le peintre

cette semaine chuis passée à mon QG. Si j’ai ronchonné contre l’absence de tables et chaises sur la terrasse, je dois avouer qu’au final c’est très bien pour provoquer les discussions,  en plus de la période chiante, on se retrouve souvent en petit groupe éclectique debout près de la table qui sert de zinc improvisé, et ça discute me semble plus qu’en temps dit normal, j’ai opté pour les squats à m’accroupir régulièrement pour reposer mon dos, eh c’est qu’aller au bistro, c’est du sport.

L’autre jour je passais de meilleure humeur que la fois précédente et je suis tombée sur un peintre amateur, selon ses propres mots. si ce qu’il fait est à des années lumières de ce que je fais moi ça empêche pas qu’on a bien retrouvé ce qui relie pas mal d’artistes en tous genres, comme il me disait son plaisir à soigner son taf quand il le destine à quelqu’un et sa joie à l’offrir. Il a taffé comme jardinier chez Vinci, viré à 4 ans de la retraite et ravalant une angoisse en murmurant “ho non voilà ce que ça revient” pour se refaire un sourire vite et continuer le récit de ses anecdotes, j’ai casé un “vazy viens on y fout le feu” comme je lui aurais proposé de reprendre un rosé. Il m’a dit alors que non, non, il en voulait pas aux gens. Enfin pas à tous, ce à quoi j’ai répondu que la boite elle-même méritait de flamber, et l’émotion des petits chefs qui lui avaient annoncé la nouvelle qu’il m’avait racontée était du flan, et il a admis que ça changeait rien au résultat, que la peine d’avoir été un bon ouvrier et se retrouver jeté comme une merde si près du but c’était dur.

Au détour de la conversation, il m’a raconté comme il aimait faire marrer ses collègues et ses supérieurs, et je le vois bien comme il met du sens là dedans en plaçant son malheur planqué au milieu. Comme il pouvait s’autoriser à balancer des vannes et comme il était fier parfois d’arriver à faire rire des chefs, je lui ai dit que je pigeais, mais que y’a des gens j’ai envie de leur interdire de rire à mes vannes, parce que tu passes vite pour le clown selon le public, et comment certaines vannes n’en était pas au fond et le rire choisi de certainEs est fait pour désamorcer le propos. Le bistrotier acquiesçait largement, l’habitude des gens comme ça à être de bonne humeur et à savoir rigoler, mais à bien savoir les limites de la chose selon qui on a en face. Je lui ai dit comme j’avais envie, moi, de choisir qui je fais marrer, et comment mon humour était aussi mis en avant par des gens qui refusaient de me prendre au sérieux le reste du temps, mais c’était son truc, faire rire, parce que c’était la façon qu’il avait d’être apprécié, la flatterie du rire c’est un truc tordu. Bien sûr que c’est un pouvoir, reste à savoir ce qu’on en fait.

Comme moi un jour dans un autre bar, dans d’autres circonstances et avec un public très différent je m’étais retrouvée après moultes shots à batailler avec le patron -un type de droite- sur la question du travail, jusqu’à l’amener à dire qu’il s’en passerait bien (victoire petite mais victoire quand même). Je voyais un ex-camarade se marrer, ça l’amusait et si certes j’étais drôle (car je le suis, si si) le fond était on ne peut plus sérieux, et si j’en rigolais le rire en face n’était pas le même, c’était l’amusement bourgeois face à la drôlerie de mes idées, la distraction exotisée, un bon spectacle à regarder. J’ai essayé d’expliquer ça à mon nouveau pote, de l’usage de l’humour et du rire selon la place qu’on occupe, et bien sûr il était d’accord au fond mais c’est compliqué de l’admettre, parce que ça renvoie à ton rôle, et ce que tu voyais de flatteur peut s’avérer insultant. Me rendre compte de la teneur du rire et constater qu’on me renvoyait à ça uniquement chez certainEs est quelque chose de fortement désagréable, comme toute vision très parcellaire de ce qu’est une personne et une volonté de la ramener à un élément seul et isolé du reste, et servant parfois à oblitérer le reste. Perso je fuis quand je me rends compte de ça.

Mon nouveau pote peintre m’a raconté ensuite d’autres anecdotes, le rosé aidant, et avant que je reparte, le bistrotier m’a dit qu’il n’avait pas eu l’honneur de l’une de ces histoires, lui, le connaissant pourtant depuis un ptit moment, il m’a dit que bientôt j’allais le surpasser en discussion de comptoir. Je sais pas si je dois être fière ou m’inquiéter, en tous cas ça se case difficilement sur un CV.

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