on était deux et on était bordéliques

La gouge dans le lino juste tiède sous mes doigts résiste par ce froid, j’aime bien sentir le muscle de mon bras gauche qui joue pour maintenir la plaque, celui qui court du coude au poignet dans une vrille qui danse. tourner, graver, retourner, par petits à-coups avec la fine gouge en V incisif comme un pizzicato, et puis faire claquer la plaque dans un mouvement brusque, sortir la large gouge pour évider par grandes goulées, schlak dans le bout du doigt le sang gicle et ça me fait presque plaisir la couleur est franche et sans détour sur la porcelaine, pansement vite et j’y retourne avec le même enthousiasme, la musique à fond dans le casque, Todd et Zu et Tool et Wipers, je braille en yaourt et à tue-tête et tant pis pour la voisine

le jaune qui jaillit sur le papier je veux me rouler dedans le boire le palper, m’enrouler dans le magenta, bouffer le bleu, du vif, du vivant du qui est là et pas ailleurs, pas dénaturé, du vrai du concret du que j’ai sous les yeux que je peux effleurer et sentir, me dégueulasser mon pansement dedans et nettoyer à l’essence F les salissures sur les coins gravés de la plaque et voir que ça a un effet direct sur le tirage suivant, une cause un effet, un problème une solution, une volonté un mouvement, une matrice une reproduction, une force une impression.

 

GRAVURE EN VENTE SUR LA BOUTIQUE

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