encore un truc

y’a un truc qui me turlute tout de même, depuis que tout ce barouf a enfin eu lieu sur les éditions Ring. Je note que beaucoup se sont décidés à réagir et c’est tant mieux mais :

Marsault aurait été de gauche que son travail aurait été tout autant critiquable, voire même plus. Je sais je radote, mais faut pas oublier dans cette histoire que beaucoup à l’avoir défendu avant qu’il ne se déclare clairement d’extrême-droite (ce qui était pourtant évident dès le départ), beaucoup à avoir contribué à sa visibilité sont des gens dits “de gauche”. Par le like, le partage, la franche rigolade “il a bien raison au fond quand même”, et sa défense courageuse (heum) face aux méchantes censeuses ennemies de la liberté d’expression.

Et certainEs continuent même en sachant qu’il est d’extrême droite. En relativisant dangereusement ce fait.

et d’ailleurs il aurait été d’autant plus critiquable en étant de gauche et tenant ce discours, qui en soi est un discours d’extrême droite. Taper sur les minorités n’est pas un discours progressiste ni courageux ni rien, que de la merde.
J’ai lu de ci de là que le droit à la méchanceté etc. oui tout à fait je suis entièrement d’accord. Seulement la méchanceté c’est comme l’humour, c’est comme le dessin, c’est comme tout : c’est pas un truc neutre non plus. On choisit sa cible pour être méchant, et on choisit aussi son public.

J’ai aussi lu “la catharsis”. Ça n’est pas ça la catharsis, révisez vos dicos… la catharsis c’est rire de ce qui nous touche, nous bouleverse et nous blesse, puisque Desproges est exhumé n’importe comment toutes les 3 secondes : la catharsis c’est Desproges qui se fout de son propre cancer, pas d’autres malades en étant en bonne santé*
La catharsis on y est “naturellement” enclins quand on est dans une situation désespérante, désespérée, de coup horrible, oui c’est un réflexe de défense, personne ne prétend le contraire. Sauf que même dans une situation désespérée, on choisit auprès de qui on peut faire ce genre de blague, on sait qui l’entendra de la bonne façon, on sait que ça peut être interprété n’importe comment.
Puisqu’on nous ressort Desproges sur le droit de tout dire, pourquoi ne parle t-on jamais de ce sketch “les rues ne sont plus sûres”, qui n’est pas du tout un sketch par ailleurs. Personne ne rit quand il dit ce texte là.
pourquoi aussi on considèrerait que Desproges est impeccable à tous points de vue et défendable quoi qu’il ait dit ?

on nous bassine aussi avec Hara Kiri, mais hara kiri c’est quand même beaucoup de la merde, hormis quelques uns. On nous rabâche Choron mais jamais Gébé, ça aussi ça a de quoi interroger.
Choron était un porc, violent, misogyne, et plus que douteux sur ses récits de bonnes rigolades avec le Pen en Algérie. Y’a mieux comme référence, franchement.

Beaucoup des choses qu’on peut lire sur la défense du droit de “tout dire” ou de l’humour sont des poncifs rabâchés sans réfléchir deux minutes. Ou prétendre qu’on ne comprend pas quand on répète l’importance du contexte.
Pourtant je crois vraiment que les gens savent que l’humour fonctionne avec la complicité, on sait parfaitement que l’humour n’est pas neutre sinon pourquoi on verrait autant de gens s’offusquer des sorties de Macron ? pourquoi là d’un coup il ne serait plus question de droit à la méchanceté ou de relativiser ce genre de trait d’humour ? parce que Macron nous sort ses bonnes petites phrases de merde de sa place de dirigeant, bourgeois, et là tout à coup on est capables de comprendre l’importance du contexte, l’importance de qui dit quoi et de quelle place. On peut s’approprier l’insulte et là, on peut parler de catharsis et de droit à la méchanceté, là on peut parler de subversion et d’humour noir.

Ça n’est pas rire de tout qu’on défend quand on défend le droit de taper sur ces minorités en permanence, ni la méchanceté : on défend son propre droit à être une parfaite ordure

 

*ça alors, j’apprends quelque chose sur Desproges alors que je poste ce texte sur facebook : son médecin en accord avec son épouse lui ont caché ce cancer et il pensait avoir été opéré d’une tumeur.
les sketch à la première personne sur ce cancer pourraient donc être autofictionnels (en partie ? totalité ?), en tous cas ça ne leur enlève pas ni l’usage du “je”, ni le grincement qui le laisse aucune place au doute quant à son approche du sujet.

One thought on “encore un truc

  1. Entièrement d’accord. Je n’arrive pas à comprendre que Marsault soit en vente à la fnac au milieu des autres auteurs. Le peu que j’ai pu supporter de voir est pour moi une forme évidente d’incitation à la haine. J’ai relu Ranx de Liberatore qui est extrêmement violent. Mais c’est une violence aveugle perpétrée par un robot déréglé, tandis que Marsault se met en scène et propage des actes de violence ciblés envers des minorités. À l’heure où l’Europe menace de glisser vers l’extrême droite, le fait que de grandes enseignes diffusent ce genre d’auteur n’est pas anodin. Je suis convaincu que la lutte pour vivre dans une société juste et équitable commence ici. Merci de contribuer à nous ouvrir les yeux sur cette menace.

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