en résumé

Hier soir alors que j’allais pas bien j’ai relu ceci. 

Si la lecture est une chose nécessaire, c’est que les textes qu’on a pu lire à certains moments nous rappellent aussi les raisons pour lesquelles on les avais lus et les contextes liés à ceux-ci. Je me suis laissée entrainer pendant trop longtemps dans le parler continuel et qui n’aboutissait sur rien, et de dérive en dérive tu te réveilles un jour devenue socedem de merde, ou hippie.

parce que c’était une période de doute affreux pour moi, et ce texte qui a réapparu dans on souvenir m’a fait tout à coup prendre conscience de ce que j’étais avant cette période, la colère qui m’animait avait été remplacée par autre chose, et qui avait tout à voir avec l’autorité qui asseyait son pouvoir, sournoisement et sans que je m’en aperçoive forcément puisque ce pouvoir prenait la forme d’une chose dont je ne me méfiais pas, l’amitié et l’affectif qui s’exprimait dans une camaraderie qui pour moi était aussi e garde fou contre l’ambiguïté malsaine.

C’est ce moment de subite lucidité en relisant ce texte, réaliser soudainement qu’on a cru pouvoir se lier d’amitié avec l’autorité qui ne souffrait aucune rébellion ou autonomie, croire qu’on pouvait après tout lutter et entendre les désaccords sans que ça n’engage les liens. ce texte d’Anne Archet est précieux sous bien des aspects.

Je me disais y’a peu comme, à une époque où tout était merdique dans ma vie je n’ai pourtant pas cessé de combattre ce qui pouvait m’aliéner, comme le temps et les aléas de la vie avaient fini par grignoter, de milieux sclérosés en petit cercles confortables, tes tensions les plus radicales au profit d’une vision qui finalement s’accommodait facilement avec la pire merde qu’on nous impose. Me suis faite avoir beaucoup par un collectif, qui côtoyait aussi des milieux qui n’étaient pas le mien, et j’ai pensé idiotement que ça n’était pas impossible de concilier des points de vue tant que je pouvais garder, moi, mon indépendance et ma vision des choses, mais j’avais oublié un élément primordial là dedans qui est que la connivence que créée la proximité amicale -de façade- créée aussi forcément des autocensures. d’autant si le lien amical est sous-tendu par la promesse non-dite d’une loyauté sans faille à un groupe de personnes, politique ou non, qui dépasse le lien entre deux individuEs. Il ne suffit pas de se dire indiv pour que ce soit réellement entendu, et il faut sortir les couteaux, souvent, et l’avoir toujours en poche.

Même si on ne prête pas attention à ce que peut dire une personne de son entourage et qu’on n’y accorde que peu d’importance, ce silence imposé peut l’être par d’autres, liées par d’autres choses, l’interdépendance est quelque chose de bien tortueux. Se détacher d’une personne avec qui on ne partage rien, ni la vision de la vie, ni les moyens d’existence, ni les aspirations, devrait être possible, si on ne nous attache pas de force au groupe qui nous lie à elle. L’autorité en politique s’exprime par le collectif, et tout ce que ça sous tend. De mon point de vue il n’est pas entendable de devoir assumer des textes et idées inverses aux miennes au nom d’un collectif, et ça ne devrait pas être une condition aux liens autres en jeu, de l’ordre de l’affectif. J’étais anar bien avant de pouvoir le théoriser. Tout connement, je redécouvre l’eau chaude, celle qui pourtant me tenait éloignée des organisations et pour cause, je ne suis pas comme ça et le fonctionnement qui nie aussi ma propre indépendance ou me demande de me conformer est inimaginable.

