le zine

Je dois participer à un truc de zine tout bientôt, si je suis très contente, pas loin du nirvana même, je suis quand même interloquée de lire sur l’invit à l’évènement que vu que c’est public, le pass va être exigé. Ça ne semble poser aucune question : c’est comme ça alors on le fait. Moi jpense aux copainEs à qui je voulais dire que ce truc va avoir lieu et qui ne pourront et ne voudront pas venir à cause de ça. Je pense au fait que c’est finalement toujours aux mêmes de faire l’effort pour un truc censé être une culture underground. Le zine est une invention punk, putain, l’aurait-on oublié ? La triche autour du pass existe évidemment mais le fait qu’on le remettre pas en question lui même c’est quand même pas rien, quand on doit le présenter à tout bout de champs et mettre sous surveillance comme ça dès que tu veux te prendre un godet dans un rade. Et guess what : tout le monde ne le fait pas et les gens à ne pas le faire ne sont pas les gens qui peuvent payer les putains d’amendes.

Cet évènement à bordeaux qui m’avait fait vriller, de voir un énorme libraire s’approprier tranquillement le zine underground sans soulever beaucoup de colère, la gentrification de nos machins bricolés par les institutions en général, non seulement par tout autour mais par nous-mêmes, quand on ne voit plus grand chose à opposer à ce genre de mesure à la con. Comment ça se fait ? comment ça se fait qu’on voit toujours plus grignoter ces façons de faire, du DIY de la bricole, que les vieux punks soient désormais des hurluberlus pauméEs aux yeux de la plupart. Bah ouai on est inadaptéEs, et quoi on en aurait honte, il faudrait montrer patte blanche, il faudrait qu’on ait tout l’attirail raisonnable et légitime, il faudrait faire du zine fluo en riso sans plus aucun propos un peu subversif, drôle et un peu VNR contre cette société là parce que bah finalement, tout s’est fait entrainer dans la course. Il faudrait poser une injonction en amont de tout, que ce soit celle de l’obéissance ou que ce soit celle de la vaccination : à aucun moment on imagine donc plus la discussion et le fait que les gens sont assez intelligents pour savoir quoi faire qu’on se voit obligés aujourd’hui de poser des conditions supplémentaires en plus de toutes celles déjà en jeu ?

Il s’agit pas de faire sa tête de cochon pour faire sa tête de cochon, quand il s’agit de mettre encore plus de freins et de barrières entre des milieux et des gens qui ont pourtant des tas de choses en commun et du côté de la remise en question de cette société et je trouve pas ça anodin du tout, quand je sais qui ne voudra et ne pourra pas venir. La question qui va avec c’est : pourquoi on veut communiquer largement pour attirer le plus de monde possible et donc se plier aussi à l’obligation. Y’aura plus de monde certes, mais y’aura un tri qui se fera avec, ça pose la question de ce qu’on veut et dans quel but et avec qui. Pour les plus dans la merde la question est de savoir aussi comment on résiste et on détruit cette tendance aux séparations qui va en s’amplifiant dangereusement, et c’est aussi beaucoup une question de classe dans tout ce merdier (on va pas quand même pas faire le taf des marxistes, comme me disait un copain). Je flippe quand je vois que la critique de l’autorité devient une chose très compliquée et pose le soupçon de fascisme sur qui interrogera cette chose pourtant très banale et saine, et si y’a une tension fasciste elle ne devrait pas pousser à une obéissance qu’on n’interroge pas, ou à demi-mot effrayé, avec la menace en plus des amendes au dessus des têtes. Okay y’a une tension fasciste dans la remise en question du pass actuellement, mais adhérer aux restrictions sans interroger ce qu’on fait et le sens politique que ça risque aussi de pousser dans ce qu’on craint, de l’autre côté. quand on obéit par peur de la répression et de la punition, c’est pas plus la liberté, c’est pas l’un ou l’autre c’est plus compliqué que ça, et au centre pour moi y’a le sens de ce qu’on fait qui semble passer à la trappe : la marchandisation de nos façons de faire passe aussi par là, par l’oubli du politique, vider nos trucs de leur substance subversive.

