auto-droit de réponse

Tanxxx,

En 2011 tu rédigeais un long billet intitulé les pétasses, l’abêtissement et les éditeurs. À la sortie de ce billet tu avais trouvé surprenant l’accueil unanimement enthousiaste… de mecs. Le jour où tu t’es pointée en festival et qu’un libraire t’a applaudie pour ta prose véhémente, tu t’es dis que quelque chose clochait. Et s’en est suivi un tsunami d’articles à la noix et de demandes de journalistes à la con, tu en as eu marre et tu as voulu oublier tout ça.

Tu pensais avoir un propos féministe, il l’était en partie… En partie seulement. Le temps (et les lectures féministes) t’ont fait cheminer vers une compréhension plus complète de ce qu’est la misogynie intégrée.

Il y a beaucoup à dire sur ce texte rédigé il y a 4 ans, et tu n’as pas voulu voir ce que des femmes essayaient de t’expliquer. Applaudie par des hommes, et fustigée par des femmes, ça aurait du te mettre la puce à l’oreille, mais non. Tu as eu un long échange avec Pénélope, intéressant au demeurant, mais tu n’as pas bien compris, appréhendé, ce qu’elle te disait. Depuis tu as relu cet échange et tu as eu honte, honte de ta morgue et de ton mépris.
Les emails de Pénélope comme les notes que tu as pu lire sur ces blogs que tu raillais n’était que des défenses, tout à fait normales face à une agression. Et c’était la triste continuité de tout ça : les femmes encore et encore acculées à se justifier pour ce qu’elles font, et par toi.
Une agression misogyne.

Ce qui ne va pas, dans ce texte, c’est que tu n’as pas compris que les blogs “girly” ne le sont que parce que des éditeurs (ou plus largement la société) ont voulu les désigner comme tels, que parler de macarons ou de shopping n’est typiquement féminin que dans la tête de misogynes. Tu as appris depuis que les femmes baignent dans le patriarcat et que bien heureuse qui s’en prétend débarrassée : tu as toi même vu et éprouvé les limites des remises en question, que ce soit sur les comportements autour de toi ou les tiens propres.
Tout n’est pas si simple que décréter que telle publication est merdique, c’est oublier que les femmes sont victimes du rôle qu’on leur assigne, et les fustiger parce qu’elles s’y conforment (et nier par la même occasion que ça puisse être autre chose que s’y conformer) fait totalement partie du modèle patriarcal. Surprise !

He oui : les femmes sont coincées, quoi qu’elles décident de faire. Tu as relevé à juste titre que les femmes dites “non-féminines” ne sont pas valorisées, mais tu n’as pas vu que l’adhésion au stéréotype n’est pas pour autant quelque chose à blâmer : nous vivons dans ce bain de merde, et en sortir, ne serait-ce qu’un peu, te sera reproché. Quoique tu fasses en tant que femme te sera reproché, que tu sois “girly” ou non. C’est toute la perversion du patriarcat, et tu t’es vautrée dedans.
Tu as perdu de vue que ces autrices -comme toi- sont victimes, et que nous n’avons rien à gagner à nous entre-déchirer.

La critique d’éditeurs ou d’expos “spécial filles” est valable, mais tu ne peux pas reprocher aux femmes d’y participer : tout les y pousse et refuser ça en le faisant savoir t’expose, et il y a pour ça un prix à payer. Tu le sais, tu l’expérimentes et tu l’observes. Alors pourquoi reprocher à des femmes de ne pas vouloir entrer en guerre,  quand tu sais toi-même ce qu’il en coûte ?

L’unanimité que tu as eue de la part de mecs à la suite de ton billet était tout à fait logique : une femme qui tape sur des femmes, on adore ça chez Papatriarcat. Ils ne sont pas en danger, on ne remet pas en question leurs propres réflexes, on ne fait que consolider la base de la misogynie : la mise en concurrence des femmes, la division entre elles, et tout reste en place. Et tout ceci insinue que la misogynie n’est que le fait des femmes, promptes à s’auto-dénigrer et à jouer ce jeu de la concurrence. Mais tout ça n’est qu’on réflexe de survie, et tu le sais.

