la rue

Franchement, rentrer à 19h quand le soleil est encore haut et le ciel limpide c’est pas humainement possible. Alors chuis rentrée du pont d’Austerlitz à mon nord parisien à pinces, et puis je voulais voir comment ce nouveau confinement est respecté, et j’ai eu des boulevards entiers vides rien que pour mes balades, le putain de luxe. Les rares pelos croisés ont repris les habitudes de confinement vu que désormais on est 12 dehors à ces heures, on est d’autant plus visibles. Mon truc c’est regarder mes pompes et prendre un air soucieux quand je croise les flics, jme suis faite avoir à avoir l’air d’une crétine en plein tourisme au premier j’ai appris ma leçon : pas avoir l’air jouasse, surtout pas, c’est suspect. Très  peu de meufs encore, ou alors à la rue quand  elles sont pauvres, ou alors avec un air réellement pressé de rentrer quand elles ont du pognon. Les gus croisés ont repris les discussions et les petits signes de tête entendus, et ça me réjouit.

Vers Répu, un mec me hèle, il a son téléphone à la main et me demande si je parle français, de façon approximative, je réponds oui et il parle à son téléphone puis me le tend. Il a une appli google trad parce qu’il est Turc et cause pas un mot de français, et son téléphone me demande pourquoi j’ai l’air triste. Je lui dit que que je suis pas triste, mais préoccupée parce que le fascisme arrive. L’appli fonctionne bien mais détailler mon inquiétude en étant correctement traduite par le machin c’est un peu trop optimiste, aussi quand j’essaie d’expliquer au téléphone que si les gens ont déjà peur de griller un couvre feu ou un confinement je sais pas bien comment on va se fritter avec des fachos partout, alors j’abandonne. Le gars me propose de boire un verre avec lui, je regarde autour ha oui y’a des épiceries encore ouvertes. Mais je décline pasque j’ai encore de la route et la discussion, si chouette soit-elle, risque d’être vaguement pénible et frustrante.

La lumière est super belle, je hume l’air sauf que j’ai encore trop fumé de clopes et y’a encore trop de caisses, ça sent pas trop le printemps. Je finis par un détour par un endroit où y’a toujours du monde à zoner, couvre feu ou pas, confinement ou pas. Ça se fait rare dans ce Paris que j’arpente que depuis 2 ans, même en si peu de temps j’ai vu l’embourgeoisement grignoter les pauvres, et les rares à trainer encore sont de plus en plus misérables. Stig Dagerman disait que pour aimer paris il faut y être de passage ou avoir du fric, et je commence à haïr pas mal cette ville où je peine de plus en plus à croiser mes semblables, et si je sors toujours en balade, c’est que mes semblables sont dans la rue. et je sais pas par quel miracle ils arrivent à rester drôles