l’art-xanax

j’avais dit que j’arrêtais d’écrire, mais c’était sans compter le torrent de merde de l’actu. Avant de dormir, mal m’en a pris, je suis tombée sur ce tweet d’une journaliste quelconque, disant :

Pensée pour les artistes et tous les créateurs qui morflent depuis des mois. Pas un mot pour eux ce soir dans le discours de Macron. Et pourtant c’est grâce à la musique, aux livres, aux films, que nous allons tous tenir dans les prochaines semaines. Mais on s’en fout, donc.

Mais ouai, on s’en fout. On s’en fout mais alors complet ! On s’en fout, ou plutôt on s’en occupe autant que du reste des exploitéEs de toutes sortes, parfaitement. enfin l’égalité de traitement, et c’est heureux, manquerait plus que l’état se pique de foutre au fonctionnariat les artistes-auteurs pour qu’ils endossent ce rôle clairement énoncé ici, d’antidépresseurs, de matons bienveillants pour les assignéEs à domicile en soif d’évasion, les “tenir”, comme le choix des mots est juste n’est-ce pas. Comme en mars on avait eu cette lancinante berceuse des artistes qui se sont eux-mêmes investiEs de ce rôle d’animateurs insupportables, maintenant nous voilà à devoir le faire et par la flagornerie de journalistes par ailleurs au taquet des mesures purement répressives, c’est magnifique. Faut-il qu’on nous prenne pour de sacréEs abrutiEs tout de même de nous penser assez cons pour nous offusquer de ne pas être officiellement adoubéEs, aussi peu fieREs qu’on cherche la légitimité jusqu’à ramper comme ça pour 3 mots dans un discours de merde.

Ouais ça existe l’art-xanax, pas de souci y’a même un ministère pour ça, mais il existe des artistes-auteurs qui n’ont pas exactement en tête de babiller pour les masses et qui perdent pas de vue ce qu’il se passe très largement. Qui peut bien vouloir de ça maintenant, à part des artistes-auteurs bourgeois confortablement installés, qui n’ont pas vraiment d’autre souci que se confronter à leur propre vacuité d’invention, l’imagination au ras des pâquerettes. Des Sylvain Tesson, dans le désarroi de leur vaste salon faute de cabane pittoresque (pouvez toujours monter une queshua dedans hin, ça fera peuple), consternants courant après le prochain prix “émouvant” “fort” “profond” “métaphysique” diront d’autres journalistes, en pleine pâmoison sur cette culture d’un spleen au rabais qui ne cherchera pas plus loin que l’agencement de mots sans surprise, sans vie, sans poésie, sans humour ni sel, et les idées rabougries et tristes qui vont avec. La culture qui se désigne elle-même comme garde-chiourme est autant à incendier que le reste, elle participe pleinement du reste. Elle berce gentiment les angoisses des enfants terrorisés de papatrie, que celui-ci puisse matraquer tranquille.

Et si j’arrive à dessiner ou écrire, j’espère bien que ce que je vais arriver à sortir sera  le bouillonnement de la vie qui n’a rien à voir ni avec le repli, ni avec l’enfermement, en tous cas ce dessin ne sera pas médiateur d’un état assassin. L’art c’est la vie, et ni l’un ni l’autre ne s’épanouit dans les murs, quels que soient ces murs.