le ptit chemin (qui sent la noisette, tu sais, là)

Marrant comme l’acceptation de ne pas avoir le contrôle sur la perception de ce que je peux dessiner peut finalement laisser accès à une plus grande netteté de ce que je peux raconter. Comme si le langage que j’avais avant n’avait été qu’un babillage, d’un vocabulaire pauvre, qui ne pouvait exprimer qu’une chose minuscule et délimitée, et qu’aujourd’hui cette langue est devenue plus nette parce qu’imprécise, paradoxalement. L’imprécision qui finalement amène sans l’avoir recherché une vision plus proche de ce que j’exprime, plus fidèle à ce que je veux donner.

On m’a dit il y a peu qu’on se demandait où je voulais bien en venir, et puis que finalement on a pigé que je ne vais nulle part, mais que ça laisse quelque chose. Enfin je touche ce que je voulais : le cheminement et non pas le résultat. Le résultat c’est l’aboutissement, fini, un but, or je n’en ai pas et c’est la route qui m’intéresse. Le mouvement de la vie plutôt qu’une représentation figée, contenue, de ce qu’on peut projeter, de part et d’autre. Sortir de la communication pour cette autre chose que je ne saisis pas et que je ne souhaite pas saisir mais simplement accompagner, arrêter de la contraindre. Comme j’ai fini par comprendre l’intrication de ma vision politique et de ma vie, c’est tout naturellement que le travail a suivi et que tout s’est mis à couler, libéré des berges trop étroites comme un fleuve en crue.

Sans la lourdeur de la question de sa place, dans la société, dans la vie, dans la politique, mais en choisissant tout simplement de vivre, d’être et de participer sans chercher la définition -ou plutôt en la rejetant en bloc- on échappe aussi forcément au définitif, au résultat, à la question du succès et de l’insuccès, et aux dichotomies. Comme si ces définitions n’étaient plus palpables, préhensibles, puisque le résultat n’existe plus mais le dessin, lui, existe d’autant plus dans le présent, quand j’ai décidé un jour de ne plus savoir où j’allais en commençant un dessin. Ce jour là a décidé beaucoup plus de choses que je ne l’aurais cru, il a tout décidé, même, de la vie autour et ainsi j’ai pu voir aussi que le dessin est ma vie, la vie est à la fois le dessin et hors du dessin. J’avais décidé ça parce que je m’ennuyais, savoir le résultat à l’avance ou en avoir une idée un peu précise tuait tout le plaisir à cheminer et je n’étais qu’exécutante de la projection que je m’imposais. Ou, peut être, ce qui bougeait en moi a entrainé le dessin. Il n’existe pas de façon plus claire d’exprimer cette chose pour moi, comme je séparais les choses est à mes yeux désormais incongru, je laisse les mots aussi dans ce flou. Ça ne m’empêchera pas par ailleurs d’être beaucoup plus précise quand je veux aborder des points de politique et de dessin, du rôle de l’art en politique, et même d’être d’autant plus précise que je peux explorer maintenant des recoins encore vierges de cette façons de dessiner. Comprend qui peut, j’avoue c’est pas limpide, le courant est fort et ça remue comme la Garonne

monde de merde, comme disait l’autre

le déconfinement me plait pas, intimement. la peur et l’angoisse donnaient aux gens une fragilité à fleur de peau qui leur faisait dire de jolies choses, des discussions dont je n’avais eu, ou trop rarement jusque là, que trop peu l’occasion d’effleurer la dentelle délicate, et tout ça disparait dans le tumulte qui revient déjà. Les bords de seine sont assaillis et c’est trop bruyant pour laisser les chuchotements s’entendre, et je ne peux plus voir les oiseaux de nuit solitaires et qui avaient envie de hululer, ils sont noyés, ou sont restés chez eux. Il va falloir reprendre mes horaires de chouette, moi aussi, pour espérer retrouver ces moments de grâce. Pour le reste je ne sais pas si ça sera possible, tout me rend triste, et pour le reste il y a la rage, ce qui faisait tenir s’est évanoui aussi vite que c’est apparu, pfuit ! on en a plus besoin, dans le grand monde grouillant, de cette dentelle d’émotions, et on veut l’oublier surtout. vite se retrouver, vite se remettre dans les rails, vite travailler, vite, oublier les questions qu’on a pu se poser, vite, vite. Je n’ai pas tellement vécu de rupture de mon quotidien, sauf à cet endroit, comme si le confinement avait rendu les gens un peu plus comme moi, un temps, et me rendait un peu plus normale, ou adaptée, comme si tout à coup ma façon de voir le monde était comprise peut-être, chez certainEs. le vent qui souffle ce soir ne m’amène plus les chants nocturnes mais des brailleries de gens saouls, et pas de cette ivresse qui épanche, celle dont on ne s’aperçoit qu’en se levant, après des heures à discuter tranquillement dans le calme, heureux d’être là et d’avoir partagé vraiment. A peine on installait un bar pour faire des bières à emporter qu’il était pris d’assaut, ce constat déprimant, y’a des canettes à côté à 3 fois moins cher, mais ça fait trop punk sans doute. M’en fous je retrouverai mes plumes de nuit et mon inadaptation à ce monde qui n’a jamais cessé d’être qu’un monceau de merde, et qui a rattrapé ses évadéEs temporaires. J’espère pas touTEs.