Paris me gonfle

l’automne parisien

tu m’étonnes qu’on devienne casse-couilles à Paris. Dans 19m2 à faire tenir la presse mes sapes et mon chat, comment veux tu pas devenir artiss à la con à écrire de la polésie chiante : t’as tout juste la place pour des haïkus merdiques. Sur la micro table bancale, tu graves,  tu manges, tu peins et tu fais de toutes petites aquarelles à la noix en chialant que y’a pas de putain de vie ici vu que faut tout planifier et avoir des prétextes à la con pour se voir. Ma vue, c’est la sécu, alors plutôt que faire de la BD je regarde les fenêtres et j’imagine des aventures torrides entre Jean-Mi préposé à la CMU et Josiane qui est aux archives, mais l’effort d’imagination est trop énorme, l’architecture stalinienne est un frein non négligeable à l’érotisme alors ça me fatigue.

tu tires peu de gravures sur une presse taille douce, ça nécessite de tout déplacer pour faire du coin dodo le coin impression, que le coin buanderie devient le coin séchage de gravures, avoir des slips propres ou de quoi vendre pour raquer le loyer hors de prix, la grande question métaphysique. Maigrir dans cette ville a un sens : c’est pour pouvoir passer entre le plateau de la presse et la penderie, et accessoirement avoir l’air goth en vernissage pour attirer le bourgeois qui se traine une mélancolie d’un autre ordre. Il s’emmerde. Il a pas d’imagination. Alors il côtoie des artistes si délicieusement émaciés, si magnifiquement déprimés avec de belles cernes bien  noires, il les fait picoler pour faire du bondage avec après, c’est exotique. Il drague les jeunes meufs artistes pimpantes qui désespèrent de pas savoir si on s’intéresse à leur cul ou à leur taf. Moi vieille meuf artiste je me la joue punk pour justifier mes slips troués.
Des fois tu causes de ta frustration et on te cause espaces de coworking. On  te dit d’aller donner des cours, mais bon t’aimes toujours pas la compagnie imposée plus de 3mn et l’idée de t’en farcir plus d’un jour par semaine ça te fait bouillir la merde dans le cul.

Paris pousse à devenir aussi chiant que Lamartine et aussi prétentieux que Victor Hugo pasqu’on a pas la place pour mettre une presse à épreuve pour tirer de la lino au kilomètre ce qui permet de les vendre pas cher comme on vend des patates et des trucs marrants et pas péteux. Nan ici faut faire peu, et très cher, et artissstiquuue pasque t’as pas la place de stocker les gravures, pas le place de ranger les emballages, pas la place de faire sécher plus de 20 tirages, pas la place de faire joujou avec des macules, pas la place de faire 2 conneries vite fait, pas la place de commencer un truc pour l’abandonner pour se lancer dans un gratin de patates nan faut tout ranger tout de suite sinon t’as même pas la place de sortir son éplucheur à légumes. alors t’étudies la possibilité d’imprimer des lasagnes, mais à quoi bon.

Filez moi un putain d’appart-atelier ou je vais tout cramer.

en attendant j’ai retiré la Paresse de Vallotton, j’ai mon loyer exorbitant  et la psy chez qui déverser ma haine de paris à payer :