les inséparables

Je rentre trop tôt, il fait beau, je lance Gogol 1er et la Horde, je me prépare un monaco, parce que ce soir, j’ai le spleen adolescent. Dans le métro je suis tombée sur mon alter ego à 17 ans, version jogging. Je l’ai d’abord prise pour un ptit mec, mais quelque chose dans son regard quand ils se sont croisés m’a foutu le doute, y’avait pas la défiance que j’aurais cru trouver. J’ai viré mon MP3, fait rarissime dans le métro, pour écouter alors la discussion très animée avec son pote en face. Putain, la chance, des Inséparables. Très masculine, la meuf causait à son pote en face à bâtons rompus et dans une complicité qui m’a ramenée loin, à l’époque grunge où les cheveux longs n’avait pas de sens genré, avec mes potes, mes sacrés potes, ma bande de potes, dont mon inséparable de l’époque, y’en avait toujours un, voire deux, quand la solidarité était pas un truc à poser, elle était effective, on était directs et parfois durs, mais on était toujours fourrés ensemble, à la vie à la mort. Cet âge où il était même pas tant question de défier l’autorité que se marrer, juste ça, et tous les prétextes étaient bons, l’autorité était juste un truc dans le chemin de la rigolade, à feinter, à tromper, à contrer pour trouver notre compte à nous. Zoner, trainer, trouver des trucs à faire avec deux bouts de ficelles dans les lieux les plus improbables, les zones commerciales moches, les rases campagnes, les parkings. La bière et les pétards, les gitanes taxées à des papis attendris qui nous défonçaient autant que les spliffs après 3 ekus ou les kirs à 2 francs chez Paulette dans son troquet miteux rescapé du centre pictave. La politique était tout juste le prétexte à tracer à la ville pour gueuler n’importe quoi en manif et se marrer comme des bossus, sécher un maximum de cours en prétendant qu’on se souciait trop de notre avenir, tu penses, holala je me sens tellement concernéE par ces conneries. L’époque où être une meuf masculine était pas tellement un fait à poser ou à outer, puisque ça posait pas de souci. Jusqu’à ce que débarque la vraie vie, la vie chiante.

J’ai pas grandi, j’ai vieilli et la société a mis ce qu’il faut dans le travers de la route des amiEs, couple enfants crédits travail et emmerdes en tous genres, ma conception de l’amitié qui n’a pas changé a été de moins en moins comprise au gré de la pesanteur du raisonnable autour. Mais comment ça tu veux qu’on passe tout notre temps ensemble, t’es amoureuse ou quoi, quoi comment ça tu veux pas me baiser c’est bizarre. Ne restent que de trop brefs moments où je peux retrouver ce goût des inséparables, hélas dans la nostalgie qui déboule aussi vite que ces moments se créent parce que je sais que la réalité va rattraper très vite, trop vite, il faudra rentrer il faudra turbiner il faudra se coucher tôt, et ma meuf m’attend et mon mec ceci cela, il faudra pas se dire allez on s’en fout on fait une nuit blanche chiche et s’endormir finalement avec ton pote, complètement torchés et contents de leur coup, vautrés n’importe comment dans le bordel de cendriers qui dégueulent et de canettes vides.

reste que j’espère que ces deux mômes feintent l’autorité pour faire leurs conneries,et  avec brio SVP, et qu’ils rigoleront longtemps encore, que la foutue vie s’appesantisse pas sur eux.

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