la gastro en temps de peste

Le ciel me tombe sur la tête au détour d’une banale balade, un coup de chaud inexpliqué, une perte d’équilibre. Nom de dieu, vla le COVID, je m’écris en moi-même, tout à coup suante, les mains moites, fébrile. Je me grouille à me radiner à la maison fissa et je me calfeutre. Sous la couverture et avec un fond de rouge histoire de supporter le monde, je me dis que peut être bien que pas avoir mangé depuis la veille y est pas pour rien, ou bien alors que l’assignation à résidence plus ou moins assimilée me fait redouter l’extérieur malgré moi, dur à dire entre contrainte et autosuggestion jusqu’où l’état peut fourrer son sale nez de merde, si ça se trouve c’est jusqu’à mon cul. A peine je le formule qu’une gerbe me monte, merde quand même c’est pas ce petit fond de rouge qui fait ça ?

Rien à branler, répond le bide, j’expulse tout. Je rends comme à 8 ans, je dégobille je gerbe non métaphoriquement, tu parles ce couvre feu à 21h t’es là à ramasser comme une serpillère au lieu d’aller cramer comme il se doit tous les lieux de pouvoir. J’enchaine avec une chiasse parce que pourquoi pas me vider de tous les côtés parce que faut expulser à hauteur du dégoût j’imagine. Mon corps exprime à sa façon un peu exubérante l’excès de saloperie ingurgitée, c’est l’intoxication générale, la grande débandade. Je me dis que sans doute en temps de peste noire, y’avait des pauvres cons dans mon genre à choper des gastros et à s’en réjouir.

Bizarrement ça me fait du bien, cette purge. On va se mettre au chaud manger du riz blanc et attendre que ça passe en se bourrant de lopéramide, manger des bananes et mater des conneries rassurantes, pauvre singe en captivité. Je me dis que le meilleur remède au fascisme galopant dont l’écho me parvient par tous les orifices et de tous côtés, c’est encore de rester aussi con que je peux l’être, ça a de toutes façons toujours été ma meilleure défense. C’est la philosophie de la chiasse : moins tu en manges, moins tu risques de sortir de la merde.