Perso je fais du zine pour raconter ce que je veux comme je veux et diffuser ça simplement à pas cher auprès de crevardEs comme moi. Je fais du zine parce qu’aucun éditeur ne veut de ce que je fais et que je ne veux aucun éditeur : mais à quoi bon si c’est pour me retrouver à differ des zines auprès de gens triés en amont par telle ou telle mesure, franchement. A quoi bon s’adresser à des gens à qui je causerais pas forcément, autant être payée et faire de l’édition pour les mêmes restrictions, je vois pas l’intérêt, je cherche pas cette société dans une version alternative, mais totalement autre chose de beaucoup plus grisant, joyeux, bordélique et riche. Je schématise et j’exagère comme d’hab, mais pourtant, l’impression d’être une extraterrestre à poser les principes du zine et du DIY, de la bricole dans un but tout autre que la vente, est tenace, très tenace et depuis un paquet de temps maintenant. Que je me sente beaucoup plus à l’aise à differ mes trucs au petit bonheur la chance auprès de moins en moins d’inadaptéEs dans mon genre et hors de beaucoup de choses à cause de cette institutionnalisation galopante me fait me poser des questions sur qui lit quoi et comment et y compris auprès de gens censés partager ce genre de choses, et la question autour de quelles tensions la société a réussi à imposer largement quand ces questions sont vues comme quelque chose d’exotique et de bizarre y compris par des gens à en faire encore.

Ouais on est bizarres, ouais on est pas adaptés, ouais on cherche pas la reconnaissance ni la gloire ni la thune quand on fait du zine, alors pourquoi chercher l’ampleur des évènements et ce que ça suppose aujourd’hui, pourquoi institutionnaliser ce qui nous appartient. Je vais aller à ce truc de zine, pas de souci et je serai contente de voir les copainEs aussi chuis d’autant plus une tête de cochon que j’aime les gens qui bricolent à qui je veux m’adresser. Et je fais ma tête de cochon parce que justement tout ça fait du mal aux inadaptéEs en premier lieu, en tuant aussi tout ce qui fait le sel de nos trucs, toute la joie qu’il y a là dedans. Pour tout ça va falloir causer de tout ça, à un moment, de cette gentrification galopante de nos machins marrants et comment on y participe nous aussi. Parce qu’au delà de nos machins marrants c’est une vision de la société que l’on est censés porter, et une vision s’opposant en théorie à celle de l’état et celle des fascistes, ces machins marrants existent parce qu’on conteste quelque chose, l’autorité : où est passée la contestation, et que sont devenus nos machins ? On est tout autant menacés, nous autres chelous, par l’état que par les fascistes. La politique de ces milieux underground c’est pas aller sermonner dans des zines que faut faire ci et ça, nan, c’est être bien contentEs d’être des crevardEs inadaptéEs et pas en avoir honte et en plus le dire haut et fort.

EDIT : j’ai discuté de tout ça avec un copain. Il m’a dit comme une évidence que oui bon et alors le zine est pacifié non ? ça m’a agacée (pasque je suis une connasse) mais il a raison : le zine est pacifié. Et si ça m’a agacée c’est parce que je suis pacifiée moi aussi et que la question de mon texte était pas tant celle du milieu du fanzinat -même si évidemment elle reste pertinente pour moi sur le point de la marchandisation de façon de faire de l’underground- que de ma propre pacification.  J’y ai repensé pas mal et j’ai repensé à ce texte de novembre y’a presque un an,  et ce qu’est la création. Ce qui m’a agacée dans ce constat que le zine est pacifié c’est qu’on minimise aussi la portée et ce que signifie la création pour les gens à créer et j’étais vexée de cette minimisation. Pour moi c’est pas ou la lutte ou la création,  c’est la même chose, et l’un n’empêche pas l’autre. En revanche et là où il a raison c’est qu’attaquer le milieu du fanzinat dans sa pacification n’est peut être pas ce qu’il importe d’attaquer.

Stal de l’agrafage

Nan mais évidemment qu’on plie un zine avant de l’agrafer c’est quoi ça, comment tu veux savoir que les agrafes soyent bien bien au milieu, bon sang. Merde j’ai raison, on agrafe APRÈS je me disais en assemblant comme une dingue des tas de zines (3) pour un truc prochain dans une frénésie joyeuse facilement imaginable après au moins un an et demi passé sans le moindre évènement un peu plus excitant que sortir après 18h choper une pizza de contrebande. Encore une phrase trop longue, je me suis dit, l’ennemi de la team J’AGRAFE D’ABORD aura beau gueuler qu’il a raison bah il a tort c’est tout. l’agrafage-pliage et le pliage-agrafage c’est comme tire-bouchtroumpf ou du schtroumpf-bouchon : ça finit mal. Enfin ça finit pas mal mais ça gueule bien avant de finir bien quand même faut pas pousser ça reste les schtroumpfs ces gros cons de communistes bref je m’égare.

