la lourdeur

hier j’ai regardé la vidéo de M. qui explique pourquoi il s’éloigne de la BD pour un temps. Outre qu’on est pas dupes de la manigance et que s’il s’éloigne un temps c’est qu’il commence à éborgner franchement l’image proprette que son éditeur essaie de se construire,  le fascisme qui présente bien, et que M passe en procès prochainement pour du harcèlement en ligne contre une féministe,  j’ai quand même été troublée de me reconnaitre dans certaines choses que M. dit. Certes pas pour le même résultat, mais quand même, c’est déstabilisant. Quand il parle de la légèreté nécessaire pour créer, ne pas être ramené au sol et arriver à se désengluer pour dessiner, ce sont des choses avec lesquelles je me bagarre aussi. Pas forcément pour ce genre d’histoire même si évidemment elles rajoutent en lourdeur, mais plus généralement dans ma pratique quotidienne. Je crois que c’est quelque chose qui a à voir avec la classe sociale et le doute pesant qu’on peut ressentir en pratiquant quelque chose que la société de classes n’autorise pas à certainEs.
C’est étrange de l’entendre dans la bouche d’un créateur fasciste, il faudrait donc de la légèreté pour dessiner des horreurs. Et c’est là que la fracture politique opère : quand je constate cette lourdeur et que je cherche à m’en dépêtrer ça n’est justement pas pour produire du sens politique* mais au contraire m’en éloigner pour viser autre chose.

* à ce statut posté ce matin sur facebook , je voudrais ajouter un truc : il ne s’agissait pas de ne plus produire du sens politique du tout dans mon boulot, mais plutôt de m’éloigner du sens politique “évident” et transformer un discours lourdement explicatif en autre chose. Le sens politique y est toujours mais plus sous la même forme, et même ça c’est compliqué à expliquer et ça rejoint d’autres textes que j’ai pu faire avant. Disons que le sens politique n’est plus dans ce qui est dit clairement mais plutôt dans les modes de diffusion, le contexte, la forme même de ce que je peux faire, du moins je l’espère. On pourrait résumer par le fameux pas de côté. Et ça a directement à voir avec la légèreté nécessaire, il faut forcément du recul, il faut un regard distancié, etc. ce qui ne veut pas dire pour autant devenir insensible ou cynique, mais plutôt choisir un angle autre que le frontal. C’est pas bien clair mais je me comprends.