truite morte sur quai lugubre

L’autre jour, je rentrais dans un métro bien peu rempli pour cette heure, triste comme un caillou triste sur une plage du nord en novembre par exemple, avec du vent même, un caillou qui aurait un front à coller à la vitre tiède et sans doute pleine de miasmes divers. Je laissais mes yeux de truite morte errer sur le quai du quai que la rame quittait en écrivant sans doute quelque poème mélancolique derrière ce front-là, quand un type sur le quai capta mon regard, aussi vif que Baladur environ.

Il rigola des yeux et je lui rendis son sourire, et comme disait hier un des mecs devant le falafel inexplicablement ouvert après 21h, les vrais sourires ça se voit dans les yeux avant de me décocher un rigolage des cils.

Et la rame prenant de la vitesse, j’ai vu mon sourieur m’adresser un coucou joyeux de la main, avec de l’encouragement, réel ou pas, dans la prunelle. Je lui ai rendu, brusquement réveillée, et mon sourire m’a pas quitté jusqu’à ma destination. En ce moment, les rues de Paris que je me suis remise à arpenter en quête d’aventures sont anormalement vides et les rares âmes à s’y trainer sont lugubres, voûtées, supportent le poids palpable de vies de plus en plus merdiques. Je me damnerais pour une discussion joyeuse, je vendrais mon empire pour un rire partagé, alors tu penses bien que ce mec du métro, je lui aurais volontiers roulé une pelle en me foutant bien éperdument de choper cette merde de covid.