encore sur la séduction

je m’inquiète très fort des conséquences psy de toute cette crise en plus du reste, j’espère me planter vu que c’est une perception qui est la mienne et de mon petit point de vue et qu’on voit toujours les choses que comme ça de toutes manières, mais quand même.

perso ça va pas, je le dis franchement, parce que ça sert pas à grand chose non plus de prétendre que youpitralala alors que non. C’est pour ça que je fais des trucs à la con en ce moment, non pas que je mente, non, je me marre vraiment à les faire, justement. parce que ça me fait marrer ET surtout parce que je sais ce que fait l’écriture selon l’angle qu’on lui donne et selon comment on est. et notamment pendant le confinement, l’écrit et la communication par l’écrit ont pris une énorme place qui m’a personnellement beaucoup inquiétée parce que je connais que trop bien les effets néfastes que ça peut avoir (et que j’observe souvent ici)

Parce que bon, si le dessin et l’écriture ont des rôles, on a tendance à ne vouloir se servir que toujours des mêmes : enfoncer dans la mélancolie, appuyer sur des choses malsaines, développer le babillement manipulateur, jouer de son instrument comme le flutiste de Hamelin. Mais les arts ont heureusement d’autres fonctions, et si la beauté a un effet sur un moment dans la durée elle finit par me taper sur les nerfs parce qu’elle m’emmène dans la complaisance, et je finis par trouver ça écœurant et ridicule. Je trouve ça utile, concrètement, en plus d’être rassurant. raconter des conneries et faire des trucs plus légers, non seulement ça me fait du bien mais en plus je crois que c’était indispensable parce que quand on sait manier les mots, on se rend compte aussi de la manipulation que ceux-ci exercent. Je me laisse volontiers emporter par des lectures (ou l’écriture) dans la mélancolie mais je fais très gaffe. j’en ai parfois besoin, comme ça me prend parfois de me vautrer dans cette écriture là, comme c’est arrivé pas mal pendant le confinement forcément, mais ça les auteurs et artistes le le disent pas, ce que ça produit et ce qu’on cherche tout au fond de soi en faisant ce type de choix. Je te garantis que la séparation de l’artiste et de l’homme est un mythe absolu. et je l’ai vu aussi quand j’écrivais ou dessinais de cette façon comme la réponse en face n’était pas la même du tout. alors il peut y avoir un paquet de raisons, comme le fait de dire des choses plus personnelles, d’être plus dans le sentiment, dans la poésie ou dans la beauté, oui, mais il y a, aussi, la séduction qui s’exerce et dont il faut se méfier. je l’ai vu parce que des gens avec la même fragilité que moi ont commencé à me parler différemment aussi et j’ai eu peur, peur d’exercer un pouvoir sur des amiEs ou inconnuEs et je sentais que le rapport changeait.

enfin dont je me méfie, moi, de toutes façons, vous faites ce que vous voulez je suis la moman de personne.

Bref. si l’écriture ou les arts plus généralement ont des fonctions il y en a certaines et selon la forme qui sont là pour briser les spirales infernales dans lesquelles on peut s’enfermer, artiste comme regardeur quand il y a une séparation nette. Je me dis aussi de plus en plus que cette séparation doit exister c’est une question de recul nécessaire, sans que ça passe par la figure de l’artiste et sans la domination, parce que le danger de ne plus avoir cette séparation c’est la tentation de croire, aussi, à un truc malsain de grand tout et ce genre de choses qui peuvent basculer dans un truc ésotérique.
enfin je dis ça suite à des discussions sur l’écriture, sur la lecture d’auteurs dans cette veine là, et constatant aussi pour quelles raisons certains textes me parlent plus que d’autres, le sentiment créé qui certes peut être une très belle chose mais peut aussi être une manipulation intéressée (coucou lundimescouilles très doué pour ce mélange malsain)

Les anars sont doués pour les textes porteurs, ils m’ont fait du bien bon nombre de fois, et comme des copains m’avaient dit aussi comment ils avaient lu certains des miens, je me méfie beaucoup de la petite musique qu’on peut jouer ou écouter selon les moments qui peut exercer une séduction.
Enfin j’aurais bien encore des tartines infinies à écrire sur tout ça, le rapport au texte est à mon sens aussi tout ce qui peut se jouer quand on parle d’humour ou d’autres arts, la séduction existe aussi là dedans évidemment, et c’est le noeud à mon sens de pas mal de problèmes qui ne se limitent pas à un rapport intime à la création, mais touche plus vastement des questions politiques. J’aimerais bien développer mais la grosse flemme et j’ai un autre café à prendre.