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, et tes échanges avec des autrices, des féministes (les deux ne s’excluent pas l’un l’autre !), tes lectures et tes questionnements face à tes propres réflexes te ramènent à ce texte. Et puis aussi parce qu’une initiative d’autrices a vu le jour, déclenchant nombre de discussions fort intéressantes (je laisse le mystère planer pour le moment), la reconnaissance de ses propres réflexes misogynes est très compliquée, toujours.

Pour tout ça, tu dois t’excuser auprès des femmes que tu as agressées, auprès de Pénélope et auprès de toutes les autres.

Tanxxx


 

Chère Tanxxx,

Je suis vraiment navrée par ces aspects de mon texte et ce que je vais dire n’arrive que très tard, sans doute trop tard, passée la tempête médiatique. Mais je tiens à le dire tout de même :

je présente mes excuses à Pénélope et à toutes ces autrices que mon texte a blessé et à fort juste titre. Si la misogynie existe dans notre milieu, elle n’est pas là.
et je suis ravie qu’on puisse parler de ce qu’est réellement la misogynie dans notre milieu, et ensemble.
Tanxxx

PS : oublie pas d’aller acheter des patates et de prendre rendez-vous chez un psy pour ce truc de te parler à toi-même.

12 thoughts on “auto-droit de réponse

  1. “Ces deux textes ne sont-ils pas le Cheval de Troie d’un nouveau type de misogynie intégrée ? C’est chaud.” (Georges Sand, Mes Pensées les plus profondes, 1871)

    • ha bon, les deux textes ? pourquoi donc ?
      je parle de double-standard et tu en crées un autre, balèze !

      • “… il… il y a un texte qui commence par “Tanxxx” et l’autre par “Chère Tanxxx”… soit c’est 2 textes soit je suis une méga quiche en maths” (in Mes Dialogues les plus fous avec Tanxxx au-delà du futur, Georges Sand, 1872)

        • ha je croyais que tu faisais référence au texte initial auquel je réponds. mais ceci dit je vois toujours pas bien le truc de la misogynie intégrée dans celui ci.

          • Ce que je veux dire avec mon humour à deux balles c’est que quel que soit la qualité de tes textes ou de ta réflexion il y a forcément un angle à partir duquel tu pourras considérer que tu trahis la cause féministe.

            Tu peux considérer les stéréotypes féminins actuels comme une insulte à la cause féministe. Et tu peux considérer la critique des stéréotypes féminins comme une insulte à la cause féministe aussi pour plein d’autres raisons tout aussi valables.

            • oui mais en fait je crois que le point il est là : laisse donc tout ceci aux féministes qui s’en débrouilleront seules.

  2. Je ne suis qu’à moitié d’accord avec toi.
    Autant, j’ai trouvé ton billet original assez (même très) agressif envers les dessinatrices “pétasses” comme tu les appelaient alors, autant rejeter toutes les fautes sur notre société patriarcale et utiliser ce fait pour blanchir ces dessinatrices me semble un peu court. On passe d’un extrême à l’autre.

    Que les éditeurs poussent les dessinatrices à rester dans l’univers “girly” (soldes, macarons, chaussures à talon, …) c’est effectivement une grosse part du problème. Que les dessinatrices s’y conforment sans se rebeller, c’est autre chose.

    Concernant Mimi Stinguette (sic), il me semble qu’elle a été approchée par un éditeur après plusieurs années de blogging. Ce n’est donc pas l’éditeur qui lui a imposé ce registre niais consternant.

    • ton commentaire me fait dire plusieurs choses :
      – tu ne sais pas lire
      – les coms sont pas là pour que des mecs viennent infirmer ou confirmer mes textes, les commenter ou les paraphraser.
      – pourquoi j’avais ouvert les coms, au fait ?

  3. C’est très élégant de ta part de faire ce méa culpa. C’est aussi un beau texte, je voulais te féliciter pour ça. C’est normal que ça prenne du temps de déconstruire notre misogynie intégrée à tou(te)s; mais peu de gens sont capables de reconnaitre leurs erreurs.
    En tout cas je suit ta réflexion avec intérêt et elle m’accompagne depuis les débuts de ce débat.

  4. Je préfère prendre les devants concernant les coms : je vais les fermer sur cette note. Mon formulaire de contact est dispo, vous pouvez me contacter par ce biais.

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