Que je le théorise aujourd’hui ça me fait rire, et c’est bien là aussi que je réalise comme je me suis laissée bouffer dans des logiques autoritaires, parce que j’étais en prise avec la menace planante d’une rupture amicale si jamais me venait l’idée de remettre en question certaines choses, et c’est finalement très banal (et par les temps qui courent, hélas, de plus en plus avec le recroquevillement général sur des cercles de plus en plus petits). Et une rupture de cet ordre à ce moment là pour moi était impensable, et c’est bien le souci c’est quand l’amitié est conditionnée par les positionnements et les choix (bon je parle pas d’être pote avec des fascistes hin bon). La liberté n’existe que si on s’en sert pas, et on te dira que oui bien entendu tu es libre, jusqu’au jour où il te prendra l’envie d’utiliser cette liberté et subitement tu verras apparaitre les murs qu’on te cachait.

Je me souviens de ce jour où j’ai émis un ras le bol et qu’on m’a dit qu'”on” ne pouvait quand même pas se fâcher avec un type. Je suis restée silencieuse, et j’ai pensé à cette tournure étrange, ce “on” qui exprimait un refus personnel tout en m’enjoignant au silence dans le même temps, m’incluant de force dans un mode de pensée. Je suis restée silencieuse, pour préserver un lien et en me disant que ça ne m’empêcherait pas de toutes façons d’agir selon mes principes. Plus tard, j’ai même tenté de reconstitué le lien avec cette autre personne en croyant deviner que ça pourrait arranger des choses, et en me disant que je devais passer à côté d’une subtilité à ne plus en vouloir (bonjour le doigt dans l’oeil que je me suis fourré, m’aveuglant alors même que j’étais bien lucide, avec une remise en question là où j’avais parfaitement raison). Y’a une chose que je pensais pouvoir préserver, et qui ne pouvait pas l’être sans me conformer à une attente extérieure que je refusais, alors il a fallu aussi faire le deuil, parce que la préservation d’un lien à la condition de se nier soi-même n’est tout simplement pas possible et que les paradoxes, si je peux kiffer et en être moi-même truffée, ne sont pas des choses vivables.

L’ennui de l’autorité qui se veut libre et nie avant tout sa propre autorité, c’est qu’elle est un chantage constant, politique, affectif, et qui a des implications sur une très grande partie de sa vie sociale. C’est en ça aujourd’hui que je ne peux plus, retour aux bases comme au bon vieux temps, approcher le moindre collectif sans avoir une poussée d’urticaire et une angoisse parfaitement physique. Presque un syndrome de stress post trauma.

Ce que je rejette, c’est l’oubli de moi, j’écrivais au tout début de Attembre, et tout Attembre a été le démêlage long et fastidieux de cette intrication personnel-politique, entre ma tension anar mise à rude épreuve par une personne, puis d’autres du même tonneau, qui si iels avaient de l’admiration pour moi ont cherché à me coller des murs autours et m’isoler. Le paradoxe d’aimer la liberté et de chercher à l’enfermer. L’affection que j’avais pour elleux a scellé ma propre prison et je me suis évertuée longtemps à chercher à la changer en préservant ce qui comptait surtout à mes yeux. Finalement, je me suis laissée piéger par mon propre amour d’une personne, qui ne pouvait pas accepter mon indépendance vis à vis d’elle ou du collectif. Les tentatives de l’intérieur à assainir pour préserver mon intégrité n’ont pas servi à grand chose, et tout connement on ne peut pas espérer détruire quelque chose auquel on participe, finalement j’ai cru à l’entrisme moi que ça révulse, et mon anarchie lovée dans le ventre m’a heureusement fait évader de là.

Mais cette expérience là a finalement dit de façon très claire comment je relie la famille, la politique, l’amour, l’hétérosexualité et pourquoi je suis viscéralement anar, et à quel point la réflexion en boucle est aussi une façon de lisser la rébellion et de la faire douter, l’éloignant mine de rien de son but initial : détruire l’autorité.Et arriver, comme toujours,  à la conclusion que si le lien ne peut exister sans un déséquilibre, il faut le couper même si c’est douloureux.