Un putain de sujet sérieux qui peut amener aux fâcheries les plus déchirantes, les Montaigu et les Capulet, le drame, la tragédie. 30 ans après ils seront encore à se tirer la gueule avec leurs agrafeuses à longs cols glissés dans des holster, une larme au coin de l’œil réprimée sur des visages burinés par l’âpre vie de libre liberté, le couchant grésillant de ses 54° encore à l’horizon crame les regrets, les remords, les encolleuses perdues, et les rogneuses tombées dans la bataille. Je garde le menton haut, le front fier et je plie un Phibolino AVANT d’empoigner l’agrafeuse. Je la regarde, elle m’a couté un frigo, un four, un lit, mes nerfs, 6 mois de loyer et des années de dépression, putain !

Vu que personne me regarde, je me dis que peut-être je peux tester pour voir en scred ce que ça fait d’agrafer avant. Je me sens fébrile, une excitation monte, le parfum de la subversion, je prends le zine et le glisse dans la gueule de l’agrafeuse…. Et je me retrouve comme une con.
Mon agrafeuse est pas graduée pour du format A6 et s’arrête au A5. C’est pas qu’il faille plier avant, c’est que ma foutue agrafeuse exige que je le fasse parce qu’elle est nazebroque et approximative.
C’est pas tant les mots que savoir ce à quoi ils renvoient.
C’est pas tant la recette que l’amour que tu mets dans ton bourguignon.
C’est pas tant la mogette que la quantité de beurre dedans.
bah pareil : c’est pas tant la méthode que savoir de quel outils tu disposes.

COMPAGNON ! Regarde moi courir dans ce putain de couchant qui veut pas se coucher je crève de chaud et je sue comme une vache : enterrons la hache de guerre ah oui non c’était des coboyes qu’on était au début attends non merde pourquoi j’ai parlé des schtroumpfs  ça va pas du tout mon histoire bon je vais me refaire un caoua.

Encore une fable papetière intéressante.

la politique

Je suis là comme une andouille à essayer de comprendre ce tweet depuis 20 secondes, et 20 secondes pour du si petit format, c’est très long. C’est pas que je suis con, nan, enfin pas que, c’est que ce mec qui cause là je le suis pour ses partages de dessins et des fois des trucs sur l’édition, et j’ai mis un temps dingue à piger qu’il causait pas de la sortie d’un livre cool mais de politique internationale. Alors bon vas donc réussir à faire rentrer la question des relations avec la Chine et ses conséquences écologiques et les joulis dessins, comprendre que la photo là c’est pas une peinture mais un truc d’un journal quelconque pécho sur photostock pour pas avoir à payer des illus.

Bon y’en a qui y arrivent, du genre à te causer de la pénurie de papelard à cause des conneries en  plastoc que les gens achètent en ligne, ces vauriens d’ignares qui préfèrent jouer que lire, hou c’est pas bien. Je suis de la team connerie, je suis bien freinée heureusement par mon peu de moyens et le manque de place mais tu peux me croire, chez moi ça ressemblerait à un cabinet de curiosités d’un barje sous LSD, avec des crânes illuminés par des guirlandes à LED complètement cons, je suis une bien mauvaise élève et j’en suis ravie.

Je soupire et je pige qu’il parle de politique, comme un sacré paquet de gens que je suivais pour d’autre chose. Ha bah d’un coup je comprends mieux ce qu’on pouvait me dire, mais enfin tanx c’est quoi ce bordel pourquoi tu fais chier avec ces questions là nous on veut voir des joulis dessins.

