faut-il conclure

Plus de 10 jours sont passés maintenant depuis le scandale Art Maniak. 10 jours de harcèlement, qui ne s’est pas encore totalement tari même si j’en vois la fin. 10 jours de menaces et d’insultes qui ne m’émeuvent pas puisque ça vient de mes ennemis politiques. Ce sont des mots de fascistes et c’est pas eux qui vont gâcher mes moules-frites de septembre.
L’individualisation de ce problème dans ce qui semble être pour beaucoup une guéguerre entre l’autre truffe et moi ne doit pas occulter qu’il s’agit ici d’un problème politique, général et qui va s’amplifiant de façon très inquiétante. Les justifications de la galerie sur une prétendue séparation de l’artiste et de ces idées sont hélas trop en vogue pour les ignorer.

L’artiste ou l’auteur a des responsabilités, il faudra donc le marteler sans fin, et il en va de même de celles et ceux qui leur offre des tribunes. Je prends les miennes, comme heureusement beaucoup encore dans notre petit Landerneau, et nous ne sommes pas seulEs à tenir ce genre de position. Nous ne sommes pas seulEs à affirmer que la liberté d’expression ne saurait être apolitique et sans conséquences. Et j’espère bien qu’au sein de nos micro-milieux on est à même de défendre une vision de la création qui ne saurait être résumée à une idiotie sans fond ni pensée, une création-potiche.
Je ne sais pas si ce texte sera une conclusion à cette histoire. J’aimerais le croire, j’aimerais que les éditeurs comme Ring soient tricards de nos festivals, galeries, librairies. Et diffuseur aussi, n’est-ce pas Interforum.
Que l’évidence finisse par éclater, qu’on ne donne pas de tribune à l’extrême droite, qu’on ne peut pas brandir la liberté d’expression pour ne soutenir que des salauds, pour cracher sans fin sur des minorités.

Je copie ci-dessous un texte de Nadia, que j’estime beaucoup, qui dit les choses très simplement sur les conséquences de ces tribunes offertes à l’extrême droite, en s’adressant ici à la librairie Brüsel qui a secoué notre petit monde en invitant ce fasciste assumé en ses murs. Nadia a aussi subit -et subit encore- le harcèlement de ces porcs pour avoir tenu un discours antifasciste clair. Elle a tout mon soutien et toute mon admiration, comme toutes les victimes de l’extrême-droite et toutes les personnes ciblées par ce harcèlement. Un très grand merci au site Lignes de Crêtes où ce texte a été publié et dont j’ai déjà parlé ici, qui fait un travail remarquable.

Honte à cette librairie de préférer l’argent de fascistes qu’avoir un minimum de décence. Honte à cette galerie de préférer nous cracher à la gueule en se foutant éperdument des conséquences, comme l’a fait la galerie Art Maniak en rejetant la faute (mais laquelle ?) sur des personnes légitimement inquiètes et en colère.
Nous subissons ces conséquences de plein fouet. Et tout le monde les subira aussi bientôt si on ne réagit pas.

 

Ce dimanche, mes camarades belges ont eu la gentillesse de m’emmener à la Librairie-Galerie Brüsel, celle qui a accueilli Marsault.
J’admets, c’était une librairie comme les autres. Un endroit que tu penses a priori paisible et intelligent, à cause des livres ..
Je voulais visiter en entier, mais la lutte est aussi affaire d’émotions, évidemment. La peur, brusquement, irrationnelle, l’image mentale qui s’impose: celle des néo-nazis qui nous écrivent à d’autres et à moi, bestiaux et grotesques, mélangés au public tellement ordinaire des librairies, et de Marsault entre autres. Tu ne le croirais pas mais certains aiment aussi des livres de gauche et même ¨Petit Ours Brun.

Alors finalement, j’étais une victime un peu apeurée des néo-nazis.Du coup, c’est comme ça que je me suis présentée au type ordinaire derrière le comptoir qui était bien libraire pas salarié précaire. Je lui ai demandé avant, je suis communiste aussi, je ne fais pas chier les salariés précaires, par contre les ex-ouvriers dessinateurs d’extrême-droite, oui.Je précise, vu la brusque ferveur prolétarienne de Marsault, va jouer l’exploité dans le Figaro, toi.

Donc le type a eu un regard et des bafouillements pas très ordinaires, pour répondre à cette simple question ” Vous êtes un des libraires ?”. Il savait.D’ailleurs, c’est ce qu’il a répété tout le temps, ” Mais je le sais ça”.
Il savait que des brutes militantes organisées tentent de terroriser toutes celles et ceux qui osent dire quelque chose contre l’organisation de soirées littéraires dans des librairies et des galeries ordinaires avec des auteurs d’extrême-droite. Il savait le lien entre les mots et les actes, entre l’oeuvre et le réel. Il savait l’antisémitisme , et l’islamophobie et le sexisme , au milieu des livres et des jolies affiches avec Tintin ou des fées.
Mais bon est-ce qu’il avait le droit de s’exprimer, a-t-il dit, à la fin, pouvait-il donner son point de vue. Ouvrir le débat, tout ça.

C’était une question rhétorique, évidemment. J’étais un peu fatiguée, et pas prête à hurler, pas de violence antifasciste, entendons nous bien.
Parce qu’il en avait subi ce monsieur, figurez vous. Des mots inouïs alors que personne n’avait compris qu’il n’avait pas invité Marsault. Pas du tout, c’est Ring qui lui avait proposé.Ce n’était pas exactement comme “inviter”, il est libraire , les mots sont importants pour lui.
D’ailleurs, l’apologie de l’art du 3ème Reich de Marsault, l’identification lettrée d’Obertone au terroriste Breivik , nous aurions été bien étonnés de savoir ce qu’il en pensait, seulement il n’était pas là pour penser bien sûr, mais pour vendre des trucs. De la haine, et du Vive la Mort, entre autres. Entre autres , bon sang. Juste entre autres.

Finalement, il y avait du pathétique et du terrifiant, chez cet homme là, exactement comme chez Marsault et Obertone, qui pleurent sur la violence antiraciste puis posent tous muscles dehors en mode Mad Max dans une casse de voitures. Comme chez ces néo-nazis ordinaires qui poussent la folie furieuse jusqu’à se poser en victimes.
Du pathétique et du terrifiant. Du fascisme , finalement. De ce moment précis, où la complaisance des uns ne se cache même plus derrière la défense politique de la liberté d’expression, mais s’affirme en toute quiétude comme apolitisme. Je suis libraire, Madame, je gagne ma vie , c’est tout. Et en ce moment, le fascisme ça gagne bien.

Ce ne sera pas toujours le cas . Et la lutte qui a lieu maintenant contre les complaisants ordinaires avec la barbarie , vaut aussi pour mémoire.
Toi, le libraire, quand ce seront les éditeurs et les artistes progressistes qui sortiront de beaux livres, peut-être bien qu’ils ne t’appelleront pas pour les vendre. Et nous, les victimes, si nombreuses de la barbarie et de ta complaisance, on se parle, on s’informe, on fait du bruit sur qui tu es.
Stratégie commerciale à court terme. Tu as choisi les perdants, et tu es déjà ruiné. Et merci à mes camarades , avec qui j’ai pu te le dire,le dire à tes clients, aussi, sereinement.

J’ai le temps de regarder les Hommes tomber.

Nadia Meziane, précairE, antiraciste Lignes de Crêtes