il faut réveiller le ponk

nan mais tu te rends compte si moi j’ai réussi à m’embourgeoiser ça veut dire quoi du monde ? putain on est dans la merde les gars, j’en  étais à me dire que c’était fini pour moi les conneries de concerts bien avant cette crise, pourquoi Satan m’a pas foudroyée à la seconde ? Jvais pas redire pourquoi et comment j’ai toujours raison, t’as qu’à me croire sur parole : j’ai raison. Ce qu’on fait et ce qu’on dit, ce qu’on défend et comment on agit ont des conséquences, non seulement sur nous et sur nos potes, mais plus largement parce que mes petits potes on vit pas hors du monde, ce monde c’est nous.

Bref ça fait  une semaine que je prie les Saint Svinkels à réveiller le ponk qui est en moi et à refaire tout le chemin, cvar c’est ma passion dans la vie. Si je résume toutes les engueulades que j’ai pu avoir, toutes sont résumables à : vous voulez être underground et ramasser le fric et ça n’est pas compatible et ça me fait bouillir la merde dans le cul. un paquet de temps que je me fritte HxC avec le gauchisme qui veut faire de milieux underground issus d’idées anars des alternatives molles aux idées qu’on a, en les vidant de leur sens. HE les punks j’avais raison et j’ai été soulagée aussi de le lire chez d’autres, comme Stonehenge le disait y’a peu sur l’usage de paypal, comme je l’ai lu dans ne sais plus quel fanzine, regardez nous là on est tristes comme des cailloux à pleurer nos jeunesses, tu crois que ça vient d’où ?

Tsais mon pote punk, je me suis engueulée avec un tas de gens tu le sais bien et je sais que je suis une connasse quand je m’y mets, mais c’est pas pour le plaisir de l’engueulade que je faisais ça, c’était par amour des copains et de notre vision des choses. Avec vous souvent parce que je voyais la gangrène individualiste au sens libéral et pas anar bouffer notre énergie, bouffer nos façons de faire, l’embourgeoisement de bordeaux a tué nos endroits préférés, le Rastaqouère, le Local U, les squats, notre enthousiasme. Jme demandais pourquoi j’étais si nostalgique de cette époque, et ben c’est juste qu’on est devenuEs des cons à travailler alors qu’on détestait ça. C’est juste que y’a des abrutis à chercher la reconnaissance et le pognon avec notre musique, nos fanzines et nos façons de faire, qu’on a fini par oublier qu’on doit rien à personne et que nos shitbraü seront toujours meilleures que leurs IPA bio de mes couilles.

Je suis partie de Bordeaux dégoutée de voir qu’on nous avait tués, qu’on ne savait plus être marrants et fous, qu’on s’emmerdait comme des pierres, que l’importance que certainEs pensaient avoir à être des figures de l’underground bouffait aussi tout ça, on est que dalle, on est mal sapés, on vit pas comme des bourgeois et on fait du bruit putain. On est pas là pour échanger des LP à la base, on est là pour le live, on est là pour la vie, on est pas là pour devenir une version patchée et cloutée de la bourgeoisie, engoncés dans des couples tradis et des locations d’appart de plus en plus éloignés, en cherchant des trucs alternos plus bobos que punks, en laissant crever les dernier endroits qui nous appartiennent parce qu’on a baissé les bras, on a laissé mourir aussi les trucs collectifs en suivant les restrictions de la mairie, parce qu’on a pas voulu se battre et parce qu’on regardait avec condescendance les derniers alluméEs encore à défendre cette vision de la vie.

On ne pouvait pas lutter contre l’embourgeoisement  : on était pas ensemble. Parce qu’on se regardait entre nous entre les milieux à savoir qui était le plus cool et qui était le plus con, on a jamais su regarder ce qui faisait le commun et à se montrer snobs sur des trucs à la con. Décoincez-vous essayez, être soi même n’est ni honteux ni rien, bordel, c’est quand tu t’ouvres en laissant aussi la possibilité d’être contreditE sans flipper que tu découvres que ce snobisme à la con c’est juste avoir une vision parfaitement normative. Quand on se fichait de moi parce que j’avais le mauvais goût d’aimer Roots de Sepu, quand on arrivait pas à discuter d’autres chose que d’ampli et de pressage de LP, quand les distros sont devenues des magasins autogérés, quand on allait faire des trucs fanzine underground avec Mollat sur l’Iboat, on avait déjà capitulé.

Merde, merde, vos potes les plus cools sont ceux que vous regardez avec pitié, ils boivent et se défoncent parce qu’ils sont tristes, ils boivent et se défoncent parce qu’on a oublié ce que c’est que notre vision DIY, parce que les potes à avoir gagné cette bataille sont ceux à avoir les dents longues, parce qu’on a jamais voulu essayé d’être cohérentEs autrement que dans les mots. On a affiché des trucs antisexistes en laissant des vieilles connaissances se comporter en porcs en leur trouvant un paquet d’excuses, on a vu disparaitre des tas de meufs des milieux, lessivées et en dépression, on a vu crever tout. Et c’est ce que je vois, ici à Paris alors que je cherche un endroit comme le Novo Local que j’aimais tant : il n’y en a pas. Ici la séparation est encore plus nette, et je compte bien aller chercher les punks embourgeoisés par la peau du cul et leur remettre dans la tronche les idées qu’ils sont censés porter. L’anarchie les gars, ça n’est pas un vain mot à brailler en concert pour retourner au turbin le lundi.

 

et ça urge, alors que j’entends mes potes glandus, punks, perdus, anars et autres rebuts de la société dire qu’ils flippent de ne plus dire ce qui paraissait évident y’a pas si longtemps, qu’on refuse le travail. Je me suis pas radicalisée du tout, je reviens à ce que j’étais avant que je pète un câble à force d’avoir aussi emprunté cette voie de merde, la réussite, parce que rien à bordeaux ne pouvait à ce moment là me tirer vers quelque chose de chouette, je me suis engueulée avec un paquet de gens, et toujours pour la même raison. Quand je vois que dire que le travail est une horreur est devenu trop subversif pour être porté, quand je vois que les gens à partager encore cette vision sont vus comme des arrachés à vite faire taire et à réprimer, ça CRAINT et tout devient horriblement étouffant. Vous vous rendez compte qu’on est en train de croire que des gens comme nous sont tombés dans le fascisme ? on en est là en fait : porter ce genre d’idée est devenu encore plus suspect. La faute à cette putain de gauche qui nous veut responsables et la vie qui va en devenant de plus en plus trash, à tous points de vue. Ce qu’on porte comme idée c’est notre vie, et on est en train de crever et la société autour qui a suivi le même mouvement enferme et condamne encore plus ce que nous sommes, que ce soit la taule ou l’HP, alors il est grand temps, mon pote, de réveiller le ponk qui est en toi.

 

Et tu sais, si j’ai pleuré comme une madeleine à ce rarissime concert queer au Novo et sans arriver à réprimer les pleurs, j’ai mis du temps à le comprendre : c’était que pour une fois, pour une fois, je voyais un public heureux et ensemble, des queers et des meufs à fond, dans la joie et l’énergie que je ne voyais plus ailleurs.

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