la bicrave de Pigalle

putaiiin mais ce flow, ces mots, ces punchlines. Sur le cul j’ai écouté la bicrave de Pigalle raconter comment les condés lui ont barboté sa weed. J’ai pas pris plus grande leçon depuis qu’un copain tout juste rencontré y’a deux ans me disait nonchalamment “ah oui tu dessines, tu fais des trucs pour accrocher aux murs des salons” avec l’air de trouver ça aussi intéressant que le résultat du tiercé. Ce genre de truc qui me réjouit complètement, qu’on se foute éperdument de ce que je fais, et qui à coup sûr éveille mon intérêt et ma sympathie. J’ai très peu d’amiEs auteurs et pour cause, ils savent pas parler d’autre chose et sont aussi intéressants que des courgettes molles abandonnées dans le bac à légumes à se pignoler sur les trucs les plus chiants du monde. Avec celleux que j’ai, je parle peu de dessin ou d’art avec elleux, on cause du rapport que ça peut avoir avec le reste, au max, mais on préfère boire des coups en bavardant, quoi qu’il arrive et rien foutre reste le plus important. Les contrats, les salons, les prix et tout le foutoir, on s’en branle.

La modestie tu l’apprends pas dans les hautes sphères. Tu te prends pour unE polète ou unE artiste et BAM la rue te lamine sans que tu t’y attendes et te fait bouffer tes dents à t’exposer sa pensée son vocabulaire et sa verve, putain, ce que le langage peut être moitié mort voire complètement dès que tu grimpes un peu. Déjà parce que y’a pas remise en question des arts eux mêmes, tout le monde est bien sûr de faire un truc essentiel et important, et l’idée de se montrer enthousiaste quand un artiste arrête n’effleure personne : c’est un échec.

Me suis souvenue y’a peu alors que je remontais encore le fil à tâcher de me souvenir quand ma vie a tourné en jus de boudin à devenir chiante, une fois que j’allais à la CAF avec mon chéri de l’époque pour un problème de RMI, des gamins dans la cours du bâtiment m’avaient interpellée “HE BARTHEZ !” parce que j’avais le crâne rasé déjà et des chaussettes de foot, à qui j’avais répondu sur le même mode. j’ai pas changé, par contre ce que je suis s’est modifié par mon environnement, ça a pris une teinte artificielle, pas de mon fait mais à force de baigner chez des gens à me considérer comme une chose bizarre au mieux. Me suis souvenue d’auteurs qui explosaient de rire alors que je pensais dire un truc normal et de façon normale y’a des lustres de ça. Hier je me suis retrouvée comme eux face à cette meuf, et la douche est glacée : merde j’ai perdu un gros bout de moi à cause de cette saloperie de turbin merde ça me fait trop chier, je veux pas, c’est tellement plus chouette, plus vivant et plus direct, c’est tellement plus drôle et surtout moins prétentieux la vache. La fierté à être soi et ce qui s’en dégage n’a pas grand chose à voir avec la prétention d’avoir le vocabulaire qu’il faut, la putain de liberté.

Paris, et Paris en temps de crise sanitaire séparant encore plus les vies me jette dans le milieu que j’ai failli quitter, à ma grande joie. La banlieue ici c’est comme la bouserie. Paris ne connait pas de classe intermédiaire, aussi tu sais vite où tu te situes ou t’as vite à faire un choix et pas à moitié. J’ai à faire au lumpen bien plus souvent qu’aux travailleurs et quand je croise des travailleurs touTEs me disent leur féroce désir d’arrêter, contrairement aux classes sup qui n’émettent pas cette idée, et quoi de plus logique finalement que Paris soit prétendument une ville culturelle, à pousser les gens qui gribouillent à adopter de gré ou de force la tenue d’apparat, la morgue et le ridicule. Quoi de plus logique quand on pousse à cette réussite et qu’on hurle quand on parle de se foutre aux minimas pour arrêter les conneries avant de devenir complètement tabaïau, quoi de plus normal que des gens à croire à cette réussite prennent comme un affront qu’on puisse s’en taper comme de ses premières couches culottes et préférer rien foutre sur des bancs publics. C’est clair que c’est insultant, et je compte pas nier ça : faut vraiment être une vieille croûte pour penser que pérorer sur la culture serait l’alpha et l’oméga de la vie. Quoi de plus logique que tout ça me débecte encore plus ici quand je pouvais encore m’en accommoder ailleurs et encore en contact avec d’autres dans les entre-deux.

La bicrave de pigalle est une meuf qui pourrait bien te foutre la honte de ta vie au détour d’une discussion de banc avec ton pote qui lui aussi se retrouve baba devant une telle classe et peine à suivre le rythme des punchlines. Les meufs, les gars, vous avez aucune idée de ce qu’elles portent quand elles ont décidé de s’en branler.

2 thoughts on “la bicrave de Pigalle

  1. ” “ah oui tu dessines, tu fais des trucs pour accrocher aux murs des salons””
    – ♪ Tu ferais mieux de nous pondre un truc qui marche ♫ !

    • ha non c’était pas dans ce sens du tout : c’était dans le sens de l’absurdité de mon activité, et je suis complètement d’accord avec ça. c’est pas une dévalorisation de ce que je produis, mais ça cause de l’aspect travail et ce que ça englobe (car ce copain est très fort pour résumer les problèmes). et d’ailleurs depuis que je revois ma façon de vivre, c’est à dire en détachant le dessin de mon gagne pain, ben je retrouve le goût de ce que je fais et aaaah le bonheur

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