quasi Mc Luhan, sauf que je l’ai pas lu

(je savais pas quoi titrer)

Je m’étais déjà fait la réflexion en regardant le succès des strips parlant de dépression, d’angoisse, de phobie sociale, qu’on se demandait rarement comment se sentait l’auteur, à ressasser comme ça. De mon expérience avec le zine, on ne peut pas tellement parler de ce genre de sentiment sans en subir aussi les conséquences, c’est quelque chose qu’il faut faire, je pense, en faisant aussi très attention. La frontière entre le bienfait de l’expression, au sens de “sortir de”, et le ressassement est très, très fine. Et je me disais en voyant énormément de memes passer sur les introvertis que le rôle de ce partage de strips n’était pas tant de partager quelque chose qu’on a trouvé drôle mais de passer un message précis aux gens qui nous suivent. Parce que l’incapacité à exprimer ce que ça peut parfois être sans sombrer dans une sorte d’exhibition malsaine, par pudeur, exactement comme on peut dessiner ce genre de choses en se planquant bien derrière l’humour. Et le rôle des réseaux pour ça me semble bien être le vecteur et du malaise et de son partage, mais aussi de sa minimisation. En tous cas de son détournement : pour les phobiques sociaux, ces réseaux ont l’air d’être une solution parfaite, mais le fonctionnement en cercle vicieux, comme les stratégies d’évitement, font que la solution finit par être un nouveau problème, ou un problème imbriqué.

 
Quel outil peut être le dessin ou le strip, concrètement, souvent dans ce mode d’expression du strip ou du meme il n’est pas tellement question d’art mais de communication. C’est les questions qui me tarabustent en ce moment dans mon taf, de savoir si ce que je fais a une ou plusieurs fonctions, à quels moments et pour quelles raisons. Et, surtout, si j’ai envie de garder cette ou ces fonction(s) ou les dépasser pour voir ce que serait ces moments de mon travail débarrassés de son aspect utilitaire. Ou bien ici c’est juste la bande dessinée résumée, possiblement, du moins une certaine bande dessinée, ou d’un art qui chercherait en premier lieu à dire. Ça ne veut pas dire que le message est perceptible ou lisible ou serait une vérité, ça signifie que l’auteur avait un but de communication en créant (qu’il le touche ou non n’est pas tellement la question, le(s) destinataire(s) non plus), et il existe bien des buts artistiques autres que la communication.
 
Et puis je me suis dit que le succès des memes nazis / suprémacistes / etc (non exhaustif hélas) ou plus largement contre les féministes / SJW etc, et leur rôle concret doit s’en approcher. Une façon de dire qui on est sans le dire trop directement ou en biais, par l’humour, une sorte d’appel, de code à destination de semblables. Tout art a mille interprétations possibles, dans le cas de ces strips et memes, et l’humour plus largement, ils sont des outils et ont un sens assez clair dans ce qu’ils disent, un peu à la manière des BD didactiques qui fleurissent un peu partout. Un dessin clair et une mise en page simple pour une lecture fluide, des couleurs et des gimmicks, des rappels de cultures communes, de la dérision pour ne pas s’ennuyer et rester accrochés. Le féminisme (et tous les autres axes qui ont leur BD didactique), ont pléthore de petits strips et bande dessinées-outils qui circulent peu ou prou sur le même principe.
Les memes nazis ou suprémacistes ont je pense un rôle assez similaire à ces BD didactiques, à la différence évidemment que ces memes n’exposent pas les idées qui les sous-tendent, comme  on partage des memes d’introverti pour ne pas se répandre, il ne faudrait pas que ce soit trop clair. Ce que dit un strip ou un meme clairement est à distinguer de son but : il y a ce qui est dit et il y a le message en second plan, avec l’idée, surtout, de communiquer avec ses semblables. Une sorte de clin d’oeil de connivence. C’est en partie pour tout ça que je crois que les questions sur la liberté d’expression, l’art, le dessin ou la création ne peuvent pas être réglés aussi simplement qu’en tranchant dans un sens ou dans l’autre, et que ça reste une question et primordiale et intéressante, non pas pour la création en soi, mais pour ce qu’elle a de la vie en elle, de concret, de politique, ce qu’elle porte (ou non) de message (et là oui, il est question aussi de degrés de lecture souvent, et l’absence de message ne veut pas dire absence de communication), et de son rôle. Et donc ses conséquences.