Okay je comprends maintenant, PARDON PARDON c’était nul et chiant se faire daronniser comme ça, le sermon qui guète à tout bout de champs, purée. J’ai tout rangé mon bordel, remis mes crânes sur la bonne étagère, remis la politique là où il faut, remis le dessin à sa bonne place. Maintenant je me garde bien de causer politique virtuellement, pasque ça sert à rien du tout d’essayer d’expliquer une chose quand on emploie pas les mots dans leur même acception, pasque ça sert à que dalle d’essayer d’être claire quand tout le monde regarde et traque les possibles dérives à peine t’as posé un mot qui a 500 signifiants selon l’idée du monde qu’on porte, ça sert à que pouic d’espérer être comprise si on prend pas le foutu temps d’expliquer ce qu’on entend par tel ou tel terme et piger qu’on peut discuter sans être forcément raccord sur tout, Babel existe sous bien des formes, cette connasse et que de toutes manières ça sert à rien de pérorer des heures si on agit pas, d’une façon ou d’une autre. Juste je pensais comme une andouille que ce qu’on me disait là était un rejet de la politique, une espèce d’injonction à amuser la galerie pendant que le monde s’écroule autour. Sans piger que mes dessins disent aussi quelque chose heh, bah ouai.

Quand je dessine je dessine, et ma politique est là dedans aussi, pas besoin de faire un dessin à qui pigera aussi ce dont il est question, et tant pis pour les autres si iels veulent y plaquer autre chose, après tout ça les regarde (tavu comme je redécouvre l’eau tiède tous les 4 matins).

Mais c’est bien relou, l’oubli du reste dans l’envahissement de la politique sentencieuse, je me demande où se trouve le monde qu’on rêve dans cette dérive, je me demande ce qu’on espère comme ça à mêler tout et n’imp sans remettre en question sa propre place dans ce fonctionnement du monde qu’on trouve dégueulasse. Je pige pas tellement à vrai dire comment on peut décrypter des mouvements internationaux et ne pas voir ce qu’il se passe sous son propre nez comme si tout n’était pas sur la même terre et fonctionnait comme des rouages qui ne se touchent jamais. Tout le monde s’alarme en répétant les schémas qui amènent aux situations alarmantes.

Bon je vais pas y penser, ça risquerait de me faire redevenir chiante et bon sang j’y tiens à ma bonne humeur : si je suis ignare de beaucoup de choses, causer de politique en faisant des blagues c’est ma contribution à moi, mon talent, mon violon d’Ingres. Comment tu veux affronter cette merde si t’as pas autour de toi des gens avec qui aussi en rigoler, franchement, le rire c’est du carburant, juste je garde ça pour les copainEs.

Croûtes #26

je suis une feignasse d’un genre spécial, du genre hyperactive pour les conneries en fait. feignasse sélective, comme par hasard je rechigne à faire ce qui rapporte du blé et après  je chiale que je suis fauchée (mais sinon, sur quoi râler ?)

les Croûtes #26 sont dispos, comme d’hab clique etc :

Dürer me fait chier

Après avoir bien tiré la langue à graver la lino d’après Goya avec ma plus petite gouge me niquant les yeux, avoir bien fait attention à bien prendre le délicat papier voletant entre mes gros doigts de paysoune pour le poser très exactement à la très exacte bonne place, avoir roulé la presse douuuucement en retenant ma respiration, avoir découpé au cutter le papier assez fin pour rouler des spliffs, avoir marouflé en prenant bien garde à 300 trucs et entreposé mes gravures trèèès soigneusement gneugneugneu regarde comme je suis forte gneugneu

Grosse envie de pogoter sur du grindcore, là, alors j’ai gravé à l’arrache d’après un dessin tout autant torché directement sur la plaque alors que j’avais pas du tout prévu ça en ce dimanche d’ennui total -jacques martin chez ma grand tante à baffrer des religieuses me hante encore- expédié la gravure en 3h, retouché en 2 secondes, posé zéro repères, plaqué le papier n’importe comment et imprimé dans la foulée en faisant tomber le papier dans les poils de bubu, en foutant de l’encre partout, et vazy que je te tourne cette roue à toute berzingue c’est Dürer aux 24h du Mans, et vazy que je fais attention à rien et ça crisse dans les virages et tout. Et voilà : ma gravure pref depuis un sacré bon moment. Fallait juste assimiler le ponk que j’avais décidé de réveiller y’a quelques temps. C’est que le ponk a le cerveau loin de ses mains et les clous ça fait interférence, ça met du temps à cheminer. Et je pue grave de dessous les bras après tout cet énervement, c’est bon signe.

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