l’amoureuse misanthrope

je suis amoureuse misanthrope. c’est bizarre, mais 10 jours à voir le monde évoluer dans (encore plus) la merde a précisé cette pensée idiote, faut dire, j’ai encore plus le temps de tourner en rond. Ce qui me manque de ma petite existence dérisoire, c’est croiser les solitudes, les mélancolies des autres, les fardeaux intimes qu’on ne partage plus parce que tout le monde trouverait ça indécent, scandaleux, pornographique, de sortir, de parler et surtout de parler de soi, de sa place dans le monde. Cette crise ne fait qu’exacerber ce qui était déjà en place, ce qui se révèle n’était qu’endormi. Il n’y aura pas ni prise de conscience ni changement radical, il n’y aura que des éclosions. L’individu et ce qui le traverse n’existent plus, la Grande Cause Internationale remplace tout, est le but de tout, le sens de tout. Une humanité pétée basée sur la suspicion et la terreur, une négation de l’humanité. On vivra d’autant plus longtemps qu’on ne verra personne et qu’on ne se promènera plus, qu’on nous dit. La communication par le biais d’appareils n’a ni odeur ni sensation. Il n’y a plus d’air qui vibre que celui qui entoure les oiseaux dehors. ça demande quand même de redéfinir ce qu’on entend par “vivre”dans de telles conditions, je voudrais pas être rabat-joie, mais tout de même. Et on hurle sur les gens qui se permettent de vivre, cette obscénité insupportable. Le retour à la normale n’existe pas puisque la normalité est déjà là, frontale et sans fard, mais on souhaite qu’elle s’atténue, qu’on la lisse, qu’on la rende plus acceptable, moins visible, moins culpabilisante. Qu’elle nous mette peut être moins en face ce que nous sommes, réellement. Non  je suis pas jouasse, et non je n’ai pas tellement envie de jouer les animatrices de l’enfermement comme des auteurs s’en sont sentis l’urgence. Le rôle de chacunE bien à sa place, le mien compris, en oiseau de mauvaise augure. Je veux être encore une corneille aujourd’hui, plus qu’hier moins que demain.