ecce houmous

 

J’enjambe le chat, j’attrape du bout des doigts le sopalin sur la cheminée où y’a mes produits en vrac sous un plastique CANSON censé rester propre pour mon papier le temps qu’il s’imprègne d’eau. Je lève les bras haut pour ne pas me cogner dans le plateau de ma presse, je marche en crabe pour atteindre le petit bout de table où une vitre trop petite a recueilli l’encre étalée, j’encre en retenant la vitre avec une main et mon rouleau est trop grand pour l’autre, j’inspire profondément encore pour pas tout envoyer par la fenêtre, je me cogne dans un fauteuil dans le passage où j’ai posé le papier sur un carton format raisin, en équilibre sur les accoudoirs. J’encre le lino, la lumière éclaire tout autour de la tête et rien devant mes yeux, mon ombre suit mon rouleau et je l’engueule, je pose comme je peux le rouleau, en dégueulassant le coin de table pas adapté, je saisis un coin du papier, en exécutant ce que je préfère voir comme une gracieuse torsion, le format raisin humide ploie, je pose le petit côté sur mon repère. Je bouge la presse pour laisser la place au plateau lors de son déplacement. Je me saisis à nouveau d’un coin du papier, de l’autre côté ce coup-ci, et le lève délicatement. Je me déplace vers l’étendoir, 75cm à vue de nez, avec juste un tas de câbles au sol. Je regarde le tirage et comme d’habitude il est superbe, fin, l’encrage est bon et uniforme, la taille subtile et l’ensemble équilibré.

Je pense aux schémas dans mon vieux livre sur les techniques d’impression, qui donnent des exemples d’ateliers bien pensés, l’humide dans un coin, le sec dans l’autre, de la place et des plans de travail dégagés, en mangeant mon houmous au dessus de la seule toute petite table encombrée et en admirant mon chef-d’œuvre.