zineux

tu dessines depuis que t’es tout ptit, depuis que tu sais tenir un crayon et t’as jamais arrêté, tu faisais ça comme d’autres jouent au foot et ça t’empêchait pas de jouer au foot d’ailleurs, c’était dessiner comme autre chose. un jour on t’as dit qu’il fallait gagner ta croûte, t’as trouvé ça con, et puis t’as vu que y’en a à dessiner jusqu’à leur mort tu t’es dit wah mais c’est super, je vais faire ça et comme ça je travaillerai jamais !

et tu te réveilles un matin en réalisant que tu vois tes potes que si tu signes de livres à des festival où ils vont parce que t’es dans la dèche et que t’as pas les moyens de te payer le train avec ce si fabuleux métier qu’il a choisi de pas payer, et qu’en plus tes potes pensent les festivals comme des endroits de rencontre, autour de micros et de signatures, tu t’astreins à dédicacer comme un con derrière une table pour 2h d’apéro où tout le monde est trop crevé par le bruit et la foule pour avoir une discussion tranquille, tu rentres chez toi triste malade et frustréE et toujours dans la dèche et tu te rends compte que même si t’as vu tes potes tu leur as pas vraiment parlé. Le meilleur moment d’angoulême, mon pote, c’est le dimanche soir quand tout est plié et que la ville s’est vidée, qu’on peut enfin se poser dans le calme et raconter nos conneries.

T’as pas de temps pour voir des gens qui dessinent en dehors des festivals pasque tu dois trimer comme un con pour un magazine à la con ou ton album à boucler dans des délais absurdes pour 3 cacahuètes. Tu te souviens de tes premiers zines et comment c’était n’importe quoi, et comme c’était plus cool de pas avoir de ronds mais au moins t’avais pas à te farcir Leclerc pour espérer rigoler avec tes potes. La même dèche mais beaucoup plus supportable.

Fuck cette merde, on dessine pas pour alimenter l’industrie du papier et réclamer le droit à signer des bouquins où on peut même plus raconter ce qu’on veut comme on veut, quittez le navire de toutes façons il coule, et regardez nos gueules on a des écharpes à la noix et on va pérorer sur france culture ça veut dire quoi ça, on est plus foutus de bavarder autrement que sur nos bouquins “et toi tu bosses sur quoi en ce moment ?”. La dépression de beaucoup c’est tout connement ça, se retrouver englués dans cette merde jusqu’à ne plus chercher à socialiser en dehors de festivals ou ne plus socialiser du tout.

je bosse à ne plus jamais bosser, plus jamais, ça n’a jamais été que ça mon but dans la vie : raconter des conneries à des potes.

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