obsolète

Quand j’étais aux beaux arts en 4è ou 5è année, je bricolais des petits livres avec mes conneries écrites dedans, des exercices de style autour du journal, autour de l’horoscope et autour de tout ce qui pouvait me passer par la tronche. Je m’étais dit qu’un livre, après tout ça n’est jamais plus que des feuilles assemblées ensemble, et qu’on a pas besoin d’un éditeur pour ça.
J’avais donc inventé le fanzine.

Dans l’institution qui s’acharnait à confondre mon génie avec de l’idiotie et c’était bel et bien ça mais ils avaient pas pigé la portée révolutionnaire de l’idiotie, ces couillons. Le prof de numérique, qui nous enseignait le langage javascript et le html m’avait sorti lors d’une évaluation, plein de suffisance goguenarde à tenir du bout des doigts un de mes machins, que le livre était obsolète. La bibliothécaire présente a pas moufté, je soupirais et je continuais l’évaluation en pérorant n’importe quoi sur mes peintures murales mal faites de meufs géantes qui se mettent les doigts dans les orifices (car ça fait un certain temps que je radote).

20 ans plus tard, on me convoquait pour passer un entretien d’embauche aux arts décos de strasbourg pour être prof en microédition et fanzinat, dans une salle où toute l’équipe pédago était alignée face à une seule chaise vide, derrière une porte avec la photo du graffiti “ne travaillez jamais” collée dessus, histoire de tester ma résistance aux propos incohérents. C’était un entretien épique où mes premières paroles furent “j’ai aucune idée de ce que je fous là” histoire de poser aussi ma petite touche d’incongruité, en enchainant sur “je veux pas être prof, va falloir que vous me convainquiez” ,  j’ai bien rigolé quand le directeur m’a sorti sans rougir que “depuis 68 y’a plus d’autorité dans les écoles d’art” après une heure à écouter les profs me dire comment on peut exploiter mon expérience en DIY développée parce que les éditeurs m’emmerdent pour mettre les étudiants sur la bonne voie de l’autoexploitation. Ça valait son pesant de cacahuètes. Y’en avait qu’un qui rigolait en douce en m’écoutant entrainer tout ce beau monde dans un débat philosophique sur l’autorité, ça ressemblait plus à rien cet entretien, j’étais ravie. Ils ont même fini en concluant que “quand même faudra suivre les règles si vous êtes prof ici”, l’école anarchiste m’ouvrait finalement ses bras avec assez de retenue, par timidité sans doute. En ressortant je racontais tout ça à un pote que je pensais anar  en me bidonnant, et il m’avait répondu “j’espère que tu t’es pas sabotée par idéologie”. Je pouvais entendre son doigt se dresser pour pointer mon inconsistance. Bien sûr que je me sabotais, c’est ma grande passion, mais c’est pas par idéologie c’est par amour immodéré pour la rigolade.

Cet instit qui pensait nous mettre sur la voie de l’avant-garde en nous apprenant  les rudiments du langage de la souris et le basic a ressurgi du passé d’un coup au milieu d’un fatras de MO6 et de TO7. Je comprenais déjà rien ou plutôt l’instit avait décidé que j’étais trop con (car j’étais déjà génie incomprise), du coup il tentait de corriger en m’envoyant des torgnoles sans prévenir et  en se foutant de ma gueule devant toute la classe si je connaissais pas ma table de 9 et plus si affinités.

Bizarrement  j’ai rien retenu du basic, pas plus que du javascript, par contre j’ai bien compris comment l’école c’est de la merde et comment je me passerai des cons pour sortir mes trucs parce que ça ira bien plus vite. Ils trainassent à jacter et on a mieux à foutre comme par exemple rigoler.