histoire romantique

c’est samedi cafard, vous reprendrez bien une histoire nulle de mon été y’a un an ?

Je me baladais aux buttes aux heures indues pour une jeune femme (oui) en fleur (si si je vous assure), entre deux histoires de rencontres de rue tout juste bonnes à émouvoir l’intellectuel bourgeois en manque de sensations fortes sur facebook. Car, l’été, le parc était ouvert, laissant s’ébrouer dans ses bosquets et recoins planqués toute la peuplade nocturne qui prenait la suite des familles en goguettes, des bobos sans chaussettes et des minets à minettes.
j’étais de cette communauté de gens qui fuient le soleil et les heures de pointe, déjà, et trainait mes docs dans les allers en quête de rien , telle une poétesse aux semelles plombées par beaucoup trop d’heures de marche, et la nuit était bien noire comme mon âme.

Je me suis posée sur un banc, légère comme une feuille de plomb, et j’ai regardé le vide en attendant que l’aventure me tombe dessus parce que j’étais trop schlass pour lui courir après. Un mec passe et ne parlant pas français on se lance dans une discussion dans un anglais sommaire, et le sommaire, ça me connait. Il me dragouille, je trouve ça charmant, et si la vie est dans les livres, ils manquent tout de même de langue pour rouler des pelles, c’est bien là toute l’impasse de la littérature. Aussi je me décidais à foutre un coup de pied à ma Bovary intérieure et me laissait entrainer, quand même amusée par la tournure de sa drague. Nous marchâmes en devisant maladroitement dans les allées presque vides, accompagnés par les froufrous des bosquets en rut.

Car le mec me fit le coup de l’histoire triste, oui, comme dans Friends quand Ross essaie d’emballer Rachel et finalement c’est Rachel qui emballe Ross, on a les références culturelles qu’on peut. Les arbres jouaient du violon alors qu’il narrait l’histoire de sa meuf morte dans son pays natal, dans un horrible accident. La lune versa une larme devant son jeu au millimètre, le petit sourire triste avec la tête penchée, petit garçon en demande de réconfort, je me suis retenue de me lever pour une standing ovation parce que bon j’étais seule et j’aurais eu l’air con et puis surtout j’avais la flemme de bouger mon cul, désormais carré et frais comme une portion de lait des grands sur la maigre herbelette sur laquelle nous nous étions finalement échoués l’un et l’autre, au bord du lac artificiel aux remugles de restes de piques niques pourris dans la vase. Cette phrase est trop longue, je me disais, tout en me demandant si ce genre de drague vise à trouver une occasion de régler un complexe d’œdipe. Il tourna lentement la tête, la leva vers le point culminant du parc, le belvédère en haut du grand rocher dominant, je pouvais presque distinguer ses efforts pour faire couler une larme et je trouvais ça touchant, autant de grimaces pour arriver à fourrer sa bite quelque part. Les nuages passaient en s’en foutant comme d’un guigne, je me dis que si il voulait jouer à ça j’en avais aussi dans mon sac, des histoires larmoyantes à donner envie de niquer. Je me suis appliquée, le bon choix de mots pudiques et lourds, avec l’air de dire que tout ça n’est finalement rien dans la grande course de l’univers, du grand D’Ormesson si j’avais lu d’Ormesson je suppose. J’ai penché la tête, aussi, ai eu ce sourire las et désabusé de la meuf qui en a vu, des trucs, la vache ça rigole pas. Le mec a murmuré mon prénom, jouant son rôle à la perfection, et se pencha sur moi (car pour se faire, l’histoire triste doit se raconter avec la meuf plutôt en dessous voyez vous, je m’étais vautrée comme une otarie pour bien jouer mon personnage). Et accoudée sur mon sac plein de chips qui se sont mises à croustiller, cigales d’un été cheap parisien, je reçus le Molière qui me revenait justement, une bonne grosse pelle des familles bien méritée.

J’adressais mentalement un discours poignant à la salle comble dans ma robe à sequins même si j’ai aucune idée de ce que c’est mais ça sonne bien alors que je lui proposais de venir dans mon nid secret pasque niquer là ça me le faisait moyen vu les brindilles qui me rentraient dans le cul. J’ai tourné ça pour que ça ait l’air romantique mais me demandez pas comment, tous mes efforts ont niqué une vaste case mémoire. ou bien c’est la bière, j’en sais rien. Je me demandais si j’avais un slip pas troué. je me demandais si il allait me parler de la campagne de ségolène royal en anglais sommaire.

Toujours est-il que nous niquâmes au chaud -je vous passe les détails sans intérêt- jusqu’à ce que je l’empoigne par les veuchs, car Roméo ayant viré sa capote en cours de route finit comme un con sur mon pallier, en slip, à se manger ses godasses dans la gueule avec une cascades d’insultes fleuries qu’on put entendre jusqu’à St Médard en Jalle, très certainement. Du Rabelais. Il me marmonnait qu’il me faisait confiance pour justifier le retrait de capote, eh, c’est que raconter des histoires tristes pour niquer, ça rend bête.

Je suis allée chercher une canette au frigo, histoire de finir comme d’habitude, en me demandant si à tout hasard le secret de la littérature n’était pas tout connement d’idéaliser toute la vulgarité humaine pour la rendre attrayante et niquer tristement en se persuadant que c’est du prix Renaudot.