqué, d’angoissant et qui n’irait pas dans le bon sens, trop accrochée aux impossibilités et dans la frustration. En ce court laps de temps où un logement était une possibilité quasi concrète la semaine dernière, je me suis d’un coup remise à fonctionner normalement et dans mon activité et dans ma sociabilité et dans ce flou que j’aime, la fréquence sourde de cette insécurité s’étant envolée un moment. Sans ça, je ne suis qu’énervement, agacement et impatience et veut tout en noir et blanc, tranché et définitif.
Pourtant, et pourtant, je le sais que lutter donne aussi la force et le courage d’affronter ses propres insécurités  et aide à les dénouer aussi, l’œuf et la poule puisque ces insécurités sont complètement provoquées par ce monde qu’on veut voir disparaitre. Mais dans ces moments où je ne peux pas faire comme je le voudrais réellement parce que cette fréquence sourde est toujours là, répondre à une entrevue pour la TV me parait être si contradictoire avec ce que je porte et mon envie de lutter et vivre que tout finit en bouillie.

Y’a des fois, vraiment, j’aimerais bien une lobotomie.

la rue

Franchement, rentrer à 19h quand le soleil est encore haut et le ciel limpide c’est pas humainement possible. Alors chuis rentrée du pont d’Austerlitz à mon nord parisien à pinces, et puis je voulais voir comment ce nouveau confinement est respecté, et j’ai eu des boulevards entiers vides rien que pour mes balades, le putain de luxe. Les rares pelos croisés ont repris les habitudes de confinement vu que désormais on est 12 dehors à ces heures, on est d’autant plus visibles. Mon truc c’est regarder mes pompes et prendre un air soucieux quand je croise les flics, jme suis faite avoir à avoir l’air d’une crétine en plein tourisme au premier j’ai appris ma leçon : pas avoir l’air jouasse, surtout pas, c’est suspect. Très  peu de meufs encore, ou alors à la rue quand  elles sont pauvres, ou alors avec un air réellement pressé de rentrer quand elles ont du pognon. Les gus croisés ont repris les discussions et les petits signes de tête entendus, et ça me réjouit.

Vers Répu, un mec me hèle, il a son téléphone à la main et me demande si je parle français, de façon approximative, je réponds oui et il parle à son téléphone puis me le tend. Il a une appli google trad parce qu’il est Turc et cause pas un mot de français, et son téléphone me demande pourquoi j’ai l’air triste. Je lui dit que que je suis pas triste, mais préoccupée parce que le fascisme arrive. L’appli fonctionne bien mais détailler mon inquiétude en étant correctement traduite par le machin c’est un peu trop optimiste, aussi quand j’essaie d’expliquer au téléphone que si les gens ont déjà peur de griller un couvre feu ou un confinement je sais pas bien comment on va se fritter avec des fachos partout, alors j’abandonne. Le gars me propose de boire un verre avec lui, je regarde autour ha oui y’a des épiceries encore ouvertes. Mais je décline pasque j’ai encore de la route et la discussion, si chouette soit-elle, risque d’être vaguement pénible et frustrante.

La lumière est super belle, je hume l’air sauf que j’ai encore trop fumé de clopes et y’a encore trop de caisses, ça sent pas trop le printemps. Je finis par un détour par un endroit où y’a toujours du monde à zoner, couvre feu ou pas, confinement ou pas. Ça se fait rare dans ce Paris que j’arpente que depuis 2 ans, même en si peu de temps j’ai vu l’embourgeoisement grignoter les pauvres, et les rares à trainer encore sont de plus en plus misérables. Stig Dagerman disait que pour aimer paris il faut y être de passage ou avoir du fric, et je commence à haïr pas mal cette ville où je peine de plus en plus à croiser mes semblables, et si je sors toujours en balade, c’est que mes semblables sont dans la rue. et je sais pas par quel miracle ils arrivent à rester drôles