tout se passe et tout se vaut (bis)

Je ne connais rien en ce moment qui donne plus envie de s’arracher les cheveux que ce qu’on peut entendre sur la liberté d’expression. Tout se vaut : tous les livres sont défendables mais aussi toutes les critiques sont à rejeter. Peu importe ce que racontent ce livres, peu importe ce que racontent leurs auteurs, et de l’autre côté toute critique est à bannir parce que toute critique serait une atteinte à la liberté d’expression.
On l’a vu avec Marsault dernièrement (on en paye encore les frais avec mes camarades, merci de me conférer un tel pouvoir, mais si je l’avais j’en serais pas là en fait), et maintenant  on le voit encore avec la défense de Bastien Vivès pour son album “Petit Paul” chez Glénat.

Puisqu’il faut énoncer clairement les choses et les rabâcher sans cesse : il existe une façon de lutter contre les idées rances qui s’installent dans et par la culture sans réclamer de censure. La pétition qui circule sur le livre de Vivès est une connerie, et fait appel à un article de loi mis en place au détour des lois liberticides antiterroristes, pour rappel.
On le sait, on le voit et on peut le vérifier régulièrement : quand il y a censure, réelle, ça n’est pas à ce genre de choses qu’elle s’attaque, mais elle tombe systématiquement sur des minorités.

Côté “contre Vivès” hier on a pu lire dans Actualitté (qui me cite au passage sans me demander mon avis dans un article que je trouve parfaitement débile*) que les personnages de fiction encourait des peines de taule et d’amende. Je sais pas si vous comptez, à Actualitté, faire de même pour tous les livres, et ça risque de poser de sérieux problèmes.
Et aujourd’hui, côté “pour”, on lit un article hallucinant dans Le Monde où le journaliste ose une comparaison odieuse : les détracteurs de Vivès comparés aux cathos intégristes qui attaquaient le guide d’éducation sexuelle à destination des enfants de Zep, et ce dernier comparé au  livre pédopornographique de Vivès. Je ne sais pas si ce journaliste réalise qu’il donne du grain à moudre à une censure tout à fait effective de ces cathos-là en jouant cette même confusion dangereuse. Pour ce Frédéric Potet, donc, tout livre qui met en scène sexualité et enfant relève de pornographie, doit être défendu pour ça, et toute critique est assimilée à une espèce de fronde de cathos qui sont je vous rappelle nos ennemis et n’hésiteraient pas une seconde à faire censurer les livres des gens qui gueulent actuellement contre cette publication de Vivès sous les mêmes prétextes.
Et surtout, surtout, il n’était pas question que du livre, chez Vivès, mais des propos de l’auteur tenus notamment dans le Huffington et ailleurs. Ce n’est pas le livre qu’on critique ici mais le tout : comme d’habitude on voudrait nous faire séparer l’artiste de sa création, quand les deux disent la même chose. Vivès dit, noir sur blanc, qu’il espère exciter son lectorat. Il dit qu’il ne peut pas dessiner ce qui ne l’excite pas, et ce thème récurent de pédophilie s’étale livre après livre dans sa production.

Et la critique aveugle continue de crier au génie, laisse ce type raconter que la pédophilie fait partie des sexualités (ou de perversion, en rageant à côté d’un coup la zoophilie ou “la fornication avec une femme voilée” dans une tribune de l’obs, où cette dernière “perversion” semble être le summum de l’outrance), que ça peut pas plaire à tout le monde, mais qu’après tout hein, on peut tout dire.
Dans les livres oui je crois qu’on peut tout dire. Mais quand il s’agit ici des propos de l’auteur relayés à foison, c’est une autre paire de manches.

C’est tout de même incroyable que des journaux ne comprennent aucune nuance, que ce soit d’un côté ou de l’autre, jusqu’à arriver à énoncer de telles conneries, qu’on puisse écrire que des personnages de fiction encourent des peines, qu’un guide à destination des enfants est mis au même niveau qu’un livre pédopornographique. C’est incroyable qu’on ne puisse aborder ces questions-là, que ce soit d’un côté comme de l’autre, sans voir aussitôt brandie l’affreuse censure sans voir ce qu’elle est réellement et en aplatissant tout.
Il existe une autre façon de lutter contre ces idées dégueulasses qui s’instaurent et gagnent en légitimité au fur et à mesure qu’ils gagnent en lectorat et en relais et qui n’est pas un appel à la censure pure et simple : que les journaux, éditeurs, lieux de culture et autres voient enfin le rôle qu’ils jouent dans la promotion de tels auteurs et qu’on se décrotte les yeux avant de défendre un auteur sur ce critère idiot qu’il serait célèbre ou que quelqu’un à un moment donné aurait décrété qu’il était un génie.

Des livres sans objet ni sujet à défendre coute que coûte, une critique forcément aveugle  et coincée, tout se vaut et tout passe, encore.
radotons : la critique n’est pas la censure, la censure commence où la critique finit, la critique ne saurait aboutir à une demande de censure.

*la citation a depuis été retirée, suite à mon interpellation, et Actualitté réduit tout ce que j’avais dit sur ce sujet à une “logorrhée”.

5 thoughts on “tout se passe et tout se vaut (bis)

  1. Bonjour, j’ai pas compris : la bd de vives est bien pédopornographique, non ? Du coup c’est bien illégal et elle devrait ne pas être publiée ? Aussi j’ai pas compris pourquoi vous opposez critique et censure ?

    • la censure intervient quand la critique disparait, c’est écrit. La loi je m’en tape complètement, ça serait légal que ça changerait rien du tout. Je garde en tête pour qui et par qui est faite la loi.
      et j’explique ça dans ce texte : la censure, la loi, se retourne systématiquement contre les minorités quand elle est appliquée.
      aussi il faut se reporter à mes autres textes : https://tanx.fr/bloug/archives/7694 (et d’autres en parcourant le catégorie kritikons)

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