des fourmis dans les jambes

ce jeudi, je me suis refait des podcassettes Mankind.
hier, j’ai zoné un moment avec un pote, qui constatait comme moi y’a peu que ce qui manque dans les concerts n’est pas le concert lui même, c’est autre chose. En écoutant les podcasts et les copains à discuter des groupes qu’on aime tant, je me suis refait le film de mon ras le bol bordelais juste avant de me casser pour de bon, l’impatience qui avait fini par me gagner, comme très, très souvent.

L’ennui. L’ennui des concerts devenus cérémonieux et protocolaires, cadrés et  d’un chiant aussi morne que le reste de l’existence, manquant d’enthousiasme, de folie, de relâchement, devenus en somme aussi convenu que le bon patch du bon groupe cousu au bon endroit. Le punk s’est oublié, comme tant de choses.

L’impatience qui me gagnait était la même qui me poussait, y’a 20 piges aux beaux arts, à farcir la tête de toute l’école en diffusant non stop un unique morceau d’un groupe du label DHR en boucle dans la serre centrale et résonnante. L’impatience qui me faisait peindre du bruit et de la fureur, et des femmes géantes et grotesques sur les murs de l’atelier, qui m’a fait jouer un concert de grindcore d’un groupe de potes pour mon passage de diplôme dans une salle recouvertes d’affiches fluos avec un visage souriant et donnant l’ordre avec un ENJOY ! répété à l’infini, en distribuant des 33 tièdes au jury, qui n’a pas su comment prendre la chose et a refusé poliment. Ce qui m’a pas empêchée de picoler et soupirer, encore, à l’ennui et aux rôles que chacunE continuait à tenir, coûte que coûte et renâclant au moindre écart, à la moindre petite aventure, à la moindre petite folie, ne se laissant jamais aller à un imprévu.

Tout m’ennuie, dans cette vie, tout est morne, et rien ne survient de la vie exultante, et c’est ce qui fait naitre le punk, hurlement de l’enfant qui s’emmerde et veux ruer partout, habillé n’importe comment et se foutant comme d’une guigne d’être insulté, et pire : récupérant l’insulte à son compte et se l’épingler comme un trophée, fier d’être un rebut d’une société qu’il méprise, fier d’être un freak. Moches et contents de l’être.

Je voulais mettre plus de politique dans le punk avant de me casser, je voulais hurler que le punk c’était autre chose que chanter l’anarchie le samedi soir pour retourner au turbin le lundi matin, c’était tellement plus que parler de pressages de LP, que la reproduction alternative d’un mode de vie qu’on rejette massivement et radicalement en théorie. La mise en pratique manquait furieusement et on se faisait chier comme des pierres, jusque dans les plus minuscules interactions. Je voulais remettre du politique dans le punk comme je voulais dire aux gens qui me rejetaient pour ça qu’ils ne sont que des impostures, comme je voulais dire mon amour à celleux à s’interroger sur leur légitimité dans un monde où ils se sentent inutiles, leur dire que leur bizarrerie est tout ce qui importe et que justement, ils doivent rester ainsi à ne jamais se piquer de politique, puisque leur incompréhension de ce monde là est tout ce qui importe, finalement, et que la politique pourrit certaines personnes et en remet d’autres sur les rails d’une réelle libération. Je veux hurler dans certaines oreilles comme je veux susurrer dans d’autres que tout ira bien, puisque t’es pas le ou la seulE freak, loin de là.

Comme cette pote hurleuse dans un groupe qui me dit, un soir après un vernissage et dans la confidence bourrée, à l’écart des mecs, son envie dévorante de bouleverser